Gouvernement de Krakoviécki
Krukoviécki, président du gouvernement, se montra d'abord un tout autre homme que Krukoviécki gouverneur de Varsovie. Il devint extrêmement populaire, alla lui-même faire des excuses à ceux qu'il avait offensés comme gouverneur. Il fit mettre en liberté l'abbé Pulaski, le colonel Zalivski, et beaucoup d'autres personnes acquittées par le conseil de guerre ; il permit à Skrzynecki de se cacher; il s'entretenait avec tout le monde et sondait ainsi les esprits. Il ('entoura d'hommes de toutes couleurs : aristocrates, doc-
trinaires, kaliszans, membres de la société patriotique, et des hommes les plus populaires dans la capitale. Il chercha à amalgamer les différents partis : cependant, il demanda d'abord que la société patriotique suspendit ses délibérations, et envoya les aristocrates au camp de Bamorino où se rendirent en effet Czartoryski et Gustav Malachovski. Toutes ces mesures ne firent augurer rien de bon. A l'agitation si prolongée et à la triste préoccupation des esprits, succéda tout à coup je ne sais quelle sombre taciturnité, quelle lassitude. Depuis que les différentes personnes qui avaient trompé la confiance de la nation ou encouru la haine du pays avaient quitté la scène publique, les passions qu'elles avaient excitées s'étaient refroidies ; et le pouvoir de Krukoviécki n'éveillait ni sympathies, ni confiance, mais seulement un assentiment glacé. Les aristocrates, trompés dans leurs calculs diplomatiques , semblaient se retirer tout-à-fait ; la presse, peu disposée à parler le langage que Krukoviécki voulait lui faire tenir, perdit tout intérêt et n'eut plus de retentissement ; la société patriotique, bien que de nouveau encouragée par le président du gouvernement à reprendre ses délibérations, n'eut plus de stimulant qui ^ûi ranimer sa ferveur éteinte. On aurait dit que le manque de sincérité avait posé son doigt sur la bouche des hommes de tous les partis. Un sinistre pressentiment s'empara de tous les esprits, et sembla dire à chacun : « Krukoviécki peut devenir traître ! » Le général Chrzanovski était du nombre de ceux dont la réputation avait souffert. Les entrevues qu'il avait eues, le 11 et le 28 juillet, avec le général russe Thiemann , et sur lesquelles Skrzynecki n'avait jamais donné au gouvernement national des explications satisfaisantes, firent naître le soupçon que Chrzanovski entretenait des intelligences secrètes avec l'ennemi. Instrument des colères de Uèmhinski, au moment où celui-ci méditait d'usurper le pouvoir suprême, et se préparait à une réaction sanglante dans la capitale, il fut nommé par Krukoviécki gouverneur de Varsovie. Il était difficile dans cette crise de choisir un homme f outre lequel il s'élevât plus de charges ; cependant Krukoviécki s'était tellement obstiné à maintenir Chrzanovski dans cette nouvelle fonction, que toutes les sollicitations, toutes les
instances qu'on fit anprès de lui pour qu'il la lui retirât^ restèrent sans effet. RrukoYiécki lui-même se plaignait de ce que la position était difficile, presque impossible à défen* dre; il hasardait de temps à autre quelques mots pour donner à entendre qu'il prévoyait la nécessité où Ton serait bientôt de traiter avec les Russes , et il savait d*avance que Paskiévitch devait commencer Tattaque le 6 septembre. Avant ce jour on remarqua des communications de plus en plus manifestes avec le camp ennemi. Enfin le général Prondzinski et le colonel Pierre Vysocki, envoyés comme parlementaires, apportèrent des promesses illusoires faites au nom de Nicolas, par lesquelles celui-ci s'engageait à ou* blier le passé, à faire droit aux anciens griefs, ainsi qu'à accorder une amnistie aux habitants des gouvernements, à condition qu'on rentrerait immédiatement dans le devoir; Krukoviécki ne trouvait personne qui osât appuyer ouvertement ses desseins. Quoi qu'il en soit, le pressentiment d'un triste événement grandissait, et il était cruel dépenser à quels dangers était exposé plus d'un bon polonais, contre lequel l'autocrate nourrissait une vengeance implacable. Chacun cependant marchait, sinon avec enthousiasme, du moins avec un dévoùment héroïque et une admirable résignation.Les colonels Pierre Vysocki et Joseph Zalivski, les mêmes qui avaient les premiers donné le signal de la révolution, et qui s'étaient attiré par là toute la colère du despote, seirouvèrentdans cette terrible position.Le premier reçut l'ordre de défendre la redoute de Vola, le second fut envoyé avec une poignée d'hommes vers Karczev, où s'étaient accumulées les forces considérables de l'ennemi. Zalivski, après avoir couru de grands dangers, parvint heureusement à rejoindre le corps de Samuel Rozycki ; Vysocki tomba entre lei« mains de Nicolas.