Paysans, peuple asservt
Dans plusieurs chapitres des périodes précédentes, j'ai eu l'occasion d'indiquer quel était, à différentes époques le sort de la nombreuse population agricole. Quiconque en aura bien examiné les vicissitudes, ne pourra point dire que depuis l'introduction du cbristianisme, l'état de cette portion considérable de la nation, se soit en rien amélioré. Le christianisme trouva le peuple des campagnes libre en grande partie, cultivant des terres qui n'étaient pas à lui, jouissant de la protection des mêmes lois qui réglaient les relations avec les propriétaires. Tous étaient libres, et les prisonniers de guerre, s*ils allaient cultiver la terre, le devenaient après un certain intervalle de temps. Les paysans libres, cultivant des terres qu'ils ne possédaient qu'à titre de ténan * ciers, à la charge de payer aux propriétaires des dîmes et autres redevances de différente nature, ou de labourer certains champs du domaine, avaient la faculté de changer de domicile et de s'établir partout où ils le voulaient. Le christianisme, tout en contribuant à l'abolition de l'esclavage, limita cette faculté de déplacement que le paganisme ne contestait pas à tous les paysans. En accordant aux propriétaires les privilèges, le droit héréditaire et ducal^ c'est-à-dire, le droit sans réserve de disposer des domaines, et de s'y gouverner d'après leur bon plaisir, le christianisme enlevait aux paysans la liberté d'invoquer la loi commune et les soumettait à la juridiction de leurs seigneurs. C'est aussi par son influence, que les différentes redevances se changèrent en corvées. Il se passa bien du temps avant que ce changement funeste pût s'introduire et se consolider dans toute
r^ fl retendue du pays. Aux plus beaux jours de Thistoire de Po-
■^ logne , sous le règne des lagellons, les nobles qui se disaient
i f les seuls propriétaires de bien-fonds, regardaient les paysans
1% comme des sujets attachés à la glèbe, et exigeaient d'eux cer-
^ taines redevances , des services personnels et au moins un
^ r jour decorvéepar semaine; sans leur contester la propriété des
biens-meubles qu'ils pouvaient avoir acquis par leur travail,
ils se considéraient comm^ pouvant disposer à leur gré de
leur personne et comme ayant sur eux le droit de vie et
de mort. C'est surtout sur le peuple russien habitant une