‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 222 sur 274 · Diète sous Nicolas · texte numérisé non relu

Diète sous Nicolas

La diète convoquée sous Nicolas en 1830 ; commença d'abord par marchander avec le ministre des finances, pour retrancher quelque chose de la somme qu'il avait demandée pour le monumentqui devait ètreélevéàla mémoired'Alexandre, restaurateur de la Pologne. Puis elle s'occupa d'une loi sur le mariage et le divorce. Celle qui avait été votée cinq ans auparavant; ayant été trouvée mauvaise, le parti jésuitique, présenta par l'organe du gouvernement de nouveaux projets de loi pour lesquels Nicolas se prononça ouvertement. Un de ces projets fut adopté à l'unanimité par le sénat qui croyait qu'il n'y avait pas un grand inconvénient à remplacer une mauvaise loi par une autre qui n'était pas meilleure. La chambre des nonces ne fut pas du même avis : elle manifesta le vœu de revenir aux dispositions du code français : mais l'empereur-roi, espérant trouver dans la chambre des nonces la môme docilité qu'il avait trouvée dans le sénat, dit aux nonces dans un entretien, que le code français était un code diabolique. Il fut cruellement détrompé : la chambre des nonces sachant que son devoir était d'améliorer la législation , et non pas de remplacer de mauvaises lois par d'autres qui n'étaient pas moins en désaccord avec le besoin du pays, rejeta par quatre-vingt-douze voix contre Miigt-trois le projet que Nicolas approuvait et que le sénat avait adopté à l'unanimité ! Nicolas en fut courroucé,

(20) On raconte au sujet de ce voyage, une élrangc anecdote concernant le petit prince royal, qui fait voir comment il se préparc a gouverner plus tard. En traversant la Lilvanie et la ville de Riga, le peuple était d'autant plus curieux de le voir, qu'on avait répandu le bruit que c'était le petit roi de Pologne qui voyageait. La grande af- (lumcc dépldisail au petit roi, au point que maintes fois il arrachait le fouet des mains du cocher, et dispersait le peuple en frappant aux yeux et à la téte tous ceux qu'il pouvait atteindre de ses mains royales.

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mais il n'y eut pas moyen de faire passer les mauvaises lois, car le pouvoir législatif appartenait aux chambres (27). Dans la dernière séance qni eut lieu le 28 juin, quelques membres de cette chambre déposèrent sous le bâton du maréchal des accusations contre les ministres pour avoir violé la t onstitution , et 11 s'en fallut peu qu'ils ne fussent mis en jugement. Mais c'était moins aux ministres qu'il fallait s'en prendre , qu'aux deux monarques qui s'étaient imposés rois t'.e Pologne.

/|2. I es Polonais provoqués à l'insurrection par leurs

ennemis mêmes.

Il n'y a que les ennemis mortels de la nation polonaise, qui puissent imputer aux Polonais comme un crime de réclamer le droit imprescriptible de tous les peuples, celui deconser-

(27) Les nouveaux projets de loi sur le mariage el le divorce devaient éire présentés par le gouvernement à la chambre des nonces; cependant, lorsque le premier fut unanimement repoussé par les commissions de la diète, les ministres en improvisèrent un autre et le l.résentèrent d'abord au sénat. Il y eut dix sénateurs qui parlèrent contre; pas une voix favorable ne s'éleva en sa faveur; cependant, par une complaisance inexplicable, le sénat vota pour la loi. Éellc condescendance d'un corps respectable n'en imposa aucunement aux nonces; le projet fut, le 24 juin, vivement attaqué: le discours du député François Wolowski, en particulier, qui traitait cette matière à fond, disposa suffisamment la chambre à le rejeter. On criait : à la clôture de la discussion! aux voixî Ceux qui étaient inscrits pour prendre la parole, y renoncèrent, et toutes les formes usitées exigeaient d'aller aux voix immédiatement, quand les ministres proposèrent d'ajourner le vote jusqu'au lendemain. Le maréchal se montra docile à y consentir, mais plusieurs nonces, surtout Jean Lcdochovski, s'y opposèrent avec force et emportement. Départ et d'autre, on interprétait diversement, les règlements. Les ministres espérant gagner beaucoup par les intrigues de la nuit, recoururent encore à un nouvel expédient, ils envoyèrent demander l'opinion du roi Nicolas. Ce roi, qui voulait hautement que la loi proposée fut acceptée, donna son assentiment a l'ajournement. La chambre dut céder et remettre le vole. Tout fut remué dans cette soirée, crainte, flatterie, espérance, promesses de chaires sénatoriales, de baux

ver l'intégrité et l'indépendance de la patrie. Aussi les usurpateurs et les prolecteurs qui sont venus régner sur la Pologne, sans y être appelés, savaient-ils qu'il ne pourraient maintenir leur domination, qu'autant qu'ils feraient semblant de déférer aux vœux de la nation, en lui promettant de réunir tous les lambeaux de l'ancienne Pologne, et de leur rendre une existence et une indépendance politique; Napoléon connaissait cet art de s'attacher les Polonais; Alexandre s'en servit avec quelque succès au commencement de son règne : mais le masque qu'il .prit tomba bientôt, et découvrit dans toute sa nudité la politique hypocrite, qui ne pouvait supporter la moindre étincelle de liberté, la moindre manifestation de l'esprit national. Le soi-disant restaurateur de la Pologne devenu son persécuteur , trahissant à chaque moment la peur qu'il avait des Polonais , par les violences

des biens nationaux, de fonctions. Pour gagner les esprits des nonces, on les suivait dans leurs demeures, dans les réunions particulières, au haï qui avait lieu ce jour-là. Certes, toutes ces menées n'ébranlèrent point la conviction universelle, n'affaiblirent que peu les dispositions de plusieurs ; cependant il convenait, il était même nécessaire, qu'à la séance reprise le lendemain 25 juin, il y eût une manifestation prononcée de la part des nonces et de la commission de la diète, contre le projet que les ministres allaient encore motiver et défendre. C'est alors que le nonce Lelevcl, comme un des commissaires, prononça un discours qui devait avoir son effet. Il y signala l'origine du projet gouvernemental, il remonta vers le principe de la question et le considéra sommairement sous tous les rapports, historique, ecclésiastique et légal, en observant ce qui se passait dans toute la chrétienté et en Pologne: il avoue que de graves inconvénients existent dans la loi établie depuis peu, parce que cette loi s'éloigne des principes du code et des dogmes des premiers siècles de la chrétienté ; mais que ce n'e. t pas une raison pour la remplacer par d'autres inconvénients plus graves peut-être; il demande enfin que le gouvernement explique les empêchements occultes qui entravent l'exécution de la loi existante. En dernier lieu, on laissa parler les ministres, qui évitant toujours dos explications franches, chantaient la palinodie, ou comme on disait, le requiem à la loi. Au vote, la cinquième partie de la chambre donna son approbation, les quatre cinquièmes furent contre. Ces votes réunis avec l'unanimité du sénat, donnaient encore plus de dix voix contre le projet.

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qu'il commettait, et les précautions dont il s'entourait, leur rappelait, pour ainsi dire , ce qu'ils avaient à faire, et leur faisait entrevoir la possibilité de se délivrer d'une protection qu'ils n'avaient pas demandée, et qui manifestait tant de frayeur. En multipliant les arrestations et lesprocès politiques, le restaurateur prit à tâche de leur persuader qu'ils étaient en conspiration permanente , et par cela même , il les provoquait à se compter, à serrer leurs rangs, et les forçait, en quelque sorte, à préparer les moyens d'une prochaine insurrection. Les opprimés , ne pouvant échapper à l'oppression, cherchent nécessairement à la repousser par la force; et une nation qui aurait la patience de supporter sans fin son abaissement , serait lâche et indigne d'occuper une place dans la grande famille des peuples.

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