Krukoviécki
Le comte Krukoviécki, vieux général de l'ancien service, était connu depuis longtemps pour un homme tracassier, remuant, d'une humeurbrusque et violente. Dès le commencementde larévolution, il aspirait au commandementde l'armée, mais il n'obtint que peu de suffrages, car la révolution avait une invincible répugnance pour sa personne. Quand Skrzynecki fut nommé général en chef, Krukoviécki ne put rester à l'armée, à cause des rapports personnels qui existaient . entre eux. Créé gouverneur de Varsovie, il embarrassa plus d'une fois le gouvernement en rappelant par ses violences le régime du grand-duc : on disait que c'était une preuve d'énergie parce que Krukoviécki n'était pas aussi poltron que Constantin. Sur les vives instances de Skrzynecki, le gouvernement le déposa de ses fonctions ; le général en chef offensé
personnellement par lui, après son retour d'Ostrolènka , voulut l'en faire punir par un conseil de guerre. Ce fâcheux démêlé releva dans l'opinion publique les talents de Krukoviécki. Plus Skrzynecki et tous ceux qui n'avaient pas su satisfaire les esprits perdaient de crédit, plus Krukoviécki en gagnait. Dans la nuit du 15 août, il parut de son propre chef dans les rues , et essaya de calmer le peuple. Il savait l'habituer à son autorité, il semblait favoriser cette commotion violente et y participer en quelque sorte : cependant, nommé de nouveau gouverneur, il rétablit l'ordre tout seul. Dèmbinski, qui avait épousé la cause désespérée de Skrzynecki, menaça en entrant le 17 août à Varsovie, ce se défaire de Krukoviécki. Mais comme ni l'ancien, ni le nouveau général en chef ne pouvaient plus espérer d'être appuyés par la diète, il était plus facile à Krukoviécki de se concilier la bienveillance de celle-ci. Un grand nombre de personnes possédant la confiance publique, n'ayant point répondu à l'attente générale, des hommes, qui n'avaient pas autant de crédit, etauxquels on ne se fiait pas tout-à-fait, durent à leur tour paraître au timon des affaires. Indépendamment de cette circonstance, plus d'un nonce, effrayé par le mouvement populaire qui venait d'éclater, crut que personne ne pourrait sauver le pays si ce n'était l'énergique Krukoviécki, et ils lui donnèrent leurs votes. C'est ainsi que cet homme à double face, dont le caractère était alors une énigme, apparut vers la fin du drame du fond de la scène, inspira une espèce de confiance, et fut élu président.