‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 244 sur 274 · Paysans, peuple asservi · texte numérisé non relu

Paysans, peuple asservi

Dans plusieurs chapitres des périodes précédentes, j'ai eu l'occasion d'indiquer quel était, à différentes époques le sort de la nombreuse population agricole. Quiconque en aura bien examiné les vicissitudes, ne pourra point dire que depuis l'introduction du christianisme, l'état de cette portion considérable de la nation, se soit en rien amélioré. Le christianisme trouva le peuple des campagnes libre en grande partie, cultivant des terres qui n'étaient pas à lui, jouissant de la protection des mêmes lois qui réglaient les relations avec les propriétaires. Tous étaient libres, et les prisonniers de guerre, s'ils allaient cultiver la terre, le devenaient après un certain intervalle de temps. Les paysans libres, cultivant des terres qu'ils ne possédaient qu'à titre de ténan * ciers, à la charge de payer aux propriétaires des dîmes et autres redevances de différente nature, ou de labourer certains champs du domaine, avaient la faculté de changer de domicile et de s'établir partout où ils le voulaient. Le christianisme, tout en contribuant à l'abolition de l'esclavage, limita cette faculté de déplacement que le paganisme ne contestait pas à tous les paysans. En accordant aux propriétaires les privilèges, le droit héréditaire et ducal, c'esUà-dire, le droit sans réserve de disposer des domaines, et de s'y gouverner d'après leur bon plaisir, le christianisme enlevait aux paysans la liberté d'invoquer la loi commune et les soumettait à la juridiction de leurs seigneurs. C'est aussi par son influence, que les différentes redevances se changèrent en corvées. Il se passa bien du temps avant que ce changement funeste pût s'introduire et se consolider dans toute

l'étendue du pays. Aux plus beaux jours de l'histoire de Pologne , sous le règne des Iagellons, les nobles qui se disaient les seuls propriétaires de bien-fonds, regardaient les paysans comme des sujets attachés à la glèbe, et exigeaient d'eux certaines redevances , des services personnels et au moins un jour de corvée par semaine; sans leur contester la propriété des biens-meubles quïls pouvaient avoir acquis par leur travail, ils se considéraient comme pouvant disposer à leur gré de leur personne et comme ayant sur eux le droit de vie et de mort. C'est surtout sur le peuple russien habitant une partie de la Litvanie que retombait tout le fardeau de cette odieuse servitude. A l'extrémité méridionale de la Pologne, l'Ukraine présentait un contraste dans la population des Kozaks libres , qui refusèrent de subir le joug de l'esclavage et de faire la corvée, à laquelle on voulait les assujettir. Menacés d'une pareille dégradation , ils firent à la noblesse une guerre acharnée, et après avoir prolongé cette lutte pendant soixante-dix ans, ils finirent par quitter le pays, entraînant à leur suite des nuées d'habitants des campagnes. Cette guerre dépeupla et affaiblit la Pologne.

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