‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 132 sur 274 · Rokosz · texte numérisé non relu

Rokosz

Le second mariage de Sigismoud III avec une autrichienne, sœur de sa première femme, contracté en 1603 contre l'avis du sénat, souleva la noblesse. Zebrzidovskiet Janus Radzivill

sera pas aujourd'hui. Il faut absolument diriger vers la Livonie toutes les forces, confiant aut hetmans tout le pouvoir et toutes les ressources, pour recouvrer les places fortes de la province et réduire la Suéde, royaume de votre majesté. Il est honteux de lutter si long-temps avec un si petit ennemi, et d'être obéré sous ce prétexte, d'impôts dont l'insuffisance est toujours déclarée, lorsque le peuple gémit sous leur poids et provoque la vengeance divine. Le peuple fui déjà imposé plus de dix fois, et son argent, comment fut-il dépensé? sire ! vous le savez vous-même. Une petite portion a été destinée pour la défense du pays, le reste, par vos ordres, pour votre propre usage. Cela ne doit pas élre ainsi. Dieu vous fera rendre compte, sire ! des pleurs du peuple ; votre majesté doit savoir que le trésor est pour la défenso de la république.

a En ce qui concerne les Mosko viles, autrefois le fléau de nos frontières, ils sont soumis par le roi Etienne, de bonne mémoire ; le duc Ivan Vasilevitch accepta les conditions que le roi Etienne et le pape Sixte V lui imposèrent, et accéda à l'alliance contre les Turcs. Il devait agir du côté de la Perse, lorsque les trésors de Sixte V devaient aider nos guerriers. Le pape à la nouvelle de la mort d'Etienne, pleura, disant, qu'il avait espéré que ce roi sauverait la chrétienté (•}. Le plan était excellent et plus beau que nos autres projets, languissant par l'indécision. Je voulus le relever avec le régne de V. M., mais je ne pus réussir. Ce traité conclu avec Jean Vasilevitch, fut renouvelé avec le duc actuel : il fallait l'observer. Elle voilà! quelques-uns des messieurs, contre l'avis des étals, firenl une irruption dans la Moskovîe. conduisant un Dimilr, qui avait été assommé : et il est ici vivant. Est-ce une comédie de Plautc ou de Térence? Cela peut devenir funeste pour la république, si c'est un imposteur. Si l'on a voulu l'établir sur le trône, il le fallait faire, d'accord avec la dicte et avec une force suffisante. Mais pourquoi susciter un ennemi de plus, si l'affaire delà Livonie n'est pas terminée et si les Turcs nous menacent. Il convenait mieux de rechercher des traités avec l'Angleterre et le Danemark. Il fautsur-lc-champ assurer la paix du côlé des Turcs et des Tatars.

» La dernière diète de Krakovie, a bien discuté l'affaire de notre

(*) Nos autera sperabamus, qaod ipse redempluras erat Israël.

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particulièrement fâchés contre le roi, se mirent à la tetc du mouvement général de la nation. On les regarde, ainsi que quelques autres perturbateurs, comme les chefs d une révassal, électeur de Brandebourg. Je crois que mes frères statueront le mieux possible sur la Prusse , si elle ne peut pas élre incorporée à la Pologne. Je rappelle seulement, de ma place, que le roi Etienne, de bonne mémoire, destina pour la guerre de Moskou les 200,000 florins • qu'il obtint du margrave d'Anspach.

» Lorsqua je jette un regard sur les affaires de l'intérieur, l'indiscipliue militaire se présente en premier à ma vue. Le pouvoir des betmans ne peut plus suffire. Il est vrai que la loi défend les confédérations à nos troupes; cependant, lorsque sous mon commandement l'esprit de la révolte allait se manifester, je rangeai mon armée en cercle et je lui fis lire la loi; on m'indiqua une clause qui y est réservée, c'est que si les troupes ne sont pas payées, elles peuvent se confédérer ou se révolter. Il y a un autre article qui ne permet pas au betman de punir sans l'assistance du lieutenant, et lorsque le lieutenant protège le soldai son compère, adieu la discipline. Il faut absolument rétablir l'ancien pouvoir de betman, et payer régulièrement les troupes. Le loisir donne les veilles (') Le soldat ne doit pas pourrir dans le repos d'hiver, il lui convient de camper dans les stoppes du Dniepr, pour contenir les Tatars et les excès des Zaporoges.

» Sire! un mal épouvantable a saisi le corps de la république et ronge son élément. Ce 6onl les excès du luxe qui ne donne aucun avantage aux pauvres ouvriers. Les produits bruts du pays sont exportés et livrés à l'industrie étrangère, et sont rachetés à un prix exorbitant. Je compte, à ces excès, l'inégalité qui s'ingère dans l'ordre équestre. Nous vous prions, sire , de la réprimer et de garder les libertés que vous avez trouvées chez nous. Ne permettez point aux ambitieux de se distinguer des autres. A quoi bon ces litres étrangers, recherchés par quelques maisons, chez des princes étrangers (•*). Quant à moi, j'aime mieux, avec mes dignes frères, jouir de la liberté égale; et Dieu m'est témoin que je me tiens égal au moindre des nobles. L'inégalité conlrouvée excite ce luxe pernicieux, car par ce moyen chacun veut se donner de l'importance et se placer au-dessus des autres.

(*) Otia dant vilia.

(**) Ce reproche est dirigé particulièrement contre le favori du roi, s Myszkovski, qui obtint du petit prince de Man'oue, le titre ridicule de marquis.

volte : mais cent mille citoyens qui s'étaient soulevés ne partageaient point leurs motifs particuliers; ils coururent se réunir dans le but de sauver la république dont les lois étaient

» L'intime alliance avec la maison d'Autriche est, à mon avis, pernicieuse à la Pologne. C'est pour la seconde rois que V. M. veut, contre la Tolonlé de la nation, contracter un mariage. Cela ne plall pas que V. H. contracte une alliance avec la sœur de la reine défunte, cela est défendu par la loi divine. Comment pouvons-nous compter sur la bénédiction céleste, si Y. M. ne daigne changer sa résolution. Je vous supplie sire ! de ne pas le faire. Dieu fait ordinairement châtier les peuples pour les péchés et les crimes de leurs rois. Je crains que nous soyons victimes, si V. M. ne daigne se relâcher de son opiniâtreté. En qualité de sénateur, je déclare que je m'oppose à la conclusion de ce mariage.

» Le bruit court que V. H. a conçu le pnv < de couronner son fils. Cela ne doit pas être. Nous lui souhaitons de mériter un jour la couronne, mais le couronnement du vivant de son pérepeut porter quelque préjudice à l'hérédité et empêcher d'imposer des conditions à nos rois. Nous désirons tous que le régne de V. M. se prolonge et que son fils lui succède. Les Polonais chérissent toujours le sang de leurs souverains, ils les ont cherchés dans tous les pays, dans des couvents, dans des églises. V. M. elle-même en a une preuve dans sa libre élection, étant (Mu comme issu des Jagellons. 11 ne faut que deux conditions dans l'éducation du fils de V. M. pour qu'il gagne nos suffrages. Retirez-le, sire, de la tutelle des femmes qui avait eu une influence Irés-fâcbeuse sur Sigismond-Auguste de bonne mémoire, et renvoyez les instituteurs étrangers, pour que le jeune prince apprenne k chérir la nation polonaise, respecter la justice, prendre de sages conseils, éviter les flatteurs (*); voilà ce qui le rendra heureux avec nous.

» Sire ! nous avons encore d'autres reproches à vous faire. Vous avez promis de bâtir en Ukraine plusieurs places fortes, aucune ne l'est, et la forteresse de Kamieniec n'est pas soignée. La garde de V. M. ne devait être composée que de polonais et nous voyons V. M. entourée d'hallebardes suédoises, allemandes, espagnoles. Cela ne devait pas être ainsi. V. M. a manqué à son serment. Le mal vient de ce que V. M. prèle l'oreille à des conseils frivoles. Malheur à vous, sire! malheur à nous qui souhaitons le bonheur de notre patrie !

» C'est une injure pour nous que Y. M. fasse expédier de son cabinet des lettres clandestines pour l'étranger, comme si elle voulait trafiquer

(*) Justitiam colère, sapientes consulere, assentalores fugere.

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méprisées. Prè3 de Sandomir, au nombre de 60,000, ils signèrent le rokosz, c'est-à-dire un acte de plaintes, et ils attendirent paisiblement le dénouement à la diète. Mais leurs

de nous, et peut-être elle nous marchande. Et la république tient ses chanceliers jurés aGn qu'aucune lettre royale ne soit expédiée- à leur insu. Des hommes respectables et qui ont versé leur sang pour la patrie restent sans récompense. Sire! vossujetsonl perdu leur attachement pour vous! par votre faute, vous avez perdu leur amour. Toute la grandeur, toute la force des rois de Pologne se fondaient sur l'amour de la nation. L'argent, le succès, sont certains lorsqu'on gagne son cœur. En agissant autrement on est en désaccord avec nos libertés, que nous aimons avant tout. Mais notre amour pour la liberté ne nous empêche pas d'aimer nos rois. Aussi nos ancêtres disaient franchement la vérité à leurs souverains, ils les renvoyaient du trône lorsque quelqu'un d'entre eux manquait à son serment, et choisissaient un autre roi à sa place. Nous avons déjà de nombreux griefs contre Y. M., et si elle ne réfléchit pas et ne se corrige, nous ne regretterons point d'imiter nos ancêtres, en faisant partir V. M. au-delà de la mer; car V. M. elle-même s'est dépouillée de son pouvoir royal en manquant à son serment. V. M. n'a-t-elle pas articulé elle-même les termes de la loi fondamentale? a En cas que je dusse contrevenir à quelque condition jurée, la nation est dégagée de toute fidélité et obéissance. »

» Au nom de Dieu, sire! je t'en conjure, réfléchis et corrige-toi. La Suède t'engendra, la Pologne te reçut et te nourrit. La Pologne est la mère, elle te donne le lustre. Chéris-là, aime tes sujets si tu veux vieillir entre nous, aimé et respecté ; si tu veux gagner la bénédiction et la grâce de Dieu, et assurer nos suffrages pour tes descendants. »

Enfin, élevant ses mains, il continua : « Mânes des vertueux Tarnovski, Ténczinski, Ostrorog, qui avez bien mérité de voire patrie, qui contemplez la grandeur divine dans sa gloire éternelle, priez pour le bonheur et les victoires de votre patrie ! »

Dés que Zamoïski acheva son discours, le roi Sigismond III, au comble de l'irritation , prenant la parole s'emporta dans sa réplique ; dans un mouvement de colère, il se leva du trône et saisit son épéc. A la vue de son courroux, les murmures éclatent dans toute la chambre, les sénateurs et les nonces quittent leurs stalles et se dirigent vers le trône, et Zamoïski au milieu de la foule, élevant la voix, prononça avec toute la dignité d'un vétéran :

« Roi ! ne fais pas agir ton glaive, pour qu'on te nomme César, et qu'on nous appelle des Brulus dans la postérité reculée. Nous

chefs dépourvus de talents et de capacité, guidés toujours par d'ignobles motifs, trompèrent l'attente générale. Étant parvenus à entraîner les masses, ils déclarèrent l'interrègne en 1607, et poussèrent le soulèvemeut à la guerre civile. Le roi, malgré des forces inférieures, remporta accidentellement une victoire sur ses ennemis, à Guzov, près de Radom. Il permit aux chefs de lui demander pardon, et négligea les autres, oubliant sans humeur le désagrément qu'ils lui occasionnèrent, et les laissa rentrer dans leurs familles (33). Ce funeste

sommes électeurs des rois, destructeurs des tyrans. Régne et ne domine pas (*). »

Celte nouvelle menace pouvait désarmer et calmer l'emportement de Sigismond III, mais n'était point capable de le ramener à la raison. Dés que la diète fut achevée, il produisit aux sénateurs la dispense du pape, rompit son conseil et envoya clandestinement en ambassade le nouveau marquis Myszkovski, pour conduire sa future. JeanOstrogski, hetman, proposa à Zamoïski de soulever la noblesse. Mais Zamoïski, tout en le dissuadant, lui observa qu'il est facile de remuer la multitude, mais qu'il est difficile de la contenir pour qu'elle ne tombe dans les excès. Il donna la même réponse à Zebrzidovski, lorsque celui-ci voulut remuer les bourgeois de Krakovie, afln d'empêcher l'entrée de l'archiduchesse dans la capitale. Zamoïski avait alors Ci ans, et mourut bientôt, le 3 juin 1505, effrayé de l'avenir de sa patrie. Il ne vit pas les noces qui furent célébrées le 11 décembre de la même année.

(53) Rokosz de Saxoomir. — Nicolas Zebrzidovski palatin et starostc de Krakovie, institué tuteur f de l'unique fils de Zamoïski, crut qu'il lui convenait d'être tuteur de la république et de succéder au grand homme dans la défense des affaires publiques contre le roi. Il conçut le plan de remuer la république, afin d'améliorer son organisation , mais il ne réussit qu'à Taire éclater un rokosz, qui finit par une guerre civile. Personnellement, il était fâché contre le roi, parce que celui-ci l'avait forcé à évacuer le château où il était en droit de demeurer comme staroste. « Je m'en vais du château et Sigismond s'en ira du trône, » dit-il, en quittant le château. Il chercha des griefs contre le roi, et il n'en manquait point. Il l'accusait cependant sans fondement, que contre l'obligation jurée, le roi pensait à nommer pour son succes-

(*) Rex! non move gladinm, ne te Caium Ces a rem, nos Brutos sera poster i tas loquatur. Samns electores regain, destructores tyrannorum. Régna, sed non impera.

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événement a eu des conséquences terribles pour l'existence de la république et pour son état civique. La conduite de la noblesse vaincue changea. Une grande partie de frères cadets

scurau trône, son fils Vladislav; et qu'il voulait étendre son pouvoir au détriment des libertés de la noblesse ; il citait des conditions garanties par des pactes convenus que le roi n'avait nullement remplis. Une diète étant convoquée , la noblesse du palatiuat de Krakovie, réunie pour les diétines à Proszovicé, saisit, à l'instigation de Zebrzidovski, tes . questions qu'il élevait contre le roi. A cette première manifestation , la noblesse du palatinal de Sandomir adhéra et, conjointement avec beaucoup de l'ordre équestre, tous les mécontents montèrent à cbeval et se rendirent à Slénzica, afin de s'entendre avec les autres. Mathias Smogolecki, slaroste de Bidgoszez, gendre de Zebrzidovski, secondant ses vues, remua la grande Pologne qui se réunit avec la noblesse de la petite Pologne, à Korczin, et alla au rendez-vous à Slénzica, de même qu'un nombre considérable des nobles de Litvanie, rejoignit ceux de la petite Pologne, décidés par l'influence de JcanRadzivill,échanson du grand-duché, fâché contre le roi, qui donna â Chodkievicz la staroslie de Didin dont il convoitait la possession.

Les griefs furent rédigés à Slénzica et envoyés à la diète séant à Varsovie , où le roi donna avec douceur et modération une réponse très-adroite sur tous les articles; il en nia plusieurs, expliqua les autres et demanda que la diète voulût les apprécier, invitant le palatin Zebrzidovski et ses collègues de se rendre à la chambre pour terminer le malentendu. Le sénat envoya, de sa part, l'évéque de Plock, Baranovski, le palatin de Plock, Stanislas Krasinski, et le caslellan de C.nezne , André Prziiemski , à Stènzica , afin de persuader le palatin Zebrzidovski et le décider a la concorde. Ces démarches n'avalent d'autre effet que d'enhardir le palatin, cl la diète Tut dissoute. Jean Radzivill, quittant la diète avec les autres nonces terrestres litvaniens, partit pour Stènzica.

Le palatin désigna à son parti une autre convention à Lublin, où il fit un appel à toute la noblesse de se rendre, sous peine de perdre le droit de citoyen, sous Pokrzivnica, pour y former le rokosz. Effectivement, une masse énorme s'assembla au temps indiqué, sous Sandomir, où 60,000 insurgés signèrent l'acte de rokosz, énumérant les griefe qui furent le vrai motif d'un si grand mouvement. On y demandait que le roi mttfin aux machinations des étrangers, qu'il conservât le rite grec dans son ancien état, qu'il donnât congé aux étrangers qui peuplaient sa cour, et particulièrement aux jésuites, comme à une congrégation étran-

courant l'aventure, suivit les drapeaux du roi ou ceux des magnats, cherchant la gloire ou le butin; une autre partie, dégoûtée, gardant ses foyers, se vouait à l'agriculture, se

gère cl nuisible qui se môle dans les affaires du monde, déprave la jeunesse, excite le peuple au lumulle ; on demanda d'arrêter l'accroissement des collèges de cette congrégation ; enfin, on exigea que le roi éloignât sur-le-champ les troupes quarluaires qu'il tenait prés de sa personne. Le roi ayant répliqué qu'il ne pouvait rien statuer là -dessus sans la diète, les rokoszans annoncèrent l'arriére ban, pospolité rusxénié. Cependant, il y avait un grand nombre de mécontents qui ne savaient quel parti prendre ; ils se trouvaient là par curiosité et étaient toujours prêts à soutenir et à défendre le droit et les libertés, mais ils avaient de l'aversion pour la guerre civile; et, comme le palatin ne put jamais prouver ses accusations contre le roi , un nombre très-considérable des rokoszans commença à se dissiper. En attendant, le roi prolongeant son séjour à Krakovie, chercha à gagner les sénateurs, il Gt le choix des personnes auxquelles il allait conlier sa défense et lâcha de temporiser, aûn de réconcilier les esprits des rokoszans par la persuasion et des explications qu'il fit faire par sa députalion, composée de l'évéquedcKuiavie, Tilicki et du vice-chancelier, Slanislav Minski. Il travailla longtemps avec une douceur inépuisable, aûn de terminer à l'amiable des mésintelligences si dangereuses pour lui, se servant de la médiation des sénateurs et autres illustres personnes. Voyant que tous ces moyens étaient sans succès , il prit conseil, à Vislica , des sénateurs qui lui étaient restes attachés cl dirigea *cs troupes contre les rokoszans. Zebrzidovski et Radzivill, campés sous Janoviec, remarquant chez les mécontents une grande aversion pour la guerre civile et une hésitation sans On, comme celle d'Ostrogski, chef de la noblesse de Volyuie et de l'L'kraïne, étaient assez disposés à faire leur soumission, mais, pressés par les troupes royales, ils allaient répandre le sang, lorsque les prières de plusieurs sénateurs et particulièrement d'Alexandre Chodkievicz, de Zbigniev Olesnicki et d'Adam Czarnkovski, palatins de Troki, de Podlasie et de Lénczica, obtinrent chez le roi un délai aûn de s'entendre avec les chefs mécontents qui promirent de ne plus faire de conciliabules clandestins et d'altcnd.c tranquillement la décision de la prochaine diète.

Bientôt il résulte de nouveaux manèges : Smogolecki fomente les esprits. La diète est indiquée pour le 7 mai 1607. Les turbulents et les mécontents, au lieu de suivre la marche des diélines, se réunissent à Kolo; là, ils appellent les rokoszans à se rendre à léudrzeliov d'où ils se dirigèrent vers Varsovie et s'arrêtèrent à Czersk, à huit lieues de celte

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plaignait, murmurait et manisfestait son découragement dans les diétines et à chaque diète, sans plus songer aux améliorations et à la réforme de la république. Le désordre

capitale, où la diète devait être tenue. En attendant, !a mauvaise disposition des sénateurs contre Zebrzidovski augmentait tous les jours, et les nonces terrestres qui allaient composer la diète, élus sans la participation des rokoszans, ne leur promettaient rien de favorable. Le roi, ne voulant pas influencer les discussions de la diète, évita d'assister aux séances. Il manifesta aux deux chambres le désir que chacun déposât contre lui ses griefs et particulièrement sur le reproche qu'on lui faisait de vouloir désigner son successeur, contrairement au droit de l'élection. Il défia qu'on pût lui prouver qu'il eût agi au détriment des libertés nationales; il demanda qu'on nommât ceux qui lui servirent de mauvais conseillers ou ceux qui furent complices de quelque irrégularité, assurant qu'il les ferait juger sur-le-champ par les juges choisis parmi les sénateurs et l'ordre équestre. Le terme désigné de sa protestation étant écoulé et personne ne s'étant présenté comme accusateur ni du roi, ni de ses ministres, le roi justifia son innocence en présence du sénat cl de l'ordre équestre, confirma les promesses d'observer la liberté de l'élection et les pactes convenus, et envoya les principaux sénateurs aux rokoszans, en les invitant de se rendre â la diète.

Les rokoszans étaient loin de traiter, et le 24 juin, à lezlerna, presque sous les murs de la capitale, ils retirèrent leur obéissance au roi et proclamèrent l'interrègne. Dans ce moment de rupture décisive, il n'y avait dans le camp des rokoszans que trois sénateurs, le palatin de Krakovie, Nicolas Zebrzidovski, chef du mouvement f Sigismond Grudzinski, palatin de Bava et Pierre Slabrovski, castellan de Parnava; on y comptait \ 2,000 hommes de l'ordre équestre sous les armes. Le roi avait dans son parti le sénat et une multitude de nobles dont les dispositions étaient variées et beaucoup d'entre eux furent clandestinement attachés à la cause des rokoszans. Les troupes quartuaircs répugnaient à verser le sang de leurs compatriotes, les commandants seuls étaient plus décidés et plus attachés à la cause royale, mais divisés par la discorde. Aussi, quand le roi voulut presser l'affaire prés de Varka, les quartuairea donnèrent le temps aux rokoszans de se retirer. Le roi se mit à poursuivre ses adversaires et les atteignit dans le palatinat de Sandomirz, non loin de Radom, où l'on en vint aux mains prés de Guzov. Les rokoszans y furent déconcertés parcelle brusque attaque et la première voix de : sauve qui peut, les fit disperser. Prés de mille hommes périrent sur le champ de bataille. Le roi fut vainqueur par un accident. La défaite

QLATRIÈiME PÉRIODE, DE 1587 À 1795. 161

et l'anarchie avançaient à grands pas ; partout les jésuites triomphaient et n'éprouvaient plus d'obstacles.

1 59. Luxe des Magnats.

Les seigneurs jouissaient d'immenses revenus qu'ils retiraient soit de leurs vastes terres, soit des grandes starosties dont ils étaient gratinés par les rois. Us voulaient en partie suivre les traces de Jean Zamoïski, qui construisit la forteresse de Zamosc et v fonda une université, laissant aux héritiers de son nom un majorât composé de domaines inaliénables, à condition de soutenir l'université et de défendre la forteresse. Mais le peu de majoratsque d'autres seigneurs réussirent à établir n'eurent pas de motifs aussi élevés. Quelques-uns fondèrent également des écoles, mais elles ne furent pas de longue durée, car ils aimaient mieux construire des hôtels, des châteaux, des palais pour leur usage; ils étalaient dans leurs résidences un luxe fastueux et une profusion excessive. On voyait partout leurs armoiries : sur les étendards, les armures, les portes cochères, les bâtiments, les églises. Dans l'intérieur de leurs habitations, les murailles et les meubles étaient couverts de riches tapis ; les salons étaient ornés de magnifiques horloges aveedes carillons, de différentes petites figures d'ambre , d'argent, d'or, d'ivoire, chefs-d'œuvre des artistes du temps ou des inventions les plus recherchées. Dans une vaste salle se trouvait un Bacchusen or, de la grandeur d'un homme, assis sur un tonneau d'argent, et, au pourtour de la salle, d'autres tonneaux

n'appaisa point les rokoszans qui se réunirent de nouveau avec leurs chefs Zcbrzidovski et Radzlvill, sous les murs de Varsovie. Ce n'est que l'infatigable persuasion du roi qui les désarma. Zebrzidovskl, retiré à Zamosc accepte les conditions et Dt sa soumission à Krakovie, en plein sénat. Il fit ses excuses au roi et rétracta solennellement tous les soupçons qu'il avait répandus, et il fut réprimandé dans les discours des sénateurs et des ministres ; comme sénateur, il renouvela son serment de fidélité au roi et à la république, et obtint sa grâce. Jean Radzivill suivit cet exemple, et tous les autres imitant les chefs, furent graciés dans la diète suivante où ils firent acte de leur réconciliation (Lelevel, dans l'édition de l'histoire du Pologne, de Vaga,p. 258-262).

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aux cerceaux d'argent, tous remplis de vin , afin de prouver qu'on était sincèrement hospitalier et que Ton était toujours prêt à régaler ses hôtes. L'argenterie des tables, les pierreries, les vêtements prouvaient l'opulence des familles. Les armures guerrières, les harnais mômes étaient ornés de pierres précieuses et de perles. Un train nombreux et des équipages superbes, composés de voitures, de carrosses, de coches, de calèches à six chevaux, de chevaux en laisse, de chariots chargés, à l'usage de la cour, suivaient les seigneurs lorsqu'ils se mettaient en route. C'estdans la célébration des noces qu'on étalait un luxe extraordinaire que l'on poussait jusqu'à l'extravagance dans les ambassades à l'étranger. On jetait alors au peuple l'or et l'argent à pleines mains; les seigneurs faisaient sur leurs propres fonds des présents et de grandes dépenses, dans la persuasion qu'ils agissaient au profit de leur patrie. Ils se montraient d'autant plus prodigues, qu'ils se croyaient redevables à l'état, s'étant délivrés de tout impôt. C'est sous prétexte de servir le pays qu'ils entretenaient une suite aussi nombreuse et quelquefois môme plusieurs milliers de soldats à leurs frais. (54).

(54) Luxe. On peut avoir l'idée du luxe de celte époque, par l'ambassade de Georges Ossolinski, dont l'entrée à Rome, en 1633, est dessinée et gravée par Dolabella; ainsi que par la description de Laboureur, qui suivit l'ambassade de M.me de Guébrianl, en 1047 (Relation du voyage, vol. I, p. 134-140-141-154-210-214; vol. II, p. 52-54, etc.), et par celle de Dalerac qui était en Pologne du temps de Sobieski. (Anecdoctet sur la Pologne, vol. II, p. 293-306.) Nous extrayons quelques passages de ces deux ouvrages.

» J'entreprends de décrire, dit Laboureur, une chose dont je ne puis faire qu'une peinture morte, et que je ne saurais me vanter d'avoir bien vue , puisque j'en fus ébloui

» A la létc paraissaient, dans un lustre digne d'une admiration universelle, 200 gentilshommes de la principale noblesse de Pologne, tous aussi héroïquement vêtus qu'ils étaient montés. Leurs babils étaient pour la plupart de toile d'or pe/sique & fleurs, ou de velours plein de diverses couleurs les plus rares du levant, doublés de fourrures d'un prix inestimable ; car elles étaient de poinles de zibelines ou de peaux de pieds de panthères, qui sont autant, ou plus chères que les martres, selon la quantité des mouchetures qui s'y rencontrent. Sous ces vestes

1 GO. Expéditions des seigneurs.

C'était un but très louable que d'entretenir à ses frais des régiments pour le service delà patrie; ces compagnons équestres de la noblesse, cette jeunesse ardente qui se formait pour

ou dolmans, ils avaient de riches tuniques qu'ils appellent joupan, presque toutes de drap d'or ou de brocalel, d'or, d'argent et de soie, dont les lleurs et les façons étaient faites à l'aiguille, car c'était l'ouvrage des dames du pays. Les bonnets étaient de même doublés de pointes de martres :1a plupart avaient leurs richesses dans des agrafles de diamants, de dix ou vingt et même jusqu'à trente mille écus de valeur, pour attacher le bout de l'aigrette de plumes de héron, noires, ou pour la seule plume d'épervier.

» Les chevaux étaient caparaçonnés de velours de diverses couleurs, en broderie d'or et d'argent, ayee des brides presque toutes d'or pur, et les autres d'argent doré, généralement couvertes de toutes sortes de pierreries. Ils portaient sur la testicre et aux deux côtés du col de grandes aigrettes noires de plumes de héron, de plus de cent pistoles la pièce, les moindres; quelques autres montant à mille écus et rehaussées encore d'une agraire d'or et de pierreries. Outre cela, pendait à l'arçon de la selle un grand cimeterre d'or ou d'argent doré, garni indifféremment de perles, de diamants, de rubis, de turquoises, d'éméraudes et autres pierres fines. Celui qu'ils portaient au côté était de môme. Les carquois de ceux qui portaient des (lèches étaient de chagrin, et les coins et le milieu de ces carquois, étaient garnis d'or cl d'argent, fait à l'aiguille. Tous généralement avaient des boutons d'orfévTeric, d'or, couverts de pierreries. Les haïducs aussi en avaient d'argent massif, avec de grandes agrafles. Enfin, tout ce que les Grecs ont écrit de la richesse et du luxe des Perses anciens n'égale point ce que nous vîmes, et ce que nous ne pouvons à présent nous persuader d'avoir vu.

» Lorsque ce royaume était en son lustre, dit Dalerac, sous Sigismond III et Vladislav IV, son fils, la cour polonaise surpassait en magnificence tes plus augustes cours de l'Europe. Jamais nation ne porta si haut le faste, la vanité, la dépense, la grandeur. Les palatins étaient autant de rois, on les voyait aller aux diètes avec douze mille hommes à leurs gages, soldats ou domestiques, et quatre pièces de canon, dont ils ornaient les avenues de leurs palais. Tout suivait dans les démarches de ces seigneurs, festins, présents, équipages. Un Jean Zamoïski, qui fut grand général et grand chancelier tout ensemble.

POLOGNE EN DÉCADENCE

être utile à sa patrie ; tous ces guerriers qui suivaient les drapeaux blasonés des seigneurs; ces hussards, habillés à la hongroise, et quelquefois des Allemands soldés; ces canons qu» servaient parfois aux rejouissances de même qu'ils étaient employés à la défense du pays pendant la guerre; enfin, ce grand nombre de serviteurs, domestiques, palefreniers, goujats. Zamoïski, avec son armée composée de semblables éléments, faisait des campagnes avec succès pour sa patrie, cet exemple trouva des imitateurs. Les seigneurs se montraient empressés à entreprendre des expéditions particulières. On allait chercher à l'envi la gloire dans les champs de la Valachie et de la Moldavie. C'est là que Zamoïski, en 1595, plaça sur le trône des hospodars la famille de Mobyla. Mais en 1616, les princes Korecki et Visnioviecki, dans la même entreprise, tombèrent entre les mains d?s Turcs. De même, en 1605, Mniszech et les Yisniouecki allèrent placer sur le trône

fournissait a loule celte dépense avec profusion, et il lui restait encore cent mille ducats d'or tous les ans, de reste de son revenu. Le Ois de ce seigneur poussa plus loin la prodigalité, car avec douze cent mille livres de rente (1,200,000), il ne pouvait aller au bout de la demi-année, aussi a-t-il enrichi un grand nombre de personnes attachées à son service. On remarque de ce prince qu'il aimait la nation française avec passion , et qu'il allait chercher à quinze lieues un voyageur de ce pays-là, dés qu'il en savait quelqu'un en Pologne, pour le mener chez lui et le régaler à sa mode : c'est-à-dire, le charger de présents et de ducats, après une chère extraordinaire.

» C'était l'esprit des Polonais de ce temps-là : on servait après le fruit, à la table de ces grands seigneurs, des pyramides de ducats d'or, qui se distribuaient entre les conviés; et ce qu'on ne voit aujourd'hui que dans certaines actions principales de la vie des plus grands monarques, qui est la distribution des pièces de monnaie au peuple, était une action fort ordinaire parmi les seigneurs de Pologne.

» Revenons, poursuit Dalerac, à la donation de Brodi et de Podhorcé, faite au prince de Pologne par le dernier Koniecpolskl, et l'on verra, dans l'exacte description de ces lieux, une Idée parfaite de l'ancienne grandeur polonaise

» Le lecteur peut juger par ces deux terres de la grandeur et de l'opulence des anciens Polonais, et se Ggurer un royaume habité par autant de rois qu'il y avait de chefs de maison.

moskovite le tzar Dimitr. Cependant ce nouveau tzar et sa femme Marianne Mniszech, ne jouirent pas long-temps de la couronne moskovite. En 1606, les princes Chouïski tuèrent ce Dimitr et délivrèrent la Moskovie des Polonais. Les seigneurs Polonais continuaient cependant à vouloir mettre sur le trône moskovile des faux Dimitr, car Marianne voulait absolument être tzarine, et le butin qu'on tirait de ces troubles excitait la noblesse et les Kosaks à courir aux expéditions.

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