Lumières. Mœui
Peu à peu les préjugés s'affaiblissaient ; les superstitions devenaient l'objet du ridicule; les lumières se répandaient dans la nation. Il était facile de voir, sous certains égards, l'amélioration des mœurs. Les excès dans la boisson devenaient plus rares, on évitait les rixes et les bravades. Dans les manières on était plus facile , plus dégagé, moins sévère. Les hommes âgés n'exigeaient plus des jeunes gens cette soumission extravagante qui gênait excessivement, ils se contentaient du respect que tout homme âgé est en droit d'attendre de la jeunesse. Dans les cercles, des manières plus élégantes se joignaient à l'antique gravité etàTurba-
2t8 POLOGNE EN DÉCÀDËNGÉ.
nité nationale et rëpubHcaîne. On remarquait que les mœurs françaises ne cessaient de produire sur la nation une trèsgrande influence. L'ancien costume polonais n'était déjà plus de mode; on voyait un plus grand nombre de redingotes ou surtouts et d'habits à la française, moins lourds que ceux dont on faisait usage auparavant. Les femmes négligeaient les jupes à baleines et les robes énormes ; elles adoptaient des modes plus légères , plus commodes et plus agréables. On s'attachait davantage au simple et au naturel. On mettait plus d'importance à meubler les appartements. Sur les meubles d'une construction plus simple, on voyait moins de fleurs de fantaisies et d'incrustations qu'auparavant : les plus élégants étaient en acajou. Avec les modes françaises , les voitures changèrent aussi de forme; la garniture , la construction , les ressorts , ayant été perfectionnés, rendirent plus commodes les carrosses , les calèches , les carioles. On pouvait déjà se procurer une i voiture beaucoup plus facilement, aussi l'usage en devint-il
] plus général. Stanislav-Auguste lui-même et les hdînmes
; qui fréquentaient sa cour contribuèrent à toutes ces amélio-
' rations et au perfectionnement du goût.
I 212. Histoire nationale. Langue polonaise.
Le roi aimant les études, sachant en apprécier l'importance , donnait une grande impulsion à la culture des lettres et des sciences, et à tout ce qui pouvait contribuer à pro-
[ pager les lumières. Bien que les coutumes françaises se
mêlassent aux habitudes nationales, bien qu'on lût un
j grand nombre d'ouvrages français , la nationalité et la
langue polonaise, n'obtinrent pas moins de chaque citoyen une prédilection et un soin tout particulier. On s'appliquait à rechercher les faits nationaux , et le roi désirant voir les fastes de la nation éclair cis et bien expliqués , chargea Naruszevicz de donner tous ses soins à la rédaction de l'histoire du pays. Plusieurs auteurs s'occupèrent aussi de l'histoire nationale. Au lieu de l'ancienne coutume de mêler le français où le latin au polonais , on reprit dans la conversation l'usage exclusif de la langue polonaise, pure
et correcte. A la cour, comme dans les sociétés particulières, la langue se perfectionnait et devenait sous la plume d'écrivains nombreux et habiles , plus polie , plus gracieuse. On avait plusieurs poètes célèbres, Krasicki, Trembecki. La tribune des deux chambres, était illustrée par des talents oratoires et un langage mâle et plein de dignité. La même perfection prédominait dans la rédaction des actes publics. Les sciences dans les écoles étaient enseignées en langue nationale. On y enseignait le latin, mais avec une méthode déjà plus facile et plus fructueuse, et on y traitait des connaissances variées. La commission d'éducation qui organisait les écoles séculières , pour donner un plan d'éducation , trouvait un grand appui dans le zèle des piaristes. Le principal objet de l'instruction était de former des citoyens vertueux et utiles à leur patrie. Ces écoles produisirent en effet plusieurs hommes devenus capables de bien servir la république, et leur nombre s'accrut de jour en jour. La Pologne ayant augmenté ses forces, animée d'un nouveau sentiment, se prépara à de nouveaux effbrts.
)15. Relations politiques des puissances.
On devinait, en général , les projets secrets de l'impératrice Catherine II sur la Turquie. Stanislav- Auguste, fît un voyage à Kaniov pour voir celte impératrice , et il éleva à son retour une statue équestre de Jean Sobieski terrassant les Turcs. On pensait qu'il prendrait part à une guerre contre eux. Mais les Polonais n'avaient aucun motif défaire la guerre aux Turcs qui , restant fidèles aux traités , ne donnaient aucun prétexte de les rompre. La Russie était en guerre avec la Suède et la Turquie, et son agrandissement éveilla l'attention de quelques puissances. La Prusse et l'Angleterre, voulant y mettre un terme, cherchèrent à engager la Pologne à accéder à leur plan j et par conséquent à lui faire rompre ses traités avec la Russie , à se débarrasser de la garantie violemment imposée, et à recouvrer son indépendance.
2 S U» Diète de quatre ans.
L'époque de la diète arriva, en 1780, dans des conjonctures aussi favorables. Elle fut ouverte sous les chefs des maréchaux, Stanislav Malachovski et Kazimir Sapiéha. Pour préserver les délibérations de la rupture , on forma une confédération diétale. Le roi et plusieurs seigneurs étaient d'avis de ne pas rompre avec la Russie. Mais le roi changea d'opinion et se lia avec le parti patriote, beaucoup plus nombreux, qui avait une prépondérance dans la diète. La confiance depuis long-temps chancelante et mal assise entre l'esprit national et le roi fut rétablie, de sorte qu'on répéta que le roi était avec la nation , et la nation avec le roi. Un traité fut conclu avec la Prusse , qui assura , en cas de nécessité, des secours suffisants. Cependant, le parti Branicki , appelé ainsi à cause du nom de son chef, le hetman Xavier Branicki , présenta une vive opposition et persista dans son attachement à la Russie. Ce parti , par ses contestations, faisait prolonger les travaux de la diète , absorbait un temps précieux par de vaines discussions , inventait de petites questions sans importance, suscitait mille embarras. C'est ainsi que par des procédés inouïs la diète se traîna plusieurs années , et par des machinations honteuses l'exécution des lois même devint très-difficile; c'est ce que prouva particulièrement l'organisation de l'armée. On avait décrété une levée de 100,000 hommes , et l'on réussit à peine à en rassembler 60,000 , encore leur équipement de guerre n'était-il pas au complet.
215. Lois. Trône héréditaire. Le nombre des nonces est doublé.
Cette diète confédérée qui dura quatre ans, sans inter- T uption , fut la plus longue , car les autres n'avaient duré <[ue quelques jours ou quelques semaines. Aucune diète ne m autant de lois, de règlements, que celle-ci : aussi ["ut-elle appelée la diète de quatre ans , où la grande diète. On y établit l'impôt sur les biens fonciers des nobles, la dîme; le vélo fut supprimé, c'est pourquoi on considéra lt?s confédérations comme inutiles et on les abolit. On déli-
bëra sur la question de Thérédité du trône, et on pensa a nommer un successeur à Stanislav-Augusle. La solution sur une prérogative aussi importante et si opiniâtrement défendue, jusqu'à ce jour, par la noblesse, fut renvoyée aux dlétines des districts. Deux ans s'étaient écoulés depuis l'ouverture delà diète. D'après les règlements, tfne autre diète devait avoir lieu. Les diétines allaient se réunir pour choisir de nouveaux nonces à la diète ordinaire. Dans ces diétines de 1790, on prononça sur la succession et Tiiérédité du trône. Jamais en aucun temps on n'avait osé discuter sur ce principe que les nobles défendaient comme leur plus précieux privilège : mais alors» les opinions étaient changées à tel point, et le consentement à la monarchie était îi général, que d'un commun accord toutes les diétines sanctionnèrent l'hérédité du trône, et l'électeur de Saxe , petit-fils d'Auguste III , fût désigné comme successeur de Stanislav-Auguste. Les nonces nouvellement élus se rendirent à Varsovie, et se réunirent aux anciens. C'est pourquoi le nombre des nonces terrestres se trouva deux fois plus grand pendant le temps que la diète continua à siéger encore.