Bybinski conduit en Prusse le reste de l'armée
Enfin, le général en chef termina la campagne, on
peut le dire, sans coup férir. L'armée et la diète arri-
(7S) Chelmieki et Zwierkoviki, sut le départ de Piock du président NiemolOYski (en polonais).
vaient à Plock , où Ton fit jeter un pont, ce qui réjouit tout le monde. On croyait qu'on se dirigerait de là vers Varsovie ou dans le palatinat de Rrakovie. .Toute la diète campa une partie de la nuit sur les bords de la Vistule , attendant que le pont fût achevé; elle devait accompagner rayant^garde , avec laquelle elle devait trouver plus de sûreté dans son voyage. Le 22 septembre , Dèmbiuski était déjà à Gombin , à dix lieues au-delà de la Yistule. Mais un nouveau conseil de guerre décida , par trente-six voix contre sept, d'arrêter ce mouvement» et l'avant- garde retourna le lendemain à Plock. Alors, la diète essaya pour la dernière fois son autorité. Eclairée par les généraux Bem et Uminski sur la possibilité de prolonger la campagne , et voyant que le premier se refusait à accepter le commandement , elle y appela le général Uminski. Celui-ci, s'étant bientôt convaincu qu'on avait soulevé contre lui Fesprlt d'une partie de Tarroée, se démit de ses fonctions. Le président du gouvernement et le maréchal de la diète quittèrent Plock , le 25 septembre, et se rendirent en Prusse. Rybinski reprit le commandement et continua à longer la Yistule. On fit jeter un autre pont à Vroclavek. Cette ville, située sur l'autre bord du fleuve, fut occupée le 29 septembre. La joie du soldat, qui se manifestait pour la dernière fois, se changea bientôt en désespoir, Yroclavek fut abandonné avant minuit, au milieu des imprécations et des malédictions partant de tous les rangs. Le lendemain, Tarmée se trouva en pleine marche vers la frontière de la Prusse. Il parait qu'elle fut en effet poursuivie par l'ennemi, puisqu'au moment dépasser la frontière, on présenta au général en chef une quarantaine de kozaks faits prisonniers. Yingt mille prussiens avaient été réunis dans cet endroit pour faire les honneurs
Valentin Zwierkovski; histoire des derniers événements de 1831. Paris, 1843 (en polonais).
' Jean Chotomski; défense de Rybinski. Paris 18i3 (en polonais).
J. N. Uminski; réponse à U défens3 publiée par Chotomskr. Bruxelles, 1843 (en polonais).
à un nombre plus considérable de Polonais et pour les désarmer. Le 7 et le il octobre , Modlin et Zamosc se rendirent aussi.
iO&. Suites.
Quand on réfléchit sur les causes delà chute de Napoléon, on voit qu'il n*est tombé du faite des grandeurs que parce qu'il s'était aliéné raflection des peuples dont il faisait peu de cas. On peut appliquer cette yérité à la dernière insurrection de Pologne, qui n'a succombé que parce que ceux qui Font dirigée, ne voulant rien faire pour le peuple, ont fuslré ses espérances, paralysé ses forces et refroidi son ardeur à servir la patrie. Le président même du gouvernement national , Adam Gzartoryski, Ta avoué , et la non- réussite de la dernière tentative d'affranchissement confirme d'une triste manière cette vérité depuis longtemps répétée, que la Pologne ne pourra être rétablie que par le peuple et en s'appuyant sur ses propres forces^ car, certes , ses assassins ne la relèveront pas. Cependant , les partisans du parti diplomatique ne cessaient de compter sur les secours des puissances étrangères et dUmplorer leur protection.: qu'arrivat'ii? Aucun potentat n'embrassa la cause de la Pologne. L'Autriche dissimulait ses vues, le gouvernement du roicitoyen trahissait Tespoir que l'on avait mis en lui, la Prusse concourait secrètement à écraser la Pologne et lui faisait plus Ide mal en agissant dans l'ombre, que si elle se fût déclaré^ contre elle ouvertement. Quand , il y a quarante ans, rinsurrection de Koseiuszko succomba, on se garda bien d'en accuser les chefs vaincus, car ils n'étaient point coupables d'inaction. Il n'y eut quePoninski qu'on soupçonna alors de trahison parce qu'il demeura inactif quand il aurait . dû se battre. Dans la dernière insurrection, il n'y eut qu'indécision et coupable négligence. Ici , on restait les bras croisés quand il aurait fallu agir ofTensivement; là, on ne voulait pas profiter de l'occasion favorable qui se présentait; à chaque pas, on n'entendait que plaintes et malédictions, à cause de rinaclion. Qu'attendaient-ils donc ces hommes qui usaient d'une si excessive circonspection? Des triomphes sans
dangers ?youlafent-ils que la nation descendtt vivante dans le tombeau qu'ils allaient lui creuser ? Qu'ont-ils amené par leurs temporisations, si ce n'est des funérailles sans la mort? Ils craignaient d'exposer la cause nationale aux chances d'une bataille, qui eût été fatale à Nicolas, quand même il eût vaincu ; ils avaient la coupable opiniâtreté de lui préparer la victoire avec tous les avantages que pouvaient lui procurer le perfide désarmement de la nation. Us craignaient de perdre des canons sur le champ de babille , et ils ne rougirent point de les conduire eu Prusse et en Autriche, où Ton s'empressa de les renvoyer à Nicolas. Us regrettaient de répandre du sang, et ils ne reculèrent point devant l'idée de livrer le soldat pieds et poings liés. Le soldat , auquel on ne permit pas de périr les armes à la main , rendu à la discrétion des deux autres assassins de la Pologne , fut forcé par eux de retourner dans son pays où l'attendaient les chaînes de Nicolas, et un service honteux où il devait verser son sang pour le tyran. Au lieu de trouver une mort honorable pour sa patrie, il {NPolonge son existence misérable dans un esclavage avilissant. Soixante-dix mille hommes furent conduits en Prusse et en Autriche par des voies différentes , et presque tous sont réduits à cet état honteux. De ce nombre , sept mille à peine se répandirent dans les pays étrangers , y compris les auteurs de tant de malheurs. Ces derniers voient enfin que le temps passe sans qu'ils puissent obtenir de pardon. Ces sept mille hommes ont en quelque sorte échappé à la vengeance du vainqueur , mais dans quelque coin du monde qu'ils cherchent un asile, ils se trouvent toujours dans des pays alliés à leur ennemi. Dans leur infortune, ils regardent de loin avec douleur leur patrie gémissant sous le joug; ils adressent leurs pensées, leur parole, à vous, enfants de Pologne.