Prise de Varsovie
C'était justement le trente-septième anniversaire de la mémorable défense de Varsovie, pendant laquelle l'armée
(68) Voir la note 28, 41.
Jean Népomucèn Umimki, relation de l'attaque de Yarsorie, dans les Journées des 6 et 7 septembre 1831. Paris 1832.
et le peaple de cette ville, protégés par de faibles refrairchements, avaient repoussé les efforts de l'ennemi, qai fat forcé de lever le siège. Paskiévitch commença l'attaque le 6 septembre, en dirigeant toutes ses forces contre la redoute de Vola, point le mieux fortifié, mais qui n'était pas suffisamment garni de monde, et s'en empara après un combat acharné (69). On se battit jusque vers le soir pour défendre les différentes lunettes. Le peuple de Varsovie aurait bien voulu partager en masse les dangers de l'armée, mais Rrukoviécki et le gouverneur Chrzanovski n'en voyaient pas la nécessité. Il y avait seulement quatre mille gardes nationaux sous les armes. Chrzanovski menaçait de faire fusiller celui qui oserait conduire le peuple sur le champ de bataille. Le lendemain au point du jour, Krukoviécki se rendit lui-même auprès de Paskiévitch et eut avec lui une longue conférence. A la nouvelle de cette démarche, tous les ministres l'abandonnèrent et donnèrent leur démission. Krukoviécki, croyant pouvoir faire entrer la diète dans ses coupables projets, se servit de Prondzinski, qui se présenta à la chambredes nonces, où après avoir obtenu la parole, il retraça, dans un discours éloquent, les difficultés et les dangers de la situation, fit connaître les conditions d'amnistie, et finit par ajouter qu'il fallait les accepter sur-le-champ, car l'attaque devait être renouvelée à une heure après midi. Plus tard, quand la salle des délibérations trembla au bruit du canon, Prondzinski se présenta de nouveau pour annoncer qu'il venait de parcourir les rangs ennemis, qu'il y avait quatre-vingt mille hommes en ligne de bataille, avec une artillerie quatre fois plus nombreuse que celle des Polonais, et que dans deux heures les Russes seraient maîtres de la capitale. Après bien des efforts, et par conséquent beaucoup de temps perdu, Krukoviécki ne put rien arra-
Thomai SvUkovski, prisedeVoIa, le 6 septembre (en polonais). Paris» 183a.
Zvferzehovtki , trahison en Pologne , réponse au général Chrzanovski , Rourges , 1833.
(6^) Ici périt le vétéran invalide Savinski.
cher de la diète si ce n'est une explication de la loi sur les négociations, en ce sens que Tinitiative des traités appartenait au président et leur ratification à la diète. Après aToir fait replier les troupes sur Varsovie, ce qui occasionna du désordre dans la défense et mit le général en chef dans rimpossibilité de prolonger le combat, Rrukoviécki signa tout seul,Yers le soir, au nom de la nation, l'actepar lequel il se soumettait sans aucune condition au roi Nicolas, et crut qu'il avait tout terminé. Dans ces deux journées les Polonais perdirent plus de cinq mille hommes; mais la perte des Russes monta à environ vingt mille hommes tant tués que blessés. A la nuit tombante, les ennemis étaient déjà aux barrières de la ville, et bien que la canonnade eût cessé, le faubourg de Czisté tout en flammes éclairaitencore des combats partiels, et Ton continua 4 tirailler jusque bien avant dans la nuit. Il eût été possible de recommencer la défense et même de repousser l'attaque , si l'on avait eu des troupes fraîches à opposer à Tennemi. Mais Ramorino était encore éloigné de plusieurs marches; il n'était peut-être pas prudent d'affaiblir la garnison de Modlin ; et qui aurait eu le courage, dans ce moment suprême , après avoir laissé pénétrer Tennemi presque au centré de Varsovie, qui aurait osé appeler aux armes Ce peuple tant de fois repoussé. Le peuple stupéfait et pétrifié à la vue de la catastrophe contint sa colère. Malachovski, vétéran de l'armée, modèle de vertu et de dévouement, brûlant du feu de la jeunesse dans un corps décrépit, déplorant les forfaits de Krukoviécki, voulut se défendre dans les rues. Le maréchal de la diète réunit vers le soir et pour la troisième fois, la chambre, qui, révoltée de rinfàme trahison de Rrukoviécki, nomma à sa place Ronaventure Niémoïovski, président du gouvernement, et se retira à Praga où l'armée se rendit. Pour gagner du temps, on conclut un armistice de quarante-huit heures : on laissa le pont au pouvoir des Russes qui promirent de leur côté de laisser évacuer sur Praga les effets d'habillement qui étaient à Varsovie. Mais les Russes ne respectèrent pas longtemps cette convention : cependant ils ne poursuivirent pas l'armée polonaise dans sa retraite vers Modlin.
$78 EËTOLFTION.
101* Bamorlno et Samael Rozyeki entrent en Galfcle (70).
Si la gnerre et rinsurrection avaient été dirigées comme elles auraient dû l'être, la perte de la capitale, tonte sensible qu'elle dût être » n'aurait pas amené la ruine de la patrie. Vottsn*avez qu*à tous rappeler, mes chers enfants, combien de fois, sous Jean-Razimir, Varsovie fût prise, et combien de fois Etienne Gzarniecki fut battu , cependant la capitale fut reprise et il chassa les ennemis hors du pays. Après la perte de Varsovie, on avait encore soixante-dix mille combattants et les forces russes , réunies aux autres corps qui n'avaient pas pris part aux journées du 6 et du 7 septembre, ne pouvaient monter tout au plus qu'à cent mille hommes. Mais la plus brave armée devient faible quand elle est privée de ses forces morales. Cest le mauvais commandement qui lui a été ses dernières ressources, en refroidissant l'ardeur qui animait d'abord Tarmée , et le soldat en fut découragé, lui qui comptait avec plus de confiance sur la capitale que sur les talents de ses chefs. Ramorino avait reçu Tordre, de Moldin, de rejoindre le gros de Tarmée. Pour faciliter cette jonction , on jeta pour lui un pont sur le Vug, à Ramienczik. Mais les diplomates qui suivaient son camp, décidèrent qu'il serait mieux de filer vers la Galicie, où ils trouvaient plus sûr de se reposer sur les autrichiens. Ramorino suivit leur conseil. Tantôt faisant mine de marcher sur Zamosc , tantôt s'efibrçant de franchir la Vistule , pour se réunir avec son corps beaucoup plus fort à celui de Rozyeki; réellement il se rapprochait vers la Galicie. Le soldat, tant de fois trompé , ayant pénétré les desseins de son général et désespérant du saint de la patrie , se traînait vers sa destinée fatale en maudissant ses chefs. Ramorino introduisit son corps en Galicie , le 16'septembre , non loin de Rorov. Il n*y eut que Samuel Rozyeki, avec son petit corps, qui tint la
(70) Samuel Roxyeki, compte-rendu k la nation , de mon serrice en I83t (en polonais). Rourges , 1932.
Masimir Malachovski, quelques mots concernant les ordres donnés par le général en chef de Tarmée polonaise, au corps du général Ramorino après réTacuation de Varsovie. Paris , 1833.
campagne jusqu'au dernier moment. Quoique battu dans plusieurs rencontres , il défendit courageusement chaque pouce de terrain. Gzartoryski et Gnstav MalachoTski vinrent lui apprendre que Ramorino était entré en Galicie. Bientôt arriva aussi Skrzynecki , qui avait heureusement passé à travers les divisions russes , mais il était obligé de garder l'incognito , même au milieu des siens , car sa vue révoltait ceux qui voulaient combattre et mourir pour la patrie. Samuel Rozycki se défendit le plus longtemps, et, cédant à la force, entra en Galicie, près de Bobrek, et mit bas les armes. Les russes auraient eu le temps de Taccabler avec des forces supérieures, car ils étaient sûrs qu'ils ne seraient poinlinquiétésparrarméequis'étaitrenduedePragaàModlin.