Boleslav III, bouche-torse, et Zbtgniev
Zbigniev fut vraiment malheureux! Plus âgé que Boleslav III, il régna sur la partie de la Pologne qui lui avait été désignée par son père j mais il ne put effacer la tache imprimée à sa naissance, et son cœur mal disposé en fut exaspéré. L'ambition le porta plusieurs fois à se liguer avec les ennemis de la patrie. Cette conduite attira sur la Pologne de nouveaux malheurs. —Boleslav III eut à combattre sans relâche les ennemis suscités par l'esprit turbulent de Zbigniev : lés Prussiens, les Poméraniens, les Bohèmes et les Allemands. La guerre qu'il eut à soutenir contre ces derniers fiit la plus importante j elle se termina ainsi : L'empereur avait placé son camp près de Vrotslav, lieu qui lui devint funeste. Il fu*^ forcé de l'abandonner avec les restes de son armée affaiblie par la famine. Dans la suite, par mépris contre les Allemands, on le nomma le champdes chiens (16). Un autre fait d'armes de Boleslav III fut la conquête de la Poméranie, pays situé entre la Vistule et l'Oder, et dont il convertit les habitants au christianisme. Les rois de Pologne l'avaient soumise plusieurs fois, mais Boleslav III, bouche-torse, la réunit définitivement à la Pologne. Entraîné par son caractère belliqueux, il poussa ses conquêtes jusqu'à l'île de Rugen et audelà des pays habités par les Lutices-Vilces. Mais elles ne furent point conservées par ses successeurs.
(16) Psiepolé en polonais, HundsfM en allemaDd, aujourd'hui petit bourg, prés de Brcslar.
40 POLOGNE COSQVÈRàSTE.
ft7. ilssassioat de Zbigniev.
Chaque victoire gagnée sur les ennemis était une nouyelle hamiliatioD pour Zbigniev, et rendait plus évidentes ses coupables manœuvres et sa scélératesse. Souvent il conjura la perle de son frère, lorsque celui-ci, au contraire, Vayant mainte fbis à sa disposition, lui pardonnait généreusement. Enfin , dépouillé de cette pafrtie de l'état qui lui fut désignée par son père et banni de sa patrie, il obtint de son frère la permission d'y rentrer. Revenu, il fit porter devant lui son glaive, comme insigne de la royauté et de la souveraineté. Ses vaines bravades et ses présomptueuses menaces indignèrent Boleslav au point qu'il lui échappa une fois de manifester le désir de s'en voir débarrassé, et des hommes serviles, toujours trop empressés de chercher les occasions de se rendre agréables à leur maître, se hâtèrent d'assassiner Zbigniev. Mais si cette mort délivra Boleslav d'un ennemi , elle lui en suscita un autre dans sa propre conscience qui lui reprochait d'avoir causé la mort de son frère. Son repentir et les actes expiatoires qu'il s'imposa publiquement, ne calmèrent point ses remords.
US. Chagrins et affUIblissement.
Les tourments auxquels il était en proie, furent encore aggravés par les révoltes de plusieurs châtelains, ses principaux officiers, qu'il fut forcé de punir sévèrement. Dans la guerre civile de Hongrie, le parti au secours duquel il était venu le trahit et, par sa défection, lui fit essuyer une grande perte. Les Bohèmes pillèrent la Pologne et les Russiens, secondés par la trahison, l'envahirent plusieurs fois. Boleslav, ne pouvant plus réparer ses pertes ni venger ses outrages réitérés, en conçut une affliction qui détruisit sa santé et accéléra sa fin. Dans son agonie à Plock, en 1139, il partagea son royaume entre ses quatre fils Vladislav, Boleslav, Mieczislav et Henri ^ le plus jeune, Kazimir, encore enfant, n'obtint rien.
PREMIÈRE PÉRIODE, DE 860 A 1139. il