Le cougr^s de Vienne établit un royaume de Pologne
Les monarques qui avaient détruit la puissance de Napoléon, voyant qu'ils en étaient redevables aux peuples qui s'étaient soulevés contre son despotisme, sentirent la néces-
(15) A rinspiratioD de Gzartoryski , on convoqua brusquement les conseils départementaux auxquels la proposition de la soummission k l'empereur Alexandre devait être présentée. Dans le palatinat de Siedice, le remplaçant da préfet, Louis Buiuo, prévenant tous les autres, réunit précipitamment le conseil et lui remit avec la proposition le projet de la réponse qu'il avait dressée en réprouvant une semblable proposition comme indigne et contraire aux obligations qu'on avait contractées envers le roi-duc. Son projet obtint le consentement du conseil; signé, il fut sur le champ communiqué aux conseils de tous les départements qui répondirent tous dans le même sens. Louis Buino appelé par Lanetzkoï président du gouvernement provisoire , se rendit dans la capitale. Lanelzko! lui demanda s'il était l'auteur de la réponse si énergiquement négative de son département. Il Ta voua en ajoutant , qu'il espérait que son fils unique ne serait pas responsable des démarches de son père; quant à lui, qu'il était prél h répondre de sa fortune et de sa léte. LanetzkoT lui répliqua qu'il ne s'agissait pas de sa responsabilité et lui commanda, en souriant, d'aller chez le prince Czartoryski. Le prince, désolé , se montra furieux. BuIno stupéfait , se retira , renonçant à jamais k sa connaissance.
site de leur faire quelques concessions, en leur promettant la liberté et de grandes 'améliorations dans l'état social . Cependant les mêmes monarques, réunis au congrès de Vienne, bien loin de remplir leurs promesses, ne trouvèrent après des discussions interminables, rien de mieux à faire que de partager entre eux les peuples que le sort des armes avait mis à leurs pieds. Chacun d'eux voulait avoir la part du lion. Mais c'était surtout le roi de Prusse qui se livrait avec le plus d'avidité à ces honteux calculs, noa sans un grand embarras des autres rois qu'il voulait dépouiller de ce qu'ils possédaient, ou à qui il disputait ce qu'ils réclamaient. Il comptait les hommes comme on compte les troupeaux de bœufs, et il eut beaucoup de peines à trouver le chiffre qu'il lui fallait pour compléter la population de ses états. L'Allemagne, l'Italie et la Pologne, fournirent aux rois alliés de quoi prendre dans les pays qui leur convenaient le mieux. Chacun d'eux voulait avoir ce que convoitaient les autres ; ils se seraient brouillés et peut-être en seraient-ils venus aux mains, si la nouvelle du retour de Napoléon de l'île d'Elbe et de son entrée à Paris, ne fût venue les frapper comme d'un coup de foudre. Aussi les affaires de Pologne furent-elles promptemen t terminées et signées, le 3 mai 1815. Le nom de Pologne, relevé dans la dernière expédition de Napoléon contre la Russie, fut conservé par le congrès de Vienne qui détermina aussi les portions qui devaient rentrer sous la domination de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche. C'était le sixième partage de la Pologne et ce partage Ta morcelée plus que ne l'avaient fait les cinq précédents. On coupa six portions différentes dont on disposa de la manière suivante : l.® L'Autriche garda la Galicie que Napoléon lui avait laissée, recouvra le cercle deTarnopol que lui restitua le généreux Alexandre, et acquit le Podgorze, territoire séparé de Krakovie par la Vistule, avec l'autre moitié des salines de Vieliczka. 2.*» Le roi de Prusse conserva cette partie de la Pologne que Napoléon lui avait laissée, Augmentée de la ville de Dantzick, de celle de Thorn, avec tout l'ancien palatinat de Culm et du duché dePosen. 3.<> Le duché de Posen, détaché par le congrès de Vienne du duché de Varsovie, au profit du roi de Prusse; devait former
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une portion distincte de^ la monarchie prussienne. 4.® La Russie garda tous les pays qu'elle avait gagnés dans les trois premiers i)artages, ainsi que le cercle de Bialystok, que Napoléon lui avait cédé, et acquit le royaume de Pologne. 5.0 Ce royaume futformé, par le congrès de Vienne, de la plus grande partie du duché de Varsovie. Réuni à la Russie, il devait être regardé comme un état à part, ayant sa constitution et une administration séparée. 6.^ On découpa encore une portion du duché de Varsovie pour former la république de Krakovie, Mais comme par ce partage toute la Pologne rentrait sous la domination de ceux qui l'avaient tant de fois démembrée, la république de Krakovie devait partager le même sort. Elle fut placée sous la protection de tous les trois co-partageants. Ils s'engagèrent les uns envers les autres à ce mênie congrès de Vienne, à établir des institutions nationales dans toutes les parties de Tancienne Pologne, et Alexandre poussa même plus loin sa magnanimité, car il se réserva la faculté d'étendre les Ijmjtesdu royaume^ s'engagea à maintenir une armée polonaise et à accorder une constitution et une représentation nationales. Cette constitution ne se fit pas attendre, elle fut publiée le 24 décembre i815. Ce n'était pas celle que Czartoryski avait préparée, mais une autre plus populaire. A l'exemple d'Alexandre, le roi de Prusse et l'empereur François accordèrent aussi des constitutions aux autres parties, qui leur étaient échues en partage.
2/i, ConstUations de Galicie , de Posen et du royaume de Pologne.
Ce qu'on voulut bien appeler constitution de Galicie, n'était en réalité qu'une plate et ridicule parodie. On placarda sur les murs de la ville une énorme affiche comme pour une représentation théâtrale ; c'était le programme de la parade législative qui devait être jouée pendant toute la séance de la diète. C'était un acte essentiel. Ensuite on vit des magnats, des comtes, des barons, tous sortis de fabrique autrichienne, se rendre en magnifiques équipages et en riches uniformes à la salle qni leur était destinée, et là ils commencèrent par faire acte d'hommage et de fidélité à sa
majesté; puis ils entendirent une déclaration de la volonté impériale, déterminant la quotité des impôts à payer; enfin ils rédigèrent une pétition, dans laquelle il leur fut permis de faire de très-humbles représentations sur la misère publique. Tout cela se fit conformément à la volonté du gouverneur impérial, qui s'institua en même temps prési dent né de la diète. La constitution du duché de Posen est un peu plus raisonnable. La représentation de cette province, bien qu'elle soit aristocratique, répond mieux au besoin du pays, car la diète peut se faire Torgane de la nation, et transmettre ses vœux jusqu'au trône. C'est même par celte voie que le roi de Prusse a souvent entendu de dures vérités et des plaintes énergiques, de ce qu'il ne respectait pas la nationalité polonaise, qu'il favorisait les Allemands de préférence aux Polonais , qu'il introduisait dans l'enseignement public et les actes officiels la langue allemande au détriment de la langue polonaise. Le royaume de Pologne, éts^li par le congrès de Vienne et divisé en huit palatinats, avait une constitution différente de celles dont je viens de vous parler. D'après cette constitution, le royaume de Pologne avait un ministère et un gouvernement séparés de ceux de la Russie ; le roi jurait de Tobserver en se faisant couronner; la nation contrôlait les actes du gouvernement et de ses fonctionnaires, tant par les représentants réunis dans une diète, que par les conseils palatinaux. Tous les citoyens, égaux devant la loi, jouissaient des mêmes droits politiques; les assemblées communales, composées de non-nobles, pouvaient choisir un noble pour leur député; de même que les diéti nés, composées de nobles, pouvaient envoyer un non-noble, comme npnce à la diète. 11 y avait cependant une inconséquence qui frappait 1 attention d'un observateur, c'est qu'il y avait plus de diétines que d'assemblées communales, tandis que la population du pays se composait d*un plus grand nombre de non-nobles que de nobles. On pouvait aussi remarquer que rinstruction avait été mise plus à la portée de la classe noble que de celle des non-noble3, ce qui empêchait cette dernière de j^vir de l'égalité sous différents rapports. Maigré cette fâcheuse distinction, la bourgeoisie, comme la noblesse, s'inscrivait en masse sur les listes des citoyens
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actifs , pour avoir le droit de voter, les uns, dans les assemblées communales, les autres dans les diétines. Parmi les paysans il n'y en avait que très-peu qui fussent portés sur les listes des citoyens et qui votassent dans les assemblées communales ; mats on en voyait quelques exemples , car les paysans étant investis des droits politiques, avaient aussi le droit de voter. La diète était composée de la chambre des sénateurs où siégeaient les évèques , les palatins et les castellanset de la chambre des nonces, formée des nonces et des députés. Les deux chambres examinaient, adoptaient ou rejetaient, chacune séparément, les projets de lois présentes par le gouvernement, c'est-à-dire par les ministres et le conseil d'état. Les ministres et les conseillers d'état défendaient dans la diète les projets de loi, mais ils n'avaient pas le droit de voter. La constitution commandait au gouvernenfient de présenter à chaque diète le budget, c'est-àdire un état des recettes et des dépenses ; la chambre des nonces avait la priorité pour les déterminer et les adopter. C'est aussi à cette chambre qu'était dévolu le droit d'accuser et de mettre en jugement les ministres qui auraient violé la constitution. Les deux chambres faisaient c(mnaitre an roi les besoins du pays , tant dans leurs remarques sur le rapport du conseil d'état, que par la voie de pétition. La constitution garantissait en outre la sûreté individuelle , ainsi que la propriété et la liberté de la presse.