‹ Histoire de PologneChapitre 164 sur 219 · Xavier Lubecki, ministre des finances · texte numérisé non relu

Xavier Lubecki, ministre des finances

Le royaume de Pologne était parvenu à un haut degré de prospérité, si Ton en juge par les beaux édifices dont on orna la capitale, les grandes routes qu'on construisit, le grand nombre de fabriques et de manufactures de draps, de tapis et de tissus de coton qui s'élevèrent, et dont les produits trouvaient des débouchés an fond de la Russie, en

Asie et jusqa'en Chine. Mais si Ton réfléchit sur la position des habitants, surchargés de toutes sortes d'impôts, on en eonclut que si les forces nationales, comprimées par le système oppressif des finances, inventé par le nouveau ministre, avaient pu se développer sur une si grande échelle, elles auraient conduit le pays, à un haut degré de pros*périté si o» leur avait laissé plus de liberté dans leurs mouvements progressifs, Lubeckl trouva d'abord sans peine les moyens de couvrir le déficit qui commençait à se faire sentir, car le zèle des citoyens l'avait sincèrement secondé. Mais à peine eut-il introduit Féconomie dans différentes hrai^ches de l'administration, et donné une marche- plus régulière au gouvernement, qu'il ne cessa de poursuivre son système jusque dans ses dernières conséquences. Ayant adopté pour principe que l'argent était de bonne prise partout, il eut recours à des arguments sophistiques pour justifier les mesures les plus arbitraires, et se mettre à couvert de toute responsabilité. Il paralysait Faction des autres ministères , ne cessait d'augmenter %ans le sien le nombre des bureaux, afin de soumettre à ses décisions ce qui était du ressort des autres ministres. Il prodiguait l'argent à pleines mains à ses créatures, à titres de pensit)ns et de gratifications. Pour subvenir à ces dépenses, il prélevait d'avance les impôts dont le terme n'était pas encore échu, remettait en vigueur ceux qui avaient été- depuis longtemps oubliés ou amortis, établissait des accises et octrois, de nouveaux impôts sur la consommation, et des monopoles de toute nature. De là des vexations et des condamnations révoltantes ; le monopole du tabac et des boissons donnait lieu à l'oppression la plus odieuse. Le ministre des finances dépouillait le clergé de ses revenus et commençait à vendre les biens nationaux. Après avoir établi une banque très-utile au pays, il en dénatura le but, tournant ses fonctions vers d'étranges opérations financières qui consistaient à placer des millions sur des banques étrangères, à prêter à la Russie à envoyer de l'argent comptant pour acheter les billets de banque de Pétersbourg. 11 s'élevait des plaintes , des murmures que Lubeckl sut comprimer, et, pour retarder le moment où il devait ètreobligé derendrecomptedeson adminis-

IratioD , il fit en sorte que la diète ne fût pa» convoquée pendant quatre ans. D'après la constitution, le vote du budget et celui des nouveaux impôts appartenaient aux deux chambres ; mais cette même constitution disait aussi, que le premier budget des dépenses et des recettes, serait réglé et exécuté par le roi Jusqu^à ce qu'il fut changé par la diète; or, c'était ce premier budget royal que le ministre des finances développait à sa manière , en s'opposant de toutes ses forces à son changement, sous prétexte qu'il n'était pas encore définitivement réglé pour que la chambre s'en occupât. C'est ainsi qu'en se retranchant derrière des raisonnements captieux , il opprimait le royaume au mépris de la charte constitutionnelle.

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