partie de la Litvanie que retombait tout le fardeau de cette
^. odieuse servitude. A Textrèmité méridionale de la Pologne,
^' rùkraïne présentait un contraste dans la population des
■^' Rozaks libres , qui refusèrent de subir le joug de Tesclavage
?' et de faire la corvée, à laquelle on voulait les assujettir.
W Menacés d'une pareille dégradation , ils firent à la noblesse
i-i une guerre acharnée, et après avoir prolongé cette lutte
^ pendant soixante^dix ans , ils finirent par quitter le pays,
SE entraînant à leur suite des nuées d'habitants des cam-
r pagnes. Cette guerre dépeupla et affaiblit la Pologne.
fi.
7S. Paysans serfs opprimés*
Après que l'émigration des Rozaks libres eût délivré les nobles de leurs redoutables ennemis, ils se hâtèrent d'ériger ^ en principe que les paysans, étant leurs sujets, ne pouvaient
rien posséder à quelque titre que ce fût , qu'ils étaient faits pour cultiver les terres de leurs maîtres, sans qu'il leur fût permis de disposer des fruits de leurs travaux. Leur pécule et leur personne étaient censés appartenir en propriété aux seigneurs. Privés de la protection des lois et soumis à la juridiction seigneuriale, ils se trouvaient exposés à tout Tarbitraire et à toutes les vexations de la caste privilégiée. Les seigneurs réglaient, d'après leur bon plaisir , le tarif des redevances et des services personnels ; ce que l'un d'eux imaginait de plus onéreux pour ses paysans , était à l'instant imité par tous les autres qui s'empressaient de faire
supporter la nouvelle vexation aux paysans de leurs domaines. Ils augmentèrent la corvée, qui, n^étant d'abord que d'un jour , monta à trois , à quatre et jusqu'à six jours par semaine, et même jusqu'à douze sur les frontières de rAUemagne. Mais les corvées, tout exorbitantes qu'elles étaient, n'étant pas encore suffisantes pour exécuterions les travaux de l'agriculture, les seigneurs se permirent de requérir dans la saison des récoltes toute la population de leurs villages, aussi longtemps qu'ils en avaient besoin, sans que les paysans pussent exiger pour ces journées addition* nelles d'autre récompense , que quelques verres d'eau-devie.Indépendamment de tous ces abus et de toutes ces vexations , les seigneurs établissaient dans leurs domaines des monopoles de commerce pour pouvoir vendre à leurs paysans» au prix fixé par eux, différentes denrées nécessaires aux premiers besoins de la vie, telles que du sel, des boissons, des barengs et plusieurs autres articles de première nécessité. Tel était l'état déplorable du peuple! mais il n'était pas rare de voir des petits propriétaires , des boyars , des petits nobles , réduits par la ruse ou par la violence à la condition des paysans corvéables. Pendant une longue suite d'années la Pologne présenta constamment le triste spectacle d'une nation où la minorité privilégiée, non contente d'avoir interdit à la majorité la jouissance de la propriététerritoriale, s'adjugea encore le droit de la dépouiller de tout ce qu'elle pouvait acquérir par son industrie, son travail où son économie , et finit par se constituer maîtresse absolue de la vie et de la liberté individuelle des gens de cette classe laborieuse de la société. Cet état monstrueux dura jusqu'à la cbute de la république. Après le partage de la Pologne; l'oppression et la violence suivirent leur cours dans les provinces incorporées à la Russie , où l'on poussa la barbarie jusqu'à vendre les paysans comme des bétes de somme. Mais dans les provinces de la république tombées en partage à la Prusse et à l'Autricbe, dont on forma plus tard le ducbé de Varsovie et le royaume, on apporta de grands soulagements au sort des paysans, et on les affranchit du despotisme des seigneurs.
73. Etat dilfôrent de deux fractions de paysans de Tancienne Pologne.
Ck)inine nous venons de le voir, après la chute de la république polonaise, les paysans furent partagés en deux sections. La condition de ceux qui habitaient la partie russe au-delà du Bug et du Niémen devenait de plus en plus malheureuse (53); parmi les paysans de ces contrées, on n'en rencontre que très-peu qui parlent polonais ; la plupart se servent de la langue russienne ou litvanienne. Ils ne comprennent plus même le mot polonais : patrie, oïczizna; tout ce qui leur rappelle avoir fait partie de Tancienne Pologne, c'est le souvenir de temps qui furent bien meilleurs. Ce souvenir arma les paysans samogitiens, professant la religion catholique; en effet , ce n'était que dans cette seule province que les paysans jouissaient, du temps de la république, de plus de franchises et d'une plus grande prospérité que partout ailleurs. Aussi les insurgés de la Samogitie, ont-ils pu réunir des forces considérables et prolonger la guerre avec une persévérance remarquable, tandis que le peuple russien des autres provinces, enchaîné par la politique de l'église qui reconnaît le tzar pour chef suprême, dirigé par des prêtres ignorants, soutiens du despotisme, était moins disposé à prendre les armes. Ce peuple regardait avec insouciance les seigneurs aller à la guerre, les bénissait et faisait des vœux pour le succès de leur entreprise , prévoyant qu'il n'en serait pas plus malheureux ^ sans croire pourtant qu'il pût jamais être beaucoup plus heureux. D'un autre côté, à l'ouest du Bug et du Niémen, dans la partie allemande, le peuple de la campagne , marchant à pas lents dans la voie du progrès, manifeste un certain désir d'amélioration. A l'exception de quelques cantons limitrophes de la Volynie, où la langue russienne avait pénétré , la partie allemande parle polonais, connaît le mot patrie, oïczizna, et en comprend le sens ; aussi, dans chaque insurrection, les paysans de ces provinces ont-ils redoublé d'ardeur et de dévoûmenl
(63) Voyez quelquei exemples de spoliation et d'asservissement dans les goubernies polonaises, dans la note 10.
pour combattre les ennemis du pays. C'est en eux que consistait toute la force du petit royaume établi par le congrès de Vienne.