Mieczislav II et nixa
Entre les mains d'un mauvais fermier k meilleure moisson se perd récoltée en temps non convenable; le bétail le mieux portant succombe faute de soins; les bâtiments les mieux construits tombent en ruines ou périssent par l'incendie; par la même cause, Boleslav était un excellent fermier; mais son fils et successeur, Mieczislavlï, ne suivit pas son exemple. A peine son court règne fini, ce fi*t encore pis. Sa femme devenue veuve, parente des empereurs d'Allemagne et de race allemande, prit les rênes du gouvernement. Elle n'eut aucune considération pour les mœurs et coutumes du pays. Elle méprisait les Polonais, se moquait de leurs manières et costumes qu'elle trouvait grossiers ; elle n'avait de confiance que dans les Allemands auxquels elle donna toutes les places et emplois qui étaient à sa disposition, ce qui enfin irrita tellement les Polonais, qu'ils se révoltèrent contre son autorité. Elle fut obligée de s'enfuir en Allemagne, ce qu'elle fît en emportant la couronne et les trésors royaux. Son filsKazimir, très-jeune encore, la suivit -en Allemagne et s'occupa à Liège à étudier les sciences et l'art militaire; de sorte que la Pologne resta sans chef.
/îO. Anarchie.
L'anarchie n'eut alors aucun frein. Les nombreux colons composés d'hommes des pays conquis ou dévastés dans les guerres précédentes et établis dans différentes parties du royaume, s'étant réunis aux paysans, se révoltèrent et prirent les armes contre leurs seigneurs qui s'armèrent aussi entre eux. Les païens reprirent leur haine contre les chrétiens, détruisant les églises et massacrant les ecclésiastiques. L'assassinat était à l'ordre du jour. Les Russiens d'un côté et de l'autre les Bohèmes profitant de ces circonstances, firent une irruption dans le pays et le pillèrent. Ils commirent d'afîreux ravages. On voyait les habitants sans défense, dépouillés de tout ce qu'ils possédaient, arrachés à leur patrie et vendus à l'étranger; les villes et les villages incendiés; les trésors de l'église et de l'état pillés et emportés; une partie
considérable du pays entièrement dépeuplée et changée en un désert. Personne ne se trouva pour défendre une patrie désolée, pour arrêter l'ennemi, parce que la discorde était implacable. Ces mêmes guerriers, ces mêmes hommes qui, réunis d'un commun accord, avaient déployé tant d'énergie sous Boleslav-le-grand, se montrèrent sans force dès qu'ils furent divisés. Dans cette déplorable perplexité, dans une province reculée de la Pologne, se trouva un chef nommé Maslav, qui défendit la vaste Mazovie contre les invasions étrangères. C'est là que le peuple chercha un refuge, et trouva la sécurité sous les ordres de Maslav qui y établit sa domination.
4i« Kazlmir-le.restaurateiir.
Plusieurs années passées dans ces [tourments flrent sentir aux Polonais la nécessité de la concorde. On demanda d'une commune voix le retour de Kazimir. Il fut appelé au trône. Ce prince tout jeune encore, ayant repris la couronne déposée par sa mère chez l'empereur, fut salué et reçu partout avec des cris de joie. Il n'éprouva aucun obstacle pour se mettre en possession des pays dévastés et dépeuplés de la Pologne : le seul Maslav, confiant dans ses forces, ne voulut {loint le reconnaître et Kazimir eut beaucoup de peine à le vaincre. Il obtint aussi des Bohèmes la restitution de Vrotslav et d'autres places de la Silésie. Kasimir gouverna avec habileté, rétablit les évêchés, les abbayes, les couvents et les écoles; il consolida la paix dans tout le pays et lui donna ainsi le temps de se refaire des pertes éprouvées dans les derniers reversj il fit refleurir la Pologne et mérita ainsi d'être nommé U restaurateur ou le rénovateur de cet état.
kl. Boleslav II le hardi.
Boleslav II, courageux sur un champ de bataille, prodigue dans ses dépenses, voulut imiter Boleslav-le-grand, son aïeul et son prédécesseur. Les dissensions des familles régnant sur la Bohème, la Hongrie et les pays des Russiens, provoquèrent son intervention et lui facilitèrent ses victoires. Il humilia
les Bohèmes. Médiateur généreux et désintéressé, on le vit souvent, de concert avec les évêques hongrois , ramener la concorde dans la Hongrie, entre les princes de ce pays et y établir plusieurs rois de suite. Dans les vastes contrées des Russiens, les descendants de Jaroslav-le-grand, divisés entre eux, s'emparèrent mutuellement de plusieurs principautés et de plusieurs villes. Boleslav II secourut les ducs de Kiiov, chefe de tous les autres, et fit en même temps la conquête de la Russie-rouge, l'ancienne Ghrobatie-rouge. Il soutenait activement cette guerre depuis plusieurs années, lorsqu*en 1077, le jour de Noël, ayant convoqué plusieurs évèques polonais et hongrois, il se fit solennellement couronner; mais il ne régna pas longtemps après cet événement.
&3. AAsassInat de Tévéque Stanlslav. — Retraite en Hongrie.
Une guerre que ce prince soutenait avec opiniâtreté contre les Russiens, depuis plusieurs années, lui attira le mécontentement de ses guerriers, qui étaient habitués à rentrer dans leurs foyers à la fin de chaque campagne entreprise dans le courant d'une année. Comptant trop sur ses moyens, Boleslav-le-hardi voulut gouverner par lui-même; ne se fiant à personne, il devint trop soupçonneux et trop sévère. Stanislav, évèque de Krakovie, blâma sa conduite et lui adressa ouvertement des réprimandes : on dit même qu'il conspira contre lui. Dans sa colère, Boleslav se fit justice lui-même et tua l'évêque. Ce forfait et toutes ses violences attirèrent sur lui l'animadversion générale, au point qu'il fut obligé de quitter la Pologne. Il se rendit en Hongrie avec son fils Mieczislav. Yladislav, roi de Hongrie, alla à sa rencontre avec une suite nombreuse pour lui témoigner sa reconnaissance et ses bonnes dispositions. Mais Forgueil du proscrit lui fit méconnaître cet acte d'un cœur généreux. Il ne voulut point s'incliner devant le roi qu'il avait lui-même placé sur le trône. Les Hongrois, jnstendent indignés, murmurèrent hautement contre un orgueil si mal placé, et quoique Yladislav lui ofl'rlt un asile assuré, il périt misérablementoublié dans sa retraite, victime de la haine qu'il avait inspirée aux Hongrois.
/i/î. TladlslaT-IIemian et son favori Sicciecb.
Après Moignemcnt de Boleslav-le-hardi , on mit sur le trône son frère, Vladislav-Herman. Ce prince, d'un esprit indolent et borné, accorda aux étrangers des évéchés et des abbayes. Il laissa passer sans recherches la mort de son neveu Mieczislav qui était revenu de la Hongrie, et qui fut empoisonné. Quoique placé sur le trône, il ne se fit point couronner et n'osa même prendre le titre de roi. Incapable de se gouverner dans les plus petites actions, il se reposa sur son favori Sieciech du soin de toutes ses affaires, le créa son palatin {voïevoda), l'investit du pouvoir militaire el de la puissance civile. Sieciech pouvait, par conséquent, comme juge suprême, terminer à l'amiable toutes les contestations entre les citoyens, punir les coupables d'après les lois, comme administrateur veiller au maintien de l'ordre dans tout le pays, à l'accomplissement des obligations imposées par l'état, au paiement des redevances et des impôts. Vladislav laissa Sieciech abuser de son pouvoir et enfreindre les lois, disposer des emplois à son profit, construire des châteaux forts, ce qui jusqu'alors n'avait jamais été accordé à aucun citoyen. Ce favori, enhardi par sa faiblesse, protégea les uns au détriment des autres, commit mille exactions et se livra à l'arbitraire le plus effréné. Cette conduite fît naître des plaintes et indisposa tous les esprits contre lui. L'animadversion générale causée par les fautes du ministre retomba sur le roi. Telle fut Torigine des discordes civiles.
/i5. Les flis se révoltent contre leur père et son favori.
Les Bohèmes ne laissèrent point échapper cette occasion; ils intervinrent et envenimèrent des dissensions qui n'étaient déjà que trop graves. Leur duc, Bretislav, tira d'un couvent Zbigniev , fils illégitime de Vladislav-Herman, destiné par son père à l'état ecclésiastique, et réussit à persuader aux mécontents de le choisir pour leur chef. Vladislav-Herman avait un autre fils légitime , dit Boleslav-bouche-torse (/:r;;îroM«fy). Plusieurs combats, dans lesquels ce prince se distingua très-jeune encore, développèrent son caractère bel-
PREMIÈRE PÉRIODE» D£ 860 A 1139. d9
liqueux. On le décida à s'associer à la révolte de Zbigniev contre son père ou plutôt contre son favori Sieciech. Tous les mécontents, ainsi réunis et formant un parti formidable, déclarèrent la guerre à Vladislav-Herman qui consentit d'abord à éloigner Sieciech pour s'unir à ses enfants; mais ce favori s'était tellement emparé de son esprit, qu'une nuit il s'échappa de son camp, et, traversant la Yistule sur une barque avec deux de ses confidents, il se rendit au château de Sieciech, où ce ministre s'était retiré. Sieciech fut enfin banni du royaume. Vladislav-Herman, en mourant, laissa ses enfants divisés entre eux, et la Pologne exposée à de nouvelles guerres civiles.