‹ Histoire de PologneChapitre 39 sur 219 · Aristocratie. — Privilèges · texte numérisé non relu

Aristocratie. — Privilèges

Une fois en possession de ce pouvoir, les seigneurs s'en servirent à leur profit, ce qui occasionna dans la suite au pays un tort toujours croissant. Ils cherchèrent à s'enrichir et à s'exempter des charges publiques. Les dotations qu'ils obtenaient des ducs les mettaient au-dessus du droit commun. Ils recevaient en dons de vastes domaines, et les paysans qui y étaient établis, passaient du pouvoir immédiat du souverain sous le pouvoir des seigneurs. Les seigneurs, tant

ecclésiastiques que séculiers, devenaient exempts d'impôts et du service national, qui, d'après la loi polonaise, étaient obligatoires pour tous; ils obtenaient la juridiction sur les habitants de leurs terres; la liberté de bâtir des châteaux forts; le droit de disposer de leur bien sans réserve, pour en assurer l'héritage à leurs collatéraux, les vendre, les donner en garantie ou les aliéner, n'observant en aucune manière ni les coutumes, ni les lois anciennes. Tous les princes, et Mieczislav-le-vieux lui-même, ne se refusaient point ce geni*e de faveur : et plus les seigneurs et les prélats profitaient de ces privilèges exceptionnels, plus les impôts et le service public devenaient onéreux à cette classe de sclachic moins aisée, aux kmetons ou paysans et à la classe laborieuse. Ce changement opéré graduellement dans l'espace de cent ans, menaça dans la suite le pays de nouveaux malheurs, car les désordres et les abus croissaient avec lui.

59. JUieczislav III et Leszek-le-blanc. — La monarchte va passer dans la branche cadette.

Kazimir II mérita le plus beau titre, celui de juste (19), mais en acceptant la couronne, il déposséda son frère, Mieczislav III, de Krakovie. Celui-ci exclu à la fois de monarchie et de Krakovie, se crut lésé dans ses droits. Le pape reconnut Kazimir et ses descendants comme les seuls possesseurs légitimes de la- monarchie, mais cette sanction étrangère n'affermit point les prétentions de Kazimir, ni celles de ses descendants. Après la mort de ce prinee, l'opinion était partagée pour décider laquelle des deux branches avait plus de droits à la couronne. Les aristocrates reconnurent Leszek-le-blanc, fils de Kazimir : mais Mieczislav-le-vieux trouva aussi des partisans. Une sanglante

(19) L'épithéle âe juste lui a été donnée, àToccasion (Tune petite mésavcnlure qui lui était arrivée, étant duc de Sandomir. Dans un jeu, un cerUin Jean, impatienté des pertes et des plaisanteries que Kazimir lui adressait, s'emporta au point de lui appliquer un souiTlel. Kazimir, loin de s'en offenser, pardonna généreusement à Jean et avoua que par ses plaisanteries il avait lui-même mérité cette confusion.

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bataille eut lieu près de la rivière Mozgava, entre l'armée de Mieczlslav et les partisans de Leszek, où les deux partis se crurent victorieux. Mieczislav III, ne pouvant réussir par les armes, eut recours à l'intrigue, il déclara que lui seul pouvant légitimer l'autorité de son neveu par son droit de souverain, il promettait de le faire : mais c'était un piège pour recouvrer la possession de Krakovie et il ne tint guère sa parole (20).

(20) FoRHATioN DU pocvoiB ARISTOCRATIQUE. Lft latte de Mîeczisla?-le-vieux avec le parti contraire est d'autant pins importante qu*elle décide la formation du gouvernement aristocratique. Cest pourquoi nous extrayons^ à ce sujet, un passage que Tauteur a inséré dans T histoire de Ttiéodore Yaga, qu*il at publier en 1824 :

« Les factions des Weibelingues et des Welfs qui divisaient l* Allemagne prirent, dés le principe, un caractère plus général, et« lorsqu'elles envahirent la péninsule, elles s'emparèrent des contestations qui existaient entre le pape et l'empereur. La cour de Weibelingues releva le droit absolu des anciens empereurs romains, et Frédéric barl)erousse s'efforça de l'établir sur les ruines des immunités et des franchises des villes italiennes. Les villes, de leur côté, sans désavouer Tautorité de l'empire, défendaient leur liberté. Le pouvoir impérial, déjà ébranlé par les guerres des investitures, se vit ruiné par la politique italienne et par l'intérêt des seigneurs de l'Allemagne. L'empire, déchiré par les combats des Guelfs et Guibélins , assurant à la Léchie le repos du côté de l'Occident, éveilla, par son exemple, la haute question politique dans les duchés des Piasts.

<c Sfiecxislav III, duc de Pologne, pour sa gravité et sa sagesse appelé ffienx, occupa le trône après la mort de son frère , Boleslav IV. Dans le but de rétablir le pouvoir monarchique , il s'engagea dans une luUe dangereuse qui abrégea son règne. Il faisait exécuter avec plus d'exactitude les exactions et les prestations; il protégeait les juifs et les classes pauvres contre les violences des seigneurs. La sévérité qu'il exigeait de ses fonctionnaires dégénéra bientôt en oppression, car ses employés parlèrent hautement du fisc et se permirent toutes sortes de vexations et d'injustices. Des plaintes sont adressées de toutes paris ; l'évéque de Krakovie» Gédéon, s'efforce en vain de ramener le souverain à un meilleur conseil , il demande sans succès la répression des exorbilances des employés. Alors les seigneurs, réunis sous la direction de l'évéque, se consultent, ils déplorent la triste nécessité de rébellion, mais ils réflé-

60. Tladislav-aux-Jambes-grèles et Leszek-le-blanc. — La monarchie passe dans la branche cadette.

Après la mort de Mieczislav III le yieux, Leszek-le-blanc refusant d'éloigner le palatin de Sandomir, Govorek, son tuteur, auquel il était fort attaché, les ennemis de celui-ci, et surtout Nicolas palatin de Krakovie, placèrent sur le trôn

chissent sur la honte, bien plus fâcheuse, d*étre opprimés ; Ils décident Texpulsion de Mieczislav ITI, et invitent le duc de Sandomir, le plus jeune des fils de Boleslav III , de prendre possession de Krakovie et de la monarchie. Après quel(iues hésitations, le jeune prince cède et accepte leur proposition.

« Kazimir'le'Juste,a^Q d*affermirson usurpation, permit et autorisa Texpulsion de son frère, Mieczislav III, de la Pologne même qui lui fut assignée eh partage; il donna une petite portion de la Poméranie odérane à Boguslav avec le titre de duc, confia le reste de cette province à l*administration du gouverneur Sambor, et institua, en Mazovie, pour son neveu une tutéle. Il prit en considération toutes les plaintes; régla les impôts et les taxes^ abrogeant les exactions; il fît agir scrupuleusement la justice dans toutes les juridictions. En 1180 , il convoqua à Lénczica une assemblée ou synode ou tous les évéques se réunirent, et, en présence des dignitaires et hauts fonctionnaires , ils décrétèrent les lois contre la saisie des biens après la mort des ecclésiastiques et contre les rapines auxquelles les clas&es pauvres d'agriculteurs étaient sujets.

a Pour donner plus d'autorité h ces décisions et un caractère plus légal à ces démarches, Kazimir ne se borna pas à la célébration synodale, il envoya une ambassade au pape Alexandre III, afin d'obtenir son consentement et la confirmation des décisions synodales et de Toccupatîon de la monarchie. Alexandre III se montra très-complaisant sous tous les rapports. Par conséquent, non-seulement les descendants de Tladislav II renoncèrent à leurs droits de succession, mais le fils de Boleslav lY, qui mourut bientôt, et la postérité de Mieczislav III furent éloignés de la monarchie. Alexandre III reconnut le droit de succession à la seule branche cadette des Piasts, aux descendants de Kazlmir-le-juste, qui voyait, par ce procédé, légitimer son régne.

« Outre ce changement très-important pour le pays, il faut observer que Kazimir admit le clergé et particulièrement les évéques à la législation ; mais il ne s'est pas borné à laisser jouir les évéques exclusivement de leur prépondérance dans l'État, car les puissants seigneurs de

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VladislaY-aux-jambesr-grèles, fils de Mieczislav III. Mais ce prince s'apercevant que les seigneurs et toute la nation affectionnaient plus la branche cadette issue de Boleslav-bouche- torse, c'est-à-dire les enfants de Kaslmir-le-juste,

la noblesse 7 prirent leur part et composèrent, dans la monarchie, un conseil qui, siégeant avec le souverain , prit le nom de sénat. C'était le pape qui réglait les sièges des évéques; ceux des palatins, des casteL lans et d'autres dignitaires furent déterminés avec le temps. Dans le morcellement de la Léchie, ce sénal ne pouvait être bien organisé et paraître en son complet, cependant il ne manquait jamais dans la capitale de dignitaires, hauts fonctionnaires et magnats qui représentaient le sénat. Désormais les monarques, maintes fois, ne peuvent rien entreprendre ni décider sans le concours du sénat et de raristocratie, qui se manifeste d'une manière hautaine et impérieuse.

(( Un Jour Kazimir, à la demande de son frère Mieczislav JII , allait eiposer an sénat les droits et les prétentions du prince expulsé, sans vouloir faire préjudice de sa part. Le sénat y voit un assentiment fraternel. Un murmure soudain remplit le conseil, les esprits des seigneurs sMrritent. « Nos pressentiments, disent-ils, se réalisent; un corbeau n'arrache pas l'œil à un autre, en voici le danger; au lieu de nous délivrer d'une tyrannie, nous avons deux ennemis : Mieczislav voudra se venger pour ses propres offenses, Kazimir pour le tort de son frère I Ne conyient-il pas mieux de couper ce rejeton et d'empêcher la prolongation de la souche, car le chardon ne peut être extirpé lorsqu'il lui reste quelque racine. » Kazimir comprit les menaces, protesta qu'il ne pensait guère au rétablissement de son frère, et qu'il était content de voir l'attachement qu'on témoigne pour son régne.

« Il éprouva plus d'une fols une résistance invincible et une mutinerie lorsqu'il comptait agir sans leur concours. Kazimir s'occupa de la Russie-rouge contre l'avis du sénat, il y réprima l'agression des Hongrois^ les scissions entre les princes, en y plaçant un prince féroce ; enfin, en 1193 « il conclut un traité avec les Hongrois à Staravies, en désignant à jamais les Karpates pour la frontière. Pendant ces expéditions, en 1190, les mécontents s'adressèrent à Mieczislav UI, qui recouvra le duché de Pologne, et le firent entrer à Krakovie, proclamant la mort de Kazimir. La surprise ne dura pas longtemps, Kazimir revint au contentement des habitants, et l'intervention de l'archevêque Pierre préserva les coupables des poursuites de la justice et de la vengeance.

a Après avoir calmé les esprits, Kazimir soumit les Prussiens et les

renonça volontairement à lasouyeraineté après lamortde Nicolas, palatin, et se retira de Krakovie dans son duché de Pologne. Les deux branches aînées de Piast, celle de Silésie et de Pologne, c'est-à-dire les descendants de Vladislav II et de Mieczislav III furent ainsi éloignées dû la suc-

JadzviDgaes. II mourut à Krakovie, généralement regretté, sans avotr démenti Tépithéte de Juste qu'on lui donna dans sa jeunesse. Il laissa deux fils , dont le bas âge produisit quelques incertitudes dans le conseil sur le choix d*uasuccesseur.On y décida, d*accord,qu*aucune disposition impi'rlale ne peut servir de règle, que la confirmation papale n*a plus de valeur et ne saurait rendre légale la succession de la postérité de Kazimlr : et tout en avouant que la monarchie est héréditaire, et que le prince administre la république par ses lieutenants, par les autorités de rÉlat, les seigneurs réunis, à la proposition de Tévéque Fulco, proclament, parleur choix, prince-roi, Leszek, auquel on donne pour tuteurs sa mère Hélène, Tévéque Fulco et le palatin Nicolas. Le sénat domine.

« Leszeh'le-hlanc devait régner , mais son règne ne pouvait être assuré par quelque décision du pape ou du sénat, sans Teffusion de sang et les débats que le temps seul pouvait apaiser. La Léchie se divise en deux parties. Mieczislav III fait armer la noblesse du duché de Pologne» il appelle l'assistance de Mestvin, gouverneur de la Poméranie, et trouve Talliance des ducs de Silésie. Les deux branches atnées marchent contre la branche cadette. L*armée de Leszek, composée de Krakoviens, Sandomiriens, Lubliniens, Brzesciens, Mazoviens, Kuiaviens et Russiens, fut commandée par les palatins Nicolas de Krakovie et Govorek de Sandomir, et par le duc russien Romain. La bataille eut lieu, en 1196, sur les bords de la Mozgava, à 14 lieues de Krakovie. Mieczislav-Ievieux y est grièvement blessé, son fils Boleslav tué ; de l'autre côté, le duc Romain fut aussi blessé. Nicolas se vit vainqueur, mais Govorek fut défait par les Silésiens qui arrivèrent avec des troupes fraîches. Après un carnage terrible, les combattants se séparèrent sans que la victoire fût décidée. Mais les seigneurs remportèrent tout leur avantage, parce qu'ils repoussèrent Tagression de Mieczislav III et des deux branches aînées. Cependant la question ne fut point vidée : les partis épuisés sur le champ de bataille, commencèrent à traiter et diplomattser.

(( mieczislav III cabale. Il explique que la proclamation des seigneurs ne suffit pas à rendre le titre de Leszek légal , que lui seul , comme souverain légitime, peut transmettre son droit, et qu'il le ferait volontiers en faveur de son neveu.G'est le seul moyen, disait-îl, de cal-

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cession au trône; l'hérédité de la monarchie fut assurée à la branche cadette, aux enfants de Kazimir-le-juste , dont les deux fils prirent possession de différentes provinces ou duchés.Leszek eut Krakovie, Sandomir et laPoméranie;Konrad obtint en partage, en 1207, Mazovie, Kuiavie, Sieradz et Lènczica.

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