Diétlnes des insurgés
Vous vous rappelez , mes chers amis , que depuis le commencement de la révolution , la cause des Polonais des goubernies avait constamment été repoussée paria faction amie de Nicolas; car, provoquer une insurrection dans ces provinces, c'était blesser la politique du tzar dans son endroit le plus sensible. Après que la diète se fut plus ouvertement prononcée en faveur de cette cause , et que les citoyens de la Litvanie et des terres russiennes eurent cimenté par le sacrifice du plus pur de leur sang Talliance intime qui les unissait depuis des siècles à leurs frères de la Pologne , les hommes qui avaient placé toutes leurs espérances dans la France et dans l'Autriche , et qui observaient strictement les traités devienne, n'osèrent plusse mettre en opposition directe pour empêcher les habitants des goubernies d'agir dans la cause commune. Mais les légions litvaniennes, formées du consentement de la diète, n'arrivèrent jamais à leur destination. Elles arrosèrent de leur sang les champs de Nur et deRutka, et quoiqu'elles se fussent trouvées à quelques journées de marxhc des frontières de la Litvanie, où elles auraient pu combattre avec plus de succès, on se garda bien de les y laisser pénétrer. Obligées de rebrousser chemin et traînées
CINQUIÈME PÉRIODE, DE 1830 A 1831. aeS
à la suite de Tarmée, elles furent négligées, et ne rendirent point les services qu'on en attendait. Toute l'insurrection de la Litvanie et des terres russiennes était regardée comme une affaire à part, comme une diversion qui avait bien servi en dehors de la Pologne, dans un pays étranger ; et , le croiriez- vous , mes enfans, tout ce qui s'y rapportait appartenait au ministre des affaires étrangères. Il semblait aux diplomates polonais qu'en agissant de la sorte, ils mériteraient l'approbation des cabinets , parce qu'ils prouveraient par là qu'ils étaient les fldèles observateurs des traités de Vienne , et qu'ils évitaient tout ce qui pouvait susciter à ces cabinets de nouveaux embarras dans leurs relations avec Nicolas, lequel ne voulait plus regarder comme Polonais les habitants des provinces situées au-delà du Bug et du Niémen. Ils oublièrent qu'en établissant cet indigne distinction , ils reniaient leurs propres compatriotes , jetaient dans les esprits un germe de division , et affaiblissaient la cause nationale. Aussi , quand on présenta à la diète un projet de loi relatif à l'élection des représen tants des palatinat s détachés de la Pologne par la Russie , et au mode de leur adhésion à la diète révolutionnaire , le parti qui les avait constamment repoussés souleva des difficutés diplomatiques, i&t la loi ne passa qu'après de nombreux obstacles de sa part. En vertu de cette loi , les insurgés arrivant de tous côtés à Varsovie , tinrent leurs diétines (8-22 août) , et choisirent leurs nonces , qui, admis à la chambre, ne s'y présentèrent que peu de jours avant la prise de la capitale. C'était cependant un spectacle solennel , car il démontrait , à la veille même d'une terrible catastrophe, la possibilité de réunir en un seul corps de nation tous les habitants de l'ancienne Pologne, depuis les rives de l'Oder jusqu'à celles du Dnieper, ^t de voir délibérer leurs représentants dans une même enceinte , comme ils l'avaient fait quarante ans auparavant.