Censure; supfiresston des écoles primaires
Nous avons dit que la censure fut introduite aussitôt que^ l'empereur Alexandre eut adopté une politique rétrograde* Etablie d'abord pour les journaux et les autres écrits périodiques, elle s'étendit en peu de temps sur tous les ouvrages imprimés en Pologne, ou venant des pays étrangers^ pendant qu'en Russie même , les anciens règlements de la censure décrétés par Alexandre, prescrivaient d'autoriser des expressions équivoques que l'auteur voulait conserver en leur donnant une interprétation satisfaisante, les règlements de la censure en Pologne, secrètement prescrits aux censeurs, ordonnaient de rechercher des pensées occultes , et des allusions dangereuses , dans les phrases les plus claires. Le pouvoir discrétionnaire laissé aux censeurs dégénéra bientôt en abus monstrueux. Non contentsde supprimer des mots et des périodes qui ne leur convenaient pas, ils poussaient l'impudence jusqu'à couper des pages entières dans des ouvrages étrangers, avant d'en permettre la vente, ou de les livrer aux propriétaires; ils confisquaient, en masse^ chez les libraires les livres qu'ils défendaient. A la tète de cette odieuse inquisition de la pensée , on voyait Joseph-Galassant Szaaiavski directeur général au ministère de l'instruction , le mètne qui composa autrefois de beaux ouvrages sur la liberté et la philosophie. Une autre calamité , plus funeste encore dans ses suites , atteignit le pays sous le règne d'Alexandre. Effrayé par les progrès que faisait l'art de lire et d'écrire parmi le peupla , il fit fermer les écoles primaires. Ce fut le prince Zaïouczek , lieutenant du roi , qui commença cette ceuvre de destruction. Par cette disposition illégale , communiquée directement aux autorités subalternes, plusieurs centaines de petites écoles, fondées sous le gouvernement
â80 ROYAUME DE POLOGNE.
prussien , ou lors du duché de Varsovie , furent fermées. Après lui, Szaniavski et d'autres personnes du ministère de rinstruction, en diminuèrent encore le nombre, de manière que les enfants des paysans et des petits cultivateurs nobles, que Ton connaît en si grand nombre sous le nom de petite noblesse , et les enfants des habitants les moins aisés des villes, furent entièrement privés d'instruction. Ce fut surtout le peuple de la campagne qui se trouva exposé .à la mauvaise foi et à la fourberie qu'on reprochait aux juifs avec beaucoup de raison. Privé des moyens de s'instruire, il ne pouvait ni s'occuper utilement après le travail , ni acquérir la connaissance des droits et des devoirs du citoyen. Le ministère de l'instruction , dont le but était plutôt d'étouffer que de répandre des lumières, particulièrement Szaniavski, son directeur général, s'attaquèrent aussi aux écoles supérieures, qu'ils entourèrent de toutes sortes d'obstacles , pour en rendre l'accès moins facile à la jeunesse. Ils prescrivirent un mode d^enseignement dont on ne pouvait s'écarter, et qui, conçu dans un sens rétrograde , avilit les sciences -, celles surtout qui pouvaient épurer le cœur , former l'esprit , préparer la jeunesse à la vie politique, et lui inspirer l'amour de la liberté. Voilà ce que faisait le directeur et censeur Szaniavski, de concert avec le sénateur russe Novosiltzov , qu'il consultait en toutes choses.