‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 128 sur 274 · La maison d'Autriche cherche à entraîner la Tolognc · texte numérisé non relu

La maison d'Autriche cherche à entraîner la Tolognc

dans ses vues politiques.

La maison d'Autriche ne cessait de s'efforcer à faire entrer la Pologne dans ses vues poli tiques. Elle profitait des discordes qui divisaient les aristocrates Polonais, et trouvait toujours un parti disposé à favoriser ses desseins. Elle y était encore secondée parles jésuites qui exerçaient une influence terrible dans tous les pays, et particulièrement à la cour de Sigismond III. On crut généralement que si les Kosaks envahissaient le territoire turc, ils étaient excités parles suggestions autrichiennes à commettre cette violation qui pouvait provoquer une guerre avec la Turquie. Les conventions secrètes de Sigismond III, avec la maison d'Autriche, donnaient lieu à mille conjectures qui inquiétaient la nation, et qui augmentèrent encore lorsque Sigismond III épousa, contre l'avis de la nation et du sénat, une archiduchesse. On croyait même qu'il voulait céder le trône aux Autrichiens. En 1592, à la diète d'inquisition, Sigismond III fut interpellé et obligé d'expliquer sa conduite, de se justifier d'avoir violé les lois

et ses serments. Les promesses seules et les assurances de ne plus contrarier le sentiment général, réussirent momentanément à calmer les esprits. Mais on vit bientôt que la maison d'Autriche n'avait pas discontinué ses intrigues, et que Sigismond III persistait dans son attachement pour elle (51).

(51) Diètk de l'inquisition, kn 159i. — Il esl rare de voir, même dans les fastes des peuples libres, dit Niemcevicz dans l'histoire do régne de Sigismond III, d'un côté un roi coupable debout dans toute sa majesté, de l'autre côté une nation l'accusant par l'organe de sa représentation. C'était l'aspect que la diète d'inquisition présentait à l'Europe en 1592. Une assemblée civique, tenue à lèndrzéïov, sous l'inspiration du vieux Zamoïski, ayant rédigé les griefs contre le roi, provoqua son enquête. Après le choii de Pac, civun de Vitepsk pour maréchal de la diète, plusieurs voulurent commencer l'enquête sur-le-champ; cependant l'avis d'observer les convenances prévalut et le maréchal félicita le roi en l'avisant de la nécessité de l'enquête. Le vice-chancelier, l'abbé Tarnovski, prit ensuite la parole au nom du roi et, dans un long discours, après la revue des relations extérieures, pensa prouver toute invraisemblance de l'accusation par les vertus, la piété el la conscience du roi qui , placé sur le trône de la république aux dépens du sang de la nation, ne pouvait se montrer ingrat pour les bienfaits que la république lui a témoignés jusqu'au point de l'abandonner. S'il y avait même quelques apparences, ne convenait-il pas mieui de s'adresser au sénat au lieu d'insulter sa majesté par la lecture des griefs, à lèndrzéïov, et parleur communication aux différents indigènes et étrangers? En terminant son discours, il invita les représentants de vouloir saisir l'enquête sans délai.

Le primat Karnkovski ouvrit le tour du sénat, disant : « Sire ! je vois que notre république a souffert de grandes atteintes ; je vois que votre majesté s'offense de la grave accusation qu'elle s'est attirée de notre part; mais je vois que la nation aussi est indignée des liaisons que voire majesté conserve avec les princes étrangers, et de l'intention où elle est de nous quitter. Ce ne sont pas là des atteintes mortelles ; nous saurons y remédier pour peu que nous le voulions. Sire ! songez à votre serment, prenez l'exemple sur votre prédécesseur, Henri, qui périt misérablement pour avoir violé le sien. Vous régnez sur un peup!e libre; vous régnez sur des nobles bien nés, qui n'ont point leurs pareils dans aucune autre nation. Ignorez-vous que votre dignité est au-dessus de celle de votre père, qui, comme on sait, ne régnait que sur les paysans ; songez à ce que disait Élienne Balori, de glorieuse mémoire : « Je

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15fi. Guerre avec la Suôde pour la Livonïe.

Sigismond III fut un bon roi, mais il ne sut jamais choisir les hommes qui l'entouraient et souvent il suivit leurs mauvais conseils. Il perdit pour ces motifs la couronne de

réduirai un Jour ces petits rois de Suède et leur imposerai les régies d'une conduite pacifique. » A ces mois , le roi transporté de colère, fil dire au primat qu'il manquait à sa majesté, à quoi le primat répondit : a Je ne dis pas cela pour offenser la majesté du roi de Suède, père de voire majesté, mais je voulais comparer les deux royaumes et j'ai dû m'exprimerde la sorte. Je vous prie, sire, de trouver celte comparaison agréable, car je veux corriger un roi et non l'injurier. » Et comme plusieurs nonces terrestres voulurent ensuite prendre la parole, il les réprimanda : a Messieurs les nonces! où est votre raison , vous voulez parler sans aucune proposition, sans égard pour l'archevêque et le sénat (*) ; par l'Age même, je suis le plus ancien parmi vous. »

A la suite du discours du primat, les sénateurs parlèrent : ZamoTski, pour sa part, rappela leur serment en appuyant sur ces termes : Je dénoncerai tout ce que je verrai de pernicieux à la république (*'); elles engageant d'observer scrupuleusement ce serment. Aussi, les sénateurs dirent tous les propos qu'ils savaient sur le roi; particulièrement le palatin de Troki, Radzivill, qui raconta tous les bruits qui couraient en Lilvanle sur sa prochaine évasion. Dans toutes ces relations il n'y avait que des oui-dires. On conclut qu'il fallait faire une inquisition; seulement on ne s'accordait guère sur la manière dont on devait la commencer, si c'était par les sénateurs, par les courtisans étrangers ou par le roi lui-même. Il y eut beaucoup de vacarme à ce sujel , depuis le 13 jusqu'au 28 septembre.

Sigismond III espérait interrompre et calmer les débats par son propre discours, dans lequel il répéta tout ce qu'il fit dire aux députés envoyés de l'assemblée de lêndrzéïovct ce que le vicc-cbancelier exposa à l'ouverture de la diète. Il protesta, qu'en considérant les motifs de l'assemblée et les bonnes intentions des personnes qui la composaient, Il n'était nullement offensé, qu'il déplorait avoir lui-même donné le

(*) Lorsque les deux chambres étaient réunies dans la salle du sénat ,

Suède dont il hérita après la mort de son père. Elle fut usurpée par Charles , duc de Suder manie, son oncle. Cet événement, engagea la Pologne dans, une guerre dont la

prétexte à des perlurbalions provenant du bruit de son départ ; il promit d'assoupir toutes ces inquiétudes, de ne pas sortir de la Pologne sans la permission des états, même dans le cas où son royaume héréditaire, par la mort de son pére, aurait besoin de sa présence. Il propose, enfin, d'envoyer un ambassadeur en Suède, auprès de son père, et des autres au pape et à l'empereur. Il termine son discours en déclarant qu'il accepte tout ce que les représentants voudront décréter, demandant une prompte clôture de cette affaire qui est un scandale pour les étrangers, car il importe beaucoup à la république que son régne soit d'accord avec la nation et sans offense réciproque. Il ne doute point que, par la grâce de Dieu, il n'obtienne la concorde.

Après cette déclaration, l'opinion se divisa, s'il fallait continuer l'inquisition ou se contenter de la protestation royale. La discussion & ce sujet se prolongea jusqu'au 8 octobre sans résultat. Alors , le primat crut la terminer en protestant qu'il ne convenait pas d'irriter le roi. Zamoïski, cependant, reprit l'affaire par son discours, déplorant le temps perdu, déplorant que la loyauté de sa majesté et sa reconnaissance se soient affaiblies envers ceui qui lui avaient rendu des services, et se soient appuyées sur ceux qui ne cherchent que des faveurs. L'assemblée de lèndrzéïov démontra qu'il y a des gens qui, loin de chercher leur intérêt particulier, sont gardiens des lois et des libertés. La vérité raisonne toujours et ne s'éclipse point, conlinua-l-il. Sa majesté m'assurait, par ses écrits, qu'elle n'entrait dans aucune relation clandestine avec les étrangers. Cette assurance s'accorde-t-elle avec la parole et la déclaration que sa majesté nous fait aujourd'hui? Nous vous prions, sire, d'agir avec nous plus franchement, puisque nous sommes membres de la république mais non pas quelque propriété de votre majesté. Il fit une longue analyse de la déclaration royale et , relevant les procédés nuisibles à la république, il invita Cieklinski à lire les griefs contre le roi; il appuyait chaque chef d'accusation par des preuves. On produisit les lettres autographes du roi à l'adresse de l'archiduc Ernsl. Dans l'intimité de cette correspondance, il n'y avait que des Suédois et des Allemands; le castillan de Podlasie, Lcsniovolski, sénateur, présenta l'accusation, ci-devant podkomorzy du roi, avait aussi rempli plusieurs missions a la cour d'Autriche cl semblait être initié dans le secret; Sigismond se disait étranger à toutes ces menées quoiqu'il ne niai point sa signature. Ses partisans contestaient l'authenticité de toutes les lettres

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Livonie fut le théâtre et l'objet. Ni les brillantes victoires gagnées par Jean Zamoîski , ni la mémorable bataille de Kircliolm , remportée en 1605 par Jean Charles Chodkicvicz, dans laquelle les Suédois laissèrent sur le champ de bataille trois fois autant de morts , qu'il y avait d'hommes , dans toute l'armée polonaise, ne produisirent aucun résultat avantageux. Les Polonais furent vainqueurs avec un trop petit nombre de troupes qui furent insuffisantes pour tirer parti de leur succès. Les Suédois restèrent en possession d'une grande partie de la Livonie et les Polonais, à cause de leurs discussions civiles, ne purent y continuer la guerre.

qui furent déposées en les imputant à quelqu'un de la chancellerie qui savait parfaitement imiter la main du roi ; mais cet homme qui fut arrêté, emprisonné, maltraité, n'avoua jamais le crime dont il fut accusé. On a lu une lettre d'un Suédois où l'on remarquait une expression bien significative : o Vous vous préoccupez du séjour de votre raatlre, y écrivait-il, et par aucun moyen il ne peut rester avec vous. » Le maréchal de la couronne, auquel appartient la juridiction, pria Zamoîski de ne pas nommer ce suédois, car il serait obligé de le faire décapiter surle-champ. Aussi, Zamoîski ne le nomma point, mais demanda l'éloignement immédiat de toutes les gardes étrangères et d'un nommé Reder; il prouvait l'inconvénient de cet entourage mal choisi par des rixes qui arrivaient maintes fois, même pendant la diète.

Cette enquête se prolongea bien dans la nuit ; les sénateurs sortirent de la salle et le lendemain envoyèrent à la chambre des nonces, l'évéque de Plock, demandant l'indulgence, puisque l'inquisition en a suffisamment dévoilé toutes les pratiques, et proposant à la discussion ultérieure les questions législatives et la sécurité de l'état. Les nonces s'en offensèrent disant que, l'initiative n'appartenant pas au sénat, une semblable proposition dérogeait à la prérogative de leur chambre. La discussion sur les griefs continua avec plus de confusion sans rien conclure. Il semble que Jean Zamoîski, qui était le moteur et l'acteur de cette enquête, n'avait d'autre but que d'humilier Sigismond et de lui donner une bonne admonition ; par conséquent , sans pousser au bout cette affaire, il laissa la diète se dissoudre. Le roi, afin de calmer les esprits, donna par écrit la déclaration suivante : « Quoi qu'il puisse arriver, je promets à l'avenir de n'abandonner jamais le royaume, de ne déroger en rien aux privilèges de la nation, de ne pas nommer mon successeur. »

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