Population, vUles, indostrie
Les villes et les bourgs de Pologne et de Litvanie étaient alors très -grands, spacieux et bien peuplés. Leur population prenait en même temps que la population des deux états de grands accroissements. Les steppes déserts, du Dniestr et du Dnieper se peuplèrent aussi depuis le repos dont jouissaient ces régions. Dans la Litvanie , comme en Pologne, on faisait abattre les bois et les forêts vierges , pour la culture du blé. La culture, sous tous les rapports, faisait plus de progrès en Pologne, où pendant le règne des deux Sigismond la population fut doublée et les champs cultivés également, augmentèrent du double. Ce sont les preuves les plus certaines de la prospérité du pays. Proportionnellement à la population des hameaux, monta celle des petites villes. Quelques-unes comptaientpar milliers de maisons, la plupart des cabanes en bois. On y voyait par centaines de bouchers, boulangers, cordonniers, tailleurs, corroyeurs, pelletiers, passementiers, maréchaux-ferrants, serruriers et d'autres artisans de toute sorte de métiers qui fournissaient tous les objets nécessaires aux bourgeois, à la petite noblesse et aux paysans j et malgré le nombre très-considérable de gens de métier, leur travail ne souffrit de repos , parce que la population ranimait. On voyait également dans toutes les villes de nombreuses boutiques: mais les objets de luxe ne brillaient que dans les grandes villes ou dans les capitales. Krakovie possédait un seul magasin de soieries. Les marchands d'objets de luxe voyageaient et faisaient leurs courses avec sécurité aux foires et dans tout le pays spacieux et tranquille. La plupart des villes étaient mal construites. Cependant Vilnoi Krakovie, Léopol,Posen, Lublin,Plock, Sandomir, Varsovie et quelques autres avaient des rues entières formées de maisons à plusieurs étages, bâties solidement en briques. Dans la Prusse royale les constructions en briques étaient plus multipliées : presque toutes les maisons d'Elbing, de Torn, de Dantzick étaient murées. La ville de Dantzick était riche, bien fortifiée et puissante.
133, Commerce de Dantzick.
Le commerce faisait prospérer toutes les villes prussiennes où Tenait se concentrer le commerce de la Pologne et d^une grande partie de la Russie polonaise. Remarquez sur la carte, mes amis, combien la Yistule et le Bug facilitaient les communications avec Dantzick. Rappelez-vous aussi qu'à cette époque, pour le commerce des Indes, on allait en Asie par une nouvelle route. On recevait déjà moins de marchandises par les caravanes du continent et par les navires de Venise. Les Portugais , après avoir découvert la route des Indes autour de TAfrique, apportaient les produits de l'Asie par la mer. Les Espagnols qui avalent tout récemment découvert et conquis l'Amérique en apportaient de nouveaux produits, surtout de l'argent qu'ils commençaient à retirer des mines et dont l'abondance diminua considérablement la valeur. Les marchands de la basse Allemagne, dont les vaisseaux se mêlaient à ceux des Hanséatiques , transportaient aux ports de la mer Baltique les épiceries et autres cargaisons apportées par les Espagnols et les Portugais. La plupart des marchandises que la Pologne recevait autrefois du midi lui arrivait par la mer Baltique. L'occident, plus peuplé , mais terriblement agité de troubles , était forcé d'acheter du froment et du blé de Pologne, qui lui était livré par Dantzick. La Pologne fut appelée le grenier de l'Europe, et la ville de Dantzick, avec toutes les villes voisines de la Prusse s'étant agrandie, devint fière de son opulence. Dantzick résista quelquefois avec audace aux dispositions générales, et cette cité superbe se fâchait de ce que Sigismond-Auguste avait ses propres navires sur la mer Baltique. Cependant les villes de Prusse, ramenées à un meilleur conseil, devinrent plus réfléchies et adhérèrent à la réorganisation de la République.
i3/i* DifDculté de l'union écartée.
Il existait encore plusieurs obstacles à l'union des deux pays. Les Litvaniens ne voulaient pas se rendre en Pologne, ni les Polonais en Lttvanie, afm de conclure un acte aussi
important aux deux peuples. Sigismoiid-Auguste choissait maintes fois des villes-frontières pour y convoquer les nonces et le sénat des deux pays. Les Litvaniens s'y rendaient à regret et aigris, car comment pouvaient-ils oublier ces titres princiers, renoncer aux droits seigneuriaux. C'était une triste nécessité I si Ton n'osait l'exprimer ouvertement , on cherchait à justifier le mécontentement en criant contre les exigeances des Polonais qui voulaient absolument la restitution ou la cession de la Podlachie, de la Volynie et de l'Ukraïne; on s'effrayait de la bruyante turbulance de l'ordre équestre en l'accusant du désordre et du relâchement de la République. Sigismond-Auguste s'efforçait de calmer les plaintes et à persuader les mécontents de leurs inutiles inquiétudes. Il leur donna lui-même l'exemple, en renonçant, en 1566, à tous ses droits seigneuriaux sur les fiefs des nobles et des seigneurs dont il était suzerain par ses droits féodaux. La noblesse litvanienne et russienne se trouva enfin émancipée et put comme celle de Pologne acquérir des terres en toute propriété. 11 renonça, en 1564, à ses droits d'hérédité sur la Litvanie, à laquelle il laissa, comme à la Pologne, le droit de se choisir un souverain. La Litvanie cependant hésitait, c'était toujours un sujet de crainte ou de regret. Habituée à la fraternité de la Pologne, à laquelle elle était attachée depuis tant d'années, elle craignait cependant de lui tendre une main amicale. Enfin la mort de Kadzivill , Nicolas-lenoir, un des plus grands adversaires de l'union , arriva à cette époque et éloigna le plus fort obstacle.