‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 254 sur 274 · Gielgud conduit les insurgés Litvaniens en Prusse · texte numérisé non relu

Gielgud conduit les insurgés Litvaniens en Prusse

Après la malheureuse attaque de Vilna, Gielgud et les généraux qui étaient sous ses ordres ne purent se maintenir nulle part. En se retirant devant l'ennemi, ils se réunirent dans les environs de Szavlé, où il y avait une garnison russe de quatre mille hommes, avecquelquescanons. Ils voulurent prendre ce bourg d'assaut, mais la discorde et la négligence des généraux , l'incapacité du général commandant , firent qu'ils ne purent en venir à bout; après un combat mal engagé et mal soutenu, où le sang coula inutilement, ils lâchèrent pied, et se replièrent devant une poignée d'hommes. Cet événement irrita les insurgés et faillit les porter aux dernières extrémités, mais les généraux savaient communiquer aux soldats leur découragement, et les empêcher de prendre des mesures pour remédier au mal. Retirés à Kurszany, ils se partagèrent en trois divisions. Chlapovski et Gielgud, après avoir trompé par des mensonges les soldats et les insurgés, entrèrent les premiers en Prusse, le 12 juillet, et mirent bas les armes. L'exaspération des soldats trompés et trahis était à son comble. Au moment où la division de Roland passait devant celle de Gielgud , qui était déjà sur le territoire prussien, un officier, nommé Skulski , emporté par un sentiment d'indignation , sort des rangs de cette division, court sur Gielgud et l'étend raide mort d'un coup de pistolet, criant: « qu'ainsi périssent les traîtres. » Roland continua sa route, et quatre jours après se sauva aussi en Prusse. Ainsi périt la belle armée envoyée en Litvanie, et les insurgés de cette province, partageant le sort de l'armée, furent livrés aux Prussiens, qui les traitèrent comme prisonniers de guerre. La Litvanie et la Samogitie se couvrirent de deuil. Désormais il y régna un silence lugubre, interrompu par les malédictions et les gémissements des ïictimes,

RÉVOLUTION

ou par le fracas du passage des troupes victorieuses. Dembioski seul partit avec sa division de Kurszany et, s'enfonçant dans la Litvanie, disparut pour quelque temps au milieu des Russes.

8&. Skrzynecki passe la Vlstule à Poticze.

Le jour même de la défaite de Vilna , le gros de l'armée de Skrzynecki ofTrit un étrange spectacle! sans songer à la Litvanie, car il comptait sur Gielgud comme sur lui-même, et son projet de renverser le gouvernement n'ayant pas réussi, le général en chef forma le plan de détruire le corps de Rudiger occupant le palatinat de Lublin. Dans ce but, lankovski marcha surKock pour attaquer de front le général ennemi , Chrzanovski sortit de Zamosc pour tomber sur ses derrières; Skrzynecki lui-même quitta Praga , et se porta aussi de ce côté avec le reste de l'armée ; mais au moment de commencer l'action , il reçoit la fausse nouvelle que les Russes, débouchant d'Ostrolènka, se dirigent sur Praga. A cette nouvelle il abandonne à lankovski l'exécution de son projet, et, n'osant pas revenir sur ses pas et rentrer dans Praga, il court en toute hâte vers la Vistule, passe ce fleuve le 20 juin, sur le pont construit à Poticze, et ramène à Varsovie ses troupes épuisées par des marches inutiles à travers un pays sablonneux. Cependant, lel9 juin, le général Rudiger, étant près de Lysohyki enveloppé de toutes parts, n'attendait que le moment où il serait forcé de rendre les armes; mais au lieu d'être battu, il enlève à lankovski un parc d'artillerie, le conduit au-delà du Vieprz, et se met hors de danger, sans avoir été entamé. Couvert de honte, lankovski suivit le général en chef, et passa aussi la Vistule. Chrzanovski , laissé tout seul en face de l'ennemi , par suite de ces événements inexplicables, parvint à se retirer, et à rejoindre le gros de l'armée. Cet échec , et la conduite ultérieure du général en chef, prouvèrent quedepuis la défaite d'Ostrolènka , il n'osait plus se rencontrer avec l'ennemi , et qu'il semblait attendre du hasard le salut de la patrie. On voit que ses danses sont terminées et ne sont suivies que par des marches et contremarches comme s'il poursuivait les vents.

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