Inertie ; mécontentement des dissidents
Depuis la diète muette, pendant toute la durée des règne* des Saxons , la Pologne demeura plongée dans une inaction complète, presque oubliée de toute l'Europe. Aucun fait remarquable ne signala son existence et cela n'était pas étonnant. Elle s'était sauvée, pendant le règne de Jean- Kasimir, par ses efforts et des sacrifices extraordinaires, mais après tant de revers, de pertes et de souffrances, elle tomba dans un épuisement complet. Comme un malade reste affaissé par la douleur lorsqu'on a extrait une partie gangrenée, qu'on lui a coupé la jambe, ou qu'une fièvre violente lui a enlevé toutes ses forces, ainsi la Pologne était, après avoir supporté tous ces malheurs, languissante, indolente; les incidents peu nombreux qu'on rencontre dans cette époque de léthargie sont généralement déplorables. En 1721, au temps d'Auguste II, les habitants de Thorn, révoltés contre les chicanes et les violences jésuitiques, furent jugés par la haute cour de la diète et sévèrement punis ; leur bourgmestre, malgré son innocence , périt sur l'échafaud. Cet événement attira Tattention de l'Europe sur la Pologne, mais il n'y causa qu'une impression fâcheuse. Pendant l'interrègne qui suivit la mort d'Auguste II , la diète de convocation, en 1733 , décréta que les dissidents seraient reconnus inhabiles à posséder dans l'état une charge , un emploi ou
des premières Minées des calamités. Le pays ne put se relever de sa ruine, encore moins se repeupler lorsque de nouveaux ravages survinrent et se répétèrent par des commotions civiles, par Tinvasion des Turcs, par celle des Suédois, sous Charles XII, et par Tirruption amicale des Moskovitcs, sous Pierre-le-Grand.
une dignité quelconques. De fait, ils étaient déjà depuis longtemps éloignés de la jouissance des droits de citoyen ; par cette décision, c'était la loi qui les écartait et leur ôtait Tespoir de trouver la justice chez leurs compatriotes.
^ 196. Stanlslav Leszczinski.
Pendant l'interrègne , on résolut de choisir pour roi un Piast, c'est-à-dire un Polonais, sans admettre d'étrangers à la candidature et au choii. Les vertus de Stanislav Leszczinski, dont il avait fait preuve dans tant d'adversités, attirèrent Tattention, particulièrement depuis que sa fille é ait devenue réponse de Louis XV. Tous les suffrages se réunirent sur lui et il fut élu roi de Pologne. Mais les cours de Vienne et de Pétersbourg virent avec déplaisir, sur le trône de Pologne , le beau père et par conséquent un allié de Louis XV, elles résolurent, de s'opposer à ce choix. Ces nouvelles ne furent pas plutôt parvenues à Varsovie, que les troupes Russes entrèrent en Pologne. Le chancelier Michel Visnioviecki, avec la noblesse de deux palatin ats , Tévéque de Poznanie Hosius et d'autres seigneurs, se rendirent à Prague, où, forts de l'appui des soldats Russes, ils proclamèrent, rélecteur de Saxe Auguste III, roi de Pologne. Bien que Stanislav Leszczinski fut arrivé de France assez tôt à Var- S')vie, il ne put cependant soutenir ses droits. S'étant retiré à rapproche des troupes russes, il se renditàDantzick,oiiil fut assiégé. La nation affaiblie ne put l'appuyer; les secours venus de France furent insuffisants et Leszczinski , évitant la funeste issue du siège, parvint sous un déguisement à se sauverde Dantzick où, pressé par les assiégeants, il courait mille dangers. Ses partisans furent vaincus et plusieurs, fimilles ruinées par cet événement. La France déclara la guerre à l'Autriche pour soutenir Leszczinski. La guerre, qui ne fut pas de longue durée, eut lieu sur les bords du Rhin, loin de la Pologne ; elle n'amena aucun résultat favorable à la Pologne. Auguste III resta en possession de l'état et Leszczinski reçut un faible dédommagement dans la possession viagère delà Lorraine et conserva toute sa vie le titre de roi de Pologne. Il régna sur la Lorraine en père, y laissant le plus doux souvenir de ses vertus-