Cour suprême du sOnat
L'affaire des prévenus de crimes d'élat ayant été instruite à Varsovie par une commission composée de Russes et de Polonais, sous la présidence du président du sénat Stanislav Zamoïski, fut déférée à la chambre des sénateurs qui devait la juger en sa qualité de haute cour nationale. Le palatin Stanislav Zamoïski , son président, ayant perdu le droit de siéger comme juge, parce qu'il avait accepté la présidence de la commission d'instruction , le vieux palatin Pierre Biclinski , fut nommé président de la cour des sénateurs ,
(20) Le prince Antoine Iablonovski fut le premier révélateur de la connivence des Polonais avec les conspirateurs russes, et il nomma plusieurs de ses compatriotes qui à mesure de sa déposition furent conduits en prison : Stanislav Sollyk , Sévérin Krzyzanovski , André Plichta, l'abbé Dembek, Nemcse Kozuchovski, Prolhe Lelevcl, Stanislav Zablocki , Pierre Lagoski cl bien d'autres personnes. Mais les dépositions de Jablonovski furent bientôt épuisées. Dans le cours de l'enquête , celles d'Oginski et d'Alexandre Oborski ouvrirent une mine plus riche à exploiter. Au reste, des questions compliquées cl captieuses compromirent beaucoup de monde, et firent plus de coupables que n'en eût pu découvrir l'enquête la plus minutieuse , et pour la plupart des prévenus leurs talents et leur importance politique furent tout leur crime.
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et le général palalin Vincent Krasinski vice-président. La commission d'instruction faisait transporter à Varsovie une foule de citoyens des parties les plus reculées de l'ancienne Pologne, de la Litvanie, de la Galicie (21), de l'Ukraine, du duché de Posen (22), de tous les palatinatset les écrouait dans dilîérentes prisons, sur lesquelles veillait le grand-duc Constantin. Après de longues recherche*, la commission ayant découvert l'existence des sociétés secrètes et des conspirations dont le but était le rétablissement de l'antique Pologne, accusa du crime de haute trahison et mit en jugement huit citoyens, parmi lesquels on remarquait un vieillard octogénaire , le sénateur palatin Stanislav Soltyk (23). La plupart des Polonais, domiciliés dans les provinces incorporées à la Kussie, furent envoyés à Pétersbourg, pour être jugés par le sénat impérial. Les sénateurs polonais, après avoir examiné les chefs d'accusation et entendu la défense des accusés, ne trouvèrent pas de preuves suffisantes pour établir leur culpabilité, et déclarèrent à l'unanimité, moins une voix, que les accusés n'étaient pas coupables. Cette voix uniqueétait celle du vice-président Vincent Krasinski, elle le couvrit d'onprobreauxyeux de toute la nation. Il a dit depuis, qu'il avait voté affirmativement parce qu'il savait de source certaine, que 'es accusés étaient coupables. S'il en était ainsi, il aurait dû descendre de son siège déjuge et se présenter comme accusateur, les preuves à la main. Il ne l'a pas fait, parce qu'il aima mieux manquer à l'honneur, et charger sa conscience de juge, que de laisser échapper cette occasion de gagner les faveurs de l'oppresseur de sa patrie. Quand on lui reprochait cetle honteuse complaisance , il répondait que le sénal , comme corps politique, aurait dû condamner tous les accusés, même à défaut de preuves, pour complaire à Nicolas, et sauver le royaume des suites probables de la colère impé-
(tlj Slrzelbicki.Jean Stadnicki.
(22) Jean Népomuccne Uminski, Louis Fzrzaniccki , Malhias Miclzynski , Joseph Krzyzanovski.
(23) Les huit jugés sont : Sévérin Krzyzanovski, Stanislav So'tjk. François Maïevski, l'abbé Dernbek, Stanislav Zablocki, Albert Grzy-mala, André Pliclita fc Romain Zaluski.
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riale. .Mais comment un sénat polonais aurait - il pu déclarer coupables des Polonais qui avaient voulu travailler à l'affranchissement de leur patrie? aussi le président du sénat, Pierre îîielinski, déclara-t-il franchement dans son rapport à Nicolas, qu'il ne pouvait trouver de crime, là où il ne voyait de la part des accusés que les preuves des plus grandes vertus. Le décret du sénat, n'ayant pas convenu au grand-duc Constantin , il en arrêta violemment la publication. L'empereur Nicolas, de son côté, le soumit à l'opinion du conseil d'administration, qui n'osa pas infirmer la décision de la haute cour nationale , et Nicolas , voyant qu'il ne trouverait plus personne en Pologne qui se prêtât à ses désirs de vengeance, permit, après neuf mois de délai , de publier le décret, en signifiant à tous les sénateurs en général , et à chacun en particulier, son mécontentement impérial. Il n'y eut d'exception que pour Vincent Krasinski , qui fut comblé d'éloges, faible compensation du blâme unanime de la nation. L'indignation générale que son vote souleva contre lui monta à un tel point, qu'il s'en est peu fallu , qu'il ne fut massacré pendant la révolution qui ne tarda pas à éclater. Après une détention de quatre ans, les accusés furent mis en liberté, et le vénérable Soltyk sortit de sa prison, mais ses infirmités et son grand âge l'obligèrent de garder le lit pendant le reste de ses jours. Quant aux Polonais qui furent envoyés à Pétersbourg, pour y être jugés par le sénat impérial , ils lurent tous condamnés, conformément à la volonté de l'empereur, et envoyés en Sybérie (24).
UO. Obsèque. Couronnement.
Je ne vous ai pas parlé, mes chers amis, du convoi funèbre de l'empereur, qu'on a fait promener par les rues de Varsovie. C'était un très-joli spectacle, qui attirait beaucoup
Furent condamnes à différentes peines : Stanislav Tyszkovski, Louis Sobanski, Martin Tarnovskt. Félix CfczevskL AntoineCzarkov.sïù, Jean Chodzko, Stanislav Joteiko, Virlor 0>solins!.i, Vincent Karvuhi, Jo«ejth Gruszecki, Thomas Czarkovski, Michel U orner, Nieo'as Woree'.l, Stanislav Karvicki, Anselme fraszklcvicz, Pierre Mo«zjnski, Anastase Grodecki.
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de monde aux fenêtres On porta devant le cercueil vi le la couronne royale ( on ne vit pas figurer les culottes de l'empereur défunt, car ce ne fut que plus tard que Nicolas en fit présent au sénat). Je passe sous silence le reste de la description, mais je ne puis m'empècher de vous rappeler les convois de Stanislav Staszic et du palatin Pierre Bielinski , parce qu'ils réunirent plusieurs milliers d'hommes, qui, en conduisant les dépouilles mortelles de ces illustres citoyens à leur dernière demeure voulaient rendre un hommage sincère à leurs vertus civiques. L'un ayant consacré sa longue vie à combattre des préjugés , laissa après lui de beaux souvenirs; l'autre, dernier président de la cour des sénateurs , donna des preuves de courage et de patriotisme. Tous deux s'étaient rendus te lement reeommandables auprès de leurs concitoyens, que le prince palatin Czartonski regagna quel que popularité par les discours qu'il prononça sur leur tombe. Après les cérémonies funèbres, il me reste à parler du couronnement de Nicolas. Le gibet et la Sibérie lui ayant frayé le chemin du trône, il partit pour Moskou, où il fut couronné eaipereur de toutes les Russies. De retour de cette capitale il confirma le décret qu'il avait fait rendre par le sénat russe contre lesPolonaisaccusésde crimes d'état, ctsongea à se faire couronner, à Varsovie, roi de Pologne. Il envoya , à cet effet , une petite couronne impériale, qu'il appelait couronne de fj mille; il ordonna au grand-Juc de rendre la liberté à tous ceux qu'il retenait en prison sans jugement , et le força à cet acte tardif de justice (25). Il n'y eut que Vincent Niemoïovski.
(25) Nicolas recevait des avis clandestins; en les confrontant avec les i-ponses officielles, ii ne trouva pas, dans ceilcs-ci entre autres, lesdcui roupables d'attentat à la vie du grand-duc Constantin.qui n'étiienl poisit induits devant la justice. Nicolas ordonne qu'on les juge ou qu'ils soient élargis. Le grand-duc s'oppose au jugement à moins que son nom ne soit tenu secret On a peine à lui expliquer que l'anonyme; serait contre toutes les régies de la justice. En attendant, les augustes frères échangent leur correspondance, s'argumentant de part et d'autre avec des maximes évangéliques, l'un ne voulant pas profaner son nom devant la justice cl familiariser l'opinion avec celte sorte de délit l'autre, persuadant son frère de faire juger les coupables, ou en bon
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qui ne cessa d'être prisonnier dans sa campagne. Devant le château à Varsovie, Nicolas s'arrêta et embrassa cordialement son frère Constantin qui lui avait cédé la couronne. On fit assister, à la cérémonie du couronnement , les séna leurs, les nonces, les autorités civiles et militaires, et l'on plaça autour du trône polonais quelques soldats russes, dont l'uniforme rappelait le régiment de Smolensk, qui, sous les ordres de Souvarov , avait massacré les habitants de Praga. C'était un beau souvenir, le jour d'une pareille solennité. Au milieu d'un silence lugubre, l'empereur et l'impérati icc montèrent sur les degrés du trône. L'empereur répéta à genoux un long serment terminé par une prière et s'étant revêtu de son manteau impérial , il plaça sur sa tète la couronne moskovite. L'archevèque-primàt , s'écria trois fois, « Vivat rex » et, quoique il y eût une grande foule dans la salle, aucune voix ne répéta cette exclamation ; un silence glacial la suivit. Après la cérémonie, les spectateurs quittèrent leurs places et suivirent leurs majestés à l'église. I n grand nombre de dames , placées sur un amphithéâtre élevé devant le château, ce qui faisait un tableau magnilique, regardaient tranquillement défiler le cortège impérial, et ne témoignaient d'autre sentiment que la satisfaction de la curiosité; pendant ce temps, le grand-duc Constantin faisait la police. Enfin, ces jours-là, il y eut beaucoup de grands dîners, de spectacles, de divertissements publics, de bals, où l'empereur et l'impératrice daignèrent danser. Les rues et les édifices publics furent illuminés on ne peut pas mieux. Peu s'en fallut, cependant, que toutesces réjouissances ne fussent terminées par une scène tragique. Quelques jeunes Polonais avaient arrètéentr'eux de fairemain basse sur toute la famille impériale réunie à Varsovie, sans en excepter le petit Alexandre, héritier présomptif de la couronne, pensant qu'ils rendraient en même temps un grand service à la Pologne, à la Russie, et à toute l'Europe qui serait délivrée tout d'un coup d'un si grand fardeau. Plusieurs personnes
chrétien de leur donner la liberté. Celte correspondance est curieuse. Le grand-duc. pressé par son frère, céda cl Ut ouvrir les portes de la prison a ses assassins.
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paralysèrent leur plan ; et tout le monde se sépara en paix : la fimille impériale retourna saine et sauve à Pétersbourg (26).