Chute de Napoléon
Napoléon trouva encore les moyens de battre complètement les alliés à Lutzen , ce qui ranima les défenseurs des places fortes en Pologne ; mais il ne lui fut plus possible de profiter de cette victoire ; il accepta même les propositions d'un armistice, après l'expiration duquel, la grande bataille de Leipzik vint abattre sa puissance. Le roi de Saxe
fut fait prisonnier , le prince Joseph Poniatovski , périt dans les flots de TElster en passant cette rivière le 19 octobre 1813 et les débris de l'armée polonaise suivirent Napoléon en France. Vous avez vu , mes amis , que Napoléon ne se souciait guère dans ces dernières années de Tinsurrection nationale en Pologne et ne comptait que sur son armée. Le peu de cas qu'il faisait de la bonne disposition des peuples, lui aliéna tous les esprits, au moment où la fortune se déclara contre lui. Les peuples Allemands et Italiens cessèrent de lui être favorables. Napoléon vit tout le monde s'éloigner de lui et lui devenir infidèle. Ses forces morales et matérielles diminuant tous les jours , il ne lui resta que son propre génie, mais les moyens d'en tirer parti lui manquaient , tandis que ses ennemis augmentaient leurs ressources en faisant un appel aux sentiments des peuples. Napoléon battit encore les alliés entre le Rbin et Paris, mais ses victoires étaient sans résultats utiles^ et la trahison de quelques-uns de ses généraux, lui porta le dernier coup. En descendant du trône qu'il avait élevé sur les ruines de la liberté, et avant de partir pour l'île d'Elbe, Napoléon congédia l'armée polonaise qui lui était restée fidèle jusqu'au dernier moment. 11 la recommanda à l'empereur Alexandre. Il y eut cependant des Polonais sincèrement attachés à Napoléon qui, nourrissant quelqu'espoir secret, allèrent partager son exil, et revinrent avec lui pour la dernière fois, sur le ronlinent, combattre sous ses étendards, à Waterloo. Les Polonais ont donné à Napoléon des preuves éclatantes de leur dévouement, bien qu'il eût tant de fois trompé leurs espérances. S'il est bien de s'attacher à une personne quand on peut par là être utile à son pays, il est cent fois plus honorable encore et plus digne de la nature humaine, de se dévouer à sa patrie et d'agir directement pour elle, sans les secours étrangers qui sont ordinairement intéressés.
2!2. Politique de l'empereur Alexandre. Envahissement de la Pologne.
Depuis la chute de Napoléon, la politique de l'empereur Alexandre concernant la Pologne pouvait se développer sans obstacles. Dans les premières années de son règne, il se
âCC ROYAUME DE POLOGNE.
fit connaître par la protection qu'il accorda aux lettres et à toutes sortes d'améliorations sociales, et grâce à ses soins, les sciences firent de grands progrès en Russie. Quand le sort des armes le fit de nouveau l'arbitre des destinées de la Pologne, on espérait qu'il continuerait à l'égard de ce pays le môme système libéral qu'il avait adopté en montant sur le trône. Après avoir recouvré la Litvanie, Alexandre signa à Vilna, le 24 décembre 1812, une amnistie générale pour tous ceux qui avaient embrassé la cause de Napoléon, et après avoiroccupé Varsovie et tout le duché, il conserva l'administration locale, et en confia la direction au prince Xavier Lubecki et à d'autres Polonais, soumis à la surveillance des Russes (14). L'armée polonaise ayant été laissée à la disposition de l'empereur Alexandre, il lui permit de retourner dans son pays, les armes à la main. Le général Vincent Krasinski ramena à Varsovie les débris de cette armée, et quand elle y fut arrivée, elle passa sous les ordres du grandduc Constantin, ce qui était encore une preuve de la haute faveur d'Alexandre. Le prince Adam Czartoryski , ancien ministre et sénateur russe, possédant toujours Testime et la confiance de l'empereur, ne larda pas à arriver à Varsovie. Le grand-duc et lui commencèrent à manœuvrer chacun selon ses vues, l'un dans l'armée, l'autre auprès des citoyens les plus influents, dans le but de préparer et gagner les esprits aux projets d'Alexandre et pour provoquer quelque manifestation en sa faveur. Le grand-duc Constantin éprouva dans cette tâche de grandes difficultés, car les militaires qui n'avaient pas cessé d'être citoyens polonais, en voulant maintenir les droits de la nation, proposèrent de former une confédération pour en réunir toutes les anciennes parties , avant qu'il pût être question de choisir un roi ou d'opérer une réforme militaire. Le grand-duc ayant mis de côté toutes les considérations qui touchaient de si près aux plus chers intérêts de la nation, parvint à réorganiser l'armée à sa
(U) Ils composaient un conseil suprême ou gouvernement provisoire présidé par un russe, Lanetzkoï. Plusieurs voilures russes furent expédiées de Pélersbourg pour placer des surveillants dans tous les d(^partements de Tadminislratiou.
CliNQUIËME PÉRI(M>£, DE IMi A 1830. 2CT
mode, mais toujours comme armée polonaise. JLe prince Gzartoryski ne se proposait rien moins que d'entraîner les citoyens à supplier Alexandre de vouloir bien être roi de Pologne, mais il n'obtint aucun résultat de ses démarches. 11 est vrai que la constitution et le roi de Saxe avaient été imposés par une main étrangère à une partie de la Pologne, mais il ne devait pas s'en suivre nécessairement que les polonais dussent faire peu de cas des obligations qui les liaient et se livrer, avec la plus blâmable légèreté, à Tun de ceux qui avaient démembré la Pologne (15). L'armée et les citoyens ayant alors en vue l'intégrité et l'indépendance delà Pologne, repoussèrent les suggestions du prince Gzartoryski auquel il ne resta qu'à préparer un projet de constitution , qui fut, dit-on, rédigé dans un es^urit aristocratique et ne fut pas adopté.