Des calamités viennent atteindre la Pologne
Jean-Kazimir, par tous les événements qui se passèrent, aurait pu facilement prévoir l'avenir désastreux et même la chute prochaine de la république. Son règne, qui dura plus de vingt années, ne fut qu'une suite incessante de malheurs et de pertes, qui augmentaient chaque jour. Les Kozaks restés attachés à la Pologne, irrités de ce que le pacte de Hadziacz n'avait point reçu son exécution , ayant pour chef Doroszenko, se soumirent aux Turcs. La guerre avec la Turquie devenait inévitable. Les Tatars, recommençaient déjà leurs incursions. Au milieu de ces conjonctures critiques, Jean-Kazimir devenu veuf, conçut l'idée d'abdiquer la couronne et aucune considération ne put le faire renoncer à ce projet. Son règne fut une époque de désastres. La Pologne qui avait joui de la paix et de la prospérité lorsque toutes les autres parties de l'Europe étaient souillées de sang , éprouvait à son tour, au temps de Jean-Kazimir, les plus terribles revers. D'autres malheurs , non-moins funestes» devaient encore l'atteindre , et ses forces vitales en furent ébranlées. La Pologne s'était rangée avec l'Espagne et les empereurs contre les dissidents et subit le même sort (57). Comme l'Allemagne catholique, l'Espagne et la maison d'Autriche , elle perdit de vastes provinces , et se vit
temps indisposée, tomba malade. On annonce au roi qu'elle est très— souffrante. « Il ne lui arrivera rien de mauvais, » répartit le roi en bonne humeur, à cette première nouvelle. Bientôt un page lui dit que la reine est à l'agonie. Le roi touchant la joue du page, lui réplique : « Ne me tourmentes pas de bagatelles lorsque je suis gai. » Beaucoup de militaires et de courtisans qui étaient présents se disaient entre eux : « Que noire bon roi ne se fâche pas, s'il vient à être délivré de celte créature qui le tourmente. » Et le roi, sans perdre sa bonne humeur qui rarement le quittait, dansa de son mieux toute la nuit, animant la compagnie, et disant à Krasinski : « Bon hôte, presse les hommes d'armes, fais-les régaler, qu'ils se rappellent toujours (a féte. n Et disant aux militaires : « N'épargnez pas cet avare, buvez. » El on dansait et on buvait (Mém. de Pasek).
(57) Voyez Parallèle historique enlre l'Espagne et la Pologne.
humilié, affaiblie et épuisée. On peut dire, que la perte de la Livonie , de la Prusse ducale et des pays situés au-delà du Dnieper, était moins fatale que l'état de démoralisation où se trouvait la population de l'intérieur du pays. Les puis • sances voisines , au contraire, s'agrandissaient chaque jour, et devenaient plus formidables. Les Kozaks détachés de la Pologne, la Prusse affranchie de tout hommage , ne furent pas les seuls événements qui augmentèrent leurs forces; elles furent favorisées et alimentées par un concours de circonstances propices qu'aucune puissance humaine ne pouvait empêcher, etlaconduitelaplussagedela noblesse de Pologne ne put pourvoir au salut de la patrie. Et tandis que les états voisins prospéraient et devenaient plus puissants, la Pologne, bien quelle restât dans la même position géographique, se trouva dans une autre situation.