Insurrection en Litvanie et en Samogîtie
Pendant que Skrzynecki se remettait en campagne , c'està dire vers la fin de mars , l'insurrection éclata en Litvanie et se développa en peu de temps sur une assez grande étendue. Après la révolution du 29 novembre et Finsurrection du royaume, la Litvanie s'attendait à voir l'armée polonaise prendre l'oflfensive, passer le Bug et le Niémen et venir joindre l'aigle de Pologne au cavalier armé de la Litvanie. Mais la politique de Ghlopicki et des diplomates des bords de la Vistule, qui voulaient conserver le royaume pour Nicolas, enchaîna l'armée polonaise à Varsovie. La Litvanie en fut étonnée et profondément émue : mais loin de se laisser décourager elle commença àcalculer ses ressources et résolut d'essayer ses propres forces. Occupé par de nombreuses gar-
(40) Michel Pielkieviex, la LUvanîe el sa dernière insurrection , Bruxelles, 1832.
Félix rrotnorsfci, esquisse de rinsurreclion de Lilvanîc, en 1831 (en polonais) Paris 1934, — collection des mémoires sur l'insurrection de Litvanie de 1831, (en polonais). Paris 1835.
Joseph Stra^zevicx, Emile Plaler, sa vie et sa mort, Paris, 1835.
Z Mémoire d'un citoyen du district d'UpiU (en polonais),
Paris, 1835.
nisons, privé d'armes, tenu, en respect par les marches con. tinuellesdes troupes ennemies, ce pays avait a surinonter les plus grandes difficultés dans son insurrection.il y régnait une apparente inertie , et on ne s'attendait point à Varsovie à aucun mouvement en Litvanie. Cependant des jeunes gens, sans communiquer avec le gouvernement national , dirigés nar leur propres élans, se rendaient en secret de Varsovie en Litvanie, et de Litvanie à Varsovie en parcourant la vaste étendue de pays occupée par l'ennemi (41). Ck)mme chez eux, et chez les paysans Litvaniens et Samogitiens, aussi le cœur ardent brûlait d'impatience de saisir l'occasion de se soulever contre l'oppresseur. Ce ne fut pas dans la capitale Viln a , ni dans des villes plus considérables, qu'éclata l'insurrection, mais parmi le peuple des campagnes, dans différents districts à la fois. On cherchait des armes; des mains inhabiles à les manier quittaient la charrue pour saisir avec ardeur tout ce dont on pouvait faire un instrument de combat. Les Litvaniens commencèrent sur tous les points une lutte inégale avec un ennemi plus puissant et plus instruit dans l'art de la guerre. Des forêts impénétrables servirent de citadelles et d'asile aux insurgés. L'ennemi, continuellement harcelé par des escarmouches, perdait souvent ses positions, ses provisions débouche et de guerre, ses lignes d'opérations. Desmilliers d'élèves des écoles accouraient de tous côtés pour se ranger parmi les paysans devenus soldats.Dans cette guerre de partisans chacun était un héros, chacun sedévouail àla patrie avec la plus grande confiance ; et le pieux ministre de l'autel bénissait les défenseurs de la bonne cause. La commotion ébranla tout le pays depuis la mer Baltique jusqu'à Lepel et Dzisna; plusieurs villes furent occupées, l'administration insurrectionnelle organisée, des gouvernements provisoires constitués dans certains districts, et une centralisation convenue. Les insurgés de quelques districts se réunirent sous le commandement de Charles Zaluski pour assiéger Vilna , mais serrés de près par les secours que l'ennemi recevait de la Kourlande , ils furent forcés de renoncer à s'emparer de
(41) Le plus actif. Jacq Grolkovski, lue plus lard dans rexpéditlon du général Chlapovski. Je n'ose pas citer les autres.
cette ville. Leurs forces réunies descendirent des hauteurs de Vilna, et après le combat de Pristoviany, le plus important de ceuxqu'ilsavaientliyrésjusqu'alors, ils reconnurentla nécessité de se séparer et d'agir par détachements comme ils rayaient fait d'abord. Le massacre des habitans d'Oszmiana par les Tcherkesses et une foule d'autres revers, surtout le manque de munitions, ne découragèrent point les insurgés. Ils prolongeaint avec persévérance la guerre de partisans, dans tous les "districts du gouvernement de Yilna et notamment en Samogitie, attendant le moment où viendrait la légion Litvanienne, exercée dans Tart de la guerre sur les bords de la Yistule, et où ils recevraient des secours de leurs frères de Pologne (42).