Barbe
Vous voyez, mes enfants, que Sigismond-Auguste, avec uno mauvaise éducation, fit cependant le bonheur de l'état, parce qu'il se corrigea. Après avoir perdu sa première femme, archiduchesse d'Autriche, il se remaria en secret avec Barbe, née Radzivill, veuve de Gasztold. A son avènement au trône, il déclara son mariage publiquement. Sa mère Bone et les seigneurs accueillirent très-mal cette nouvelle et excitèrent l'animosité des nobles, et, d'accord avec eux, commencèrent à presser le roi de se séparer de sa femme Barbe. Le roi résista, supplia, leur disant : « Comment pouvez-vous compter sur la bonne foi de votre roi, s'il manque de fidélité envers sa femme? » Dans cette situation fâcheuse, il fit preuve d'une grande constance et d'une fermeté bien décidée ; il se montra disposé à perdre la couronne plutôt que sa chère Barbe. En persévérant dans sa résolution , il gagna du temps lorsqu'il fit remarquer que plusieurs seigneurs possédaient des starosties et cumulaient des emplois sans titres légitimes , faisaient tort aux nobles de modique fortune en les éloignant du service envers leur patrie, car tout-à-coup l'attention générale se porta sur ce sujet. La noblesse recommença à demander l'union, la législation, la réorganisation de la république : elle reconnut le mariage du roi. Les seigneurs, voyant aussi Bone cesser son opposition à ce mariage, s'empressèrent à flatter Barbe , qui mourut six mois après son couronnement.
/ r 6 POLOGNE FLORISSANTE.
12 /|. L'n travail assidu console dans le malheur.
Le roi conçut une affliction extrême de la perte de sa femme. Sa robe noire, était d'abord celle de deuil j mais il ne la quittait plus depuis et, comme il aimait la couleur noire, ses appartements de Kniszin où il se plaisait à passer son temps, furent aussi tendus en noir, et ce triste appareil paraissait nourrir sa douleur. Il cherchait à se consoler et à se distraire par une occupation continuelle; les devoirs nombreux de sa haute position lui en présentaient, en effet, d'assez suffisants. Aucun travail ne le rebutait et il suivait l'exemple de son père. Aimant la paix, lent, indulgent, nonchalant, ( roi du lendemain ), il se montra assidu et infatigable (45). La reine Boue se retira en Italie , dans le royaume de Naples, emportant d'immenses trésors dont s'empara , après sa mort, le roi d'Espagne, qui ne voulut jamais les restituer. Ces trésors furent nommés les sommes napolitaines. Le départ de sa mère délivra Sigismond-Auguste de beaucoup d'embarras. Avec la noblesse, il trouvait toujours, des moyens de s'arranger. Il leur permit de restreindre le pouvoir du clergé; ayant rétabli la bonne harmonie, il réussit à différer les demandes de l'union et de la réorganisation de la république jusqu'à une époque plus favorable. La Pologne et la Litvanie continuèrent donc à jouir d'un bonheur et d'une tranquillité enviés par le reste de l'Europe, inondée de sang et accablée de désolation.