La renaissance» raccroissement des foires
Dans rinfortune, le cœur navré de douleur, je vous raconte, mes enfants, les tristes- événements passés, et cependant je vous parle d'une Pologne renaissante. Quarante ans de calamités ne sont pas sans doute une preuve
de régénération, comme la longueur, d'ane maladie n'annonce pas le rétablissement du malade. Mais quand des symptômes favorables se manifestent, personne ne doute d'une prochaine guérison , quand même on souffrirait davantage. Les efforts continuels et de plus en plus énergiques que fait la nation polonaise pour secouer le joug qui lui est imposé, sont une preuve suffisante qu'un jour elle se relèvera de sa chute. Quand un peuple répète plein de foi : « Non la Pologne ne périra pas, tant que nous vivrons; » quand il ne désespère point du salut de sa patrie, il est toujours actif; quand, après s'être reposé, il se lève de nouveau et redouble d'efforts pour rompre les liens qui le retiennent, on ne peut douter qu'un tel peuple ne puisse recouvrer son indépendance. Eclairé par une douloureuse expérience , il cherche à détruire dans son principe le mal qui l'a ruiné, à connaître ce qu'il lui faut, pour agir avec plus de vigueur et de succès , et quand il a repris de nouvelles forces il sait en faire usage. On répète partout que nous vivons dans un siècle de révolutions , de changements sociaux , de progrès. Pas de coin en Europe qui ne soit miné, comme on dit , par un volcan révolutionnaire. Depuis le Tage jusqu'à l'embouchure de la Volga , de même qu'en France, en Turquie, en Allemagne, en Grèce, en Russie, partout couve l'esprit d'agitation qui demande des améliorations, delà liberté en faveur de tout le monde , l'affranchissement des peuples. Quand une telle marche de l'humanité se manifeste depuis 70 ans, par des commotions réitérées qui n'ont abouti à aucune fin, irrévocablement d'autres suivront qui , tôt ou tard, établiront l'émancipation et les libertés des peuples, et il est évident qu'aucune force contraire ne sera assez puissante pour s'y opposer. La Pologne avait commencé l'amélioration sociale avant sa chute; les spoliateurs, qui oppriment les peuples , et qui l'ont déchirée, ont proclamé ce fait, en vociférant contre elle des plus abominables calomnies, et leurs clameurs loin de nuire à l'approche d'une ère nouvelle pour la Pologne, ne font que l'accélérer. Son sort se trouve dans cet avenir; dès que l'affranchissement des peuples en Europe se décidera victorieusement, la Pologne sortira du revirement universel ; elle reparaîtra entière et
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glorieuse de toutes ses réformes sociales. Enfants de la Pologne ! examinez bien en quoi consiste la liberté et les améliorations humanitaires; observez les entraves qui se présentent aux réformes; voyez quelle est la classe des habitants de votre patrie qui demande avant tout des égards; elle formerait les forces les plus formidables si elle combattait pour rindépendance de la Pologne , non pas par instinct ou par obéissance , mais appelée par sa conviction intime et son propre mouvement. Pour moi, je n'indiquerai ici que la proportion croissante des forces nationales relatives au progrès d'amélioration, bien qu'il ne soit que trop lent , trop peu avancé. Il y a à peu près 90 ans, dans la confédération de Bar formée par les Pulaski , la seule noblesse faisait courageusement face à l'ennemi ; elle n'était qu'au nombre de huit mille, et elle combattait plusieurs armées . Depuis qu'on a accordé quelques faveurs aux bourgeois, et que l'on a commencé à s'occuper de progrès et d'amélioration pour les autres classes, la Pologne, diminuée par les premiers démembrements, a formé une armée de soixante mille hommes; et, rétrécie il y a 43 ans , dans des limites encore plus étroites, par le second démembrement, elle pouvait encore mettre sur pied les trente mille hommes commandés par Kosciuszko, et armer le peuple de toutes les classes, spécialement des capitales, pour la défense de la patrie. Plus tard, il y a trente ans, le pays , encore amoindri de la portion dévolue au roi de Prusse, se créa une armée de trente mille hommes^ et il y a 2tf ans le duché de Varsovie, qui n'était pas plus grand , en avait une de quatre-vingt-dix mille, pleine d'ardeur, car Tesprit des réformes sociales respirait en elle. Dans le dernier ébranlement , le royaume tzarien, quoique moindre que le duché, eut cependant quatre-vingt mille hommes de troupes réglées ; toutes les classes prirent les armes , sans compter les insurgés au nombre au moins de cinquante mille. Ce dernier ébranlement occupait cependant moins de pays que l'insurrection de Kosciuszko. Si les Pulaski et Kosciuszko avaient eu , au lieu de trente-huit mille hommes , une armée de cent trente mille hommes, comme lors du dernier ébranlement, que n'auraient-ils pas fait? Il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer cet accroissement énorme des forces nationales , et il devient évident, qu'au
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milieu des revers , les consbaUafits augmentent chaque fois; si ce peuple pouvait encore comprendre son intérêt, il verrait qu*il repose dam les amëlioratioiis sociales, te progrès humanitaire et Témancipation. Disons-donc, pour terminer, que la régénération de la Pologne s'accomplit dans tes malheurs et dans les douleurs.
106. La régénération de la Pologne arrivera dés i|ue ses forces seront bien dirigées.
On dit qu'une yille ne se construit pas d'un seul coup ; aux maçons et aux charpentiers , la bonne saison n'est pas favorable chaque jour, et s'ils prennent desbriques, des poutres et d'autres matériaux de mauvaise qualité, leur constriretion ne tiendra pas longtemps, et s^écroulera avant qu'elle soit achevée. C'est ce qui est arrivé îwsqu'aujourd'buidans la reconstruction de la Pologne; on se servait de mauyais matériaux, on usait de mauvais élénaents. On n'osait pas, on ne roulait pas améliorer le sort du peuple, ce qui pouvait lui faire comprendre qu'il combattaitpoursonproprecompte. Or, eet élément n'était pas d'une qualité parfaite. Ceux qui voulurent réédifier leur patrie, au lieu d'éveiller ses propres forces, allaient rôder dans le monde, former des légions servlles aux conquérants étrangers. Ne blâmez point les réfugiés qui , après la chute nationale émigrèrent , évitant ainsi la Sibérie et les prisons : mais maudissez ceux qui abandonnèrent leurs familles dans le but de figurer dans les légions des émigrés destinées à combattre à Saint-Domingue, à Alger, en Espagne, où ils ont été plusieurs fois décimés avant que l'occasion se présentât de retourner dans leur payji natal. Soyez certains que le nombre de vos IVères qui reviendront chez vous estropiés sera assez grand, sans qu'il faille Taugmenter. Ceux qui arrivent sur leur propre sol à rage viril doivent rester chez eux , et se saisir des armes à l'occasion propice, car la Pologne ne sera jamais rétablie que dans le cercle de ses propres régions. Les autres ne cessent de compter sur l'appui étranger. Malheur au peuple qui recouvre son existence par la protection d'un autre, il ne sera jamais ni libre, ni indépendant; il restera soumis, asservi. En effet l'expérience prouva que rien ne oontribuc
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autant aux non-succès que trop d'espoir fondé sur les secours diplomatiques. Quel est le monarque qui seconderait sincèrement un peuple. Ce serait du reste un mauvais élément pour la construction ; il ne bâtirait qu'un duché de Varsovie, qu'un royaume tzarien, de vraies masures d'argile qui, à la première tempête, aux premières pluies tomberaient dans la boue. Quelques-unes de ses constructions sont déjà sorties des mains impériales ou tzartennes. Quelle serait donc celle qui sortirait des mains autrichiennes, si elle eût pu se faire comme plusieurs des meneurs se rimaginaient pour le malheur de la nation. Ce serait un roi autrichien dans une fraction de la Pologne, la garnison en uniforme blanc, la permission spéciale arrivée de Vienne de parler et d'écrire en polonais, une censure privilégiée, un repos dans des souterrains humides de Monkatch pour les esprits ardents, une correction paternelle appliquée avec des souliers, l'hommage de la soumission des magnats, une répartition oppressive des impôts confiée aux états, l'avilissement et l'esclavage : voilà les fruits amers que préparaient les obstinés qui mettaient leur salut dans l'Au- ' triche. Ce n'est pas dans la diplomatie , ni dans l'appui des cabinets que le sort futur de la Pologne repose, mais dans le soulèvement des peuples et dans leur émancipation. La reconstruction de la Pologne trouvera de meilleurs éléments sur son propre sol, dans ses propres facultés, et le premier peuple qui se soulèverait et combattrait pour son affranchissement serait un ami naturel de la Pologne. Elle ne demanderait ^pas son appui, mais sa fraternité et son alliance ; c'est par ce moyen qu'il servirait la nation polonaise, comme celleci lui serait réciproquement utile. Le temps prépare tout. Quarante ans dans la vie des nations, je le répète, n'est qu'un court espace de temps : aussi l'action douloureuse de la régénération exige des années. Vous grandissez, mes amis» et il est possible que vous arriviez à la maturité dans l'époque la plus chaude qui demandera votre service. Pensezy, et formez- vous pour que vous soyez d'utiles enfants pour votre patrie, plus éclairés et plus conséquents que ceux qui ont commis antérieurement tant de fautes. Réfléchissez sur ce que je vous ai dit, et si mes paroles sont vraies,