‹ Histoire de PologneChapitre 207 sur 219 · Conseil de guerre · texte numérisé non relu

Conseil de guerre

L'inquiétude des esprits , dans la capitale et dans l'armée, croissait d'une manière effrayante ; la conflance dans les notabilités était ébranlée. La presse, la société patriotique, discutaient à haute voix la situation des affaires. On signa-

lait de plus en plus les fautes du général en chef; on pénétrait les mystères diplomatiques. Lelevel, qui allait plus souvent présider la société patriotique, avait pris plusieurs fois la parole au sujet de la diplomatie , en analysant les nombreux empêchements qu'elle avait à surmonter pour se faire entendre; quoiqu'il déclarait quMl était loin de défendre les diplomates et leurs démarches, on lui reprochait de vouloir pallier leurs trahisons, et calmer les esprits qu'il fallait plutôt aigrir. £n effet, Tinquiélude et Texaspération devenaient de jour en jour plus menaçantes. Des hommes de toutes les conditions délibéraient publiquement sur le parti à prendre pour sauver la patrie; on arrangeait en secret les mesures les plus propres à faire marcher la révolution. Immédiatement après la bataille d'Ostrolènka , les généraux . Krukoviecki et Prondzinski rédigèrent des mémoires où ils prouvaient les fautes et l'incapacité du général en chef, faisaient sentir l'urgente nécessité de lui ôter le commandement. Les membres de la diète et du gouvernement, auxquels ces mémoires furent communiqués , voulurent en faire un secret. En effet, ils demeurèrent inconnus jusqu'à ce que l'opinion publique fît à Skrzynecki les mêmes reproches. Deux mois s'étaient déjà écoulés depuis la défaite d'Ostrolènka, quand le 24 juillet, Bonaventure Niemoiovski fit une motion à la chambre pour ordonner à Skrzynecki de réunir un conseil de guerre en présence d'une commission de la diète nommée à cet effet. Celte motion du nonce de Kalisz souleva toute la colère du général en chef; cependant il se soumit à la décision de la diète. Le conseil de guerre fut réuni le 27 juillet. Les partisans dç Skrzynecki, s'étant opposés à tout examen du passé, le rassurèrent au point qu'il répéta avec une pleine confiance en lui-même , que bientôt il ramènerait au port ses concitoyens. On délibéra sur la situation des opérations militaires et tout le monde fut d'avis que si la capitale venait à être assiégée, elle ne pourrait résister plus de huit jours; il fallait donc empêcher le siège que le général en chef semblait attendre avec impatience. On se félicita d'avoir des forces considérables à opposer à l'ennemi : on pouvait réunir quarante mille hommes sur le point principal, en disperser quarante mille sur diverses

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directions. Cette force semblait, aux habiles généraux, suffisante pour continuer la campagne avec succès. On décida à l'unanimité la nécessité de prendre TofiFensive, et Ton ordonna à Skrzynecki de livrer incessamment une bataille. Mais tout cela fut inutile. Le général en chef criait qu'il ferait la guerre à mort aux kaliszans qui, à son opinion, n'étaient que des intrigants; il lançait des injures contre la société patriotique; il réunissait des conseils de guerre pour opposer leurs décisions à celle du grand conseil ordonné par la diète; il fatiguait les troupes auxquelles il faisait faire divers mouvements sans aucune nécessité, et ne voulait point tenter la fortune d'un combat, car il attendait des dépèches diplomatiques qui devaient le rendre puissant et invincible, et reconduire sans doute la patrie au port de la sécurité mortelle; il oublia dans son étrange aveuglement que les députés de Kalisz, délibérant à la chambre des nonces sur Tétat déplorable des affaires, remplissaient leurs devoirs de citoyen , tandis que lui trahissait les siens , en se mêlant de ce qui ne le regardait pas , et en s'obstinant à éviter le combat qui pouvait seul sauver la nation.

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