‹ Histoire de Pologne (volume 2)Chapitre 80 sur 274 · Kazimir est riche · texte numérisé non relu

Kazimir est riche

Kazimir-le-grand mérita l'épithète de grand par ses actionsqui firent beaucoup de bien à la Pologne; mais trop porté à la volupté par ses mœurs relâchées et par quelques démarches indignes et scandaleuses qui en furent la suite, il encourut une réprobation générale (32). La nation ne put

(32) La dissolution des moeurs de Kasimir parut de bonne heure etcausa d'abord d'affreux malheurs. Marié depuis cinq ans avec Anne- Aldone, fille de Gedimin, il fut envoyé en 1330 en Hongrie à l'occasion des affaires des chevaliers teutoniques, pour s'aboucher avec le roi Charles-Robert d'Anjou, qui était marié avec sa sœur Elisabeth. Là il devint amoureux d'une fille d'honneur de la reine, et fut fort étonné delà trouver à l'épreuve de ses recherches. Il s'imagina que la violence aurait plus de succès que la persuasion; la reine sa sœur, a ce qu'on dit, approuva, favorisa même l'enlèvement, qui le fil triompher de la vertu qu'il n'avait pu séduire.

Celte fille a ppelée Claire, était de la maison de Zaach. Rendue à elle-même, elle sentit son malheur, et osa l'avouer à Félicien son pére, qui sur le champ résolut de la venger. Kazimir ne parut plus après son crime et son absence ne fit qu'irriler davantage la colère de Félicien. Transporté d'une fureur dont il n'était plus le matlre, ce malheureux père épia moment : le roi étant à table, Félicien lui porla un coup de poignard que le prince évita par hasard. Le meurtrier à son tour se précipita sur la reine et lui blessa cruellement les mains, il allait s'élancer sur les fils du roi, lorsque les domesliques, revenus de leur surprise, tombèrent sur lui le sabre à la main, le mlrenl à mort et le hachèrent en pièces.

Presque aussitôt, toule la maison du roi, ayant pris les armes, on courut à l'hôtel de l'assassin. On attacha son Dis a la queue d'un cheval et on le traîna vivant dans les rues. On n'épargna point l'infortunée Claire; on lui coupa le nez, les lèvres, tous les doigts des mains et dans cet état, on la donna en spectacle à toute la ville, indignée d'un traite ment si affreux. Charles-Robert n'avait aucune part à ces mouvements dorage, mais sans les a rréler , il parut les approuver par les peine* qu'il infligea dans la suite, à tous les parents, à tous les alliés, & tousles amis de Félicien, qu'il condamna , tes uns à l'exil, les autres à une morl honlcuse.

approuver la cession de la Poméranie. Les sommes énormes qu'il paya etdonna avec profusion, ou celles qu'il prètapour ne les recevoir jamais, aux voisins dont il fut tant de fois*ladupe; l'éclat des noces de sa nièce avec l'empereur Charles IV, en 1363, prouvent ses richesses immenses. Par un heureux hasard, il se trouvait en même temps à ces noces, à Krakovie,

Onze ans plus tard, en 1341, Kazimir déjà veuf résolut de se remarier, el il épousa Adélaïde fille de Henri, landgrave de Hcsse. Celle femme pleine d'un orgueil austère, semblait dédaigner tous les plaisirs et secroyanl seule digne des empressements de Kazimir, elle ne cessait de l'inquiéter par des jalousies, souvent affectées, et qui étaient moins un effet de la délicatesse de ses sentiments, que de la bizarrerie de son caractère. Excédé des reproches continuels de cette femme allicre, le roi prit bientôt la résolution de s'en séparer. Il l'exila à Zarnoviec, où il la retint quinze ans dans une espèce de prison.

Kazimir porta alors ses dérèglements a l'excès. Epris d'une fille de qualilé de Rohéme, nommée Rokiczana, il lui faisait espérer le divorce avec Adélaïde et de l'épouser, car celle fille déclarait que le mariage seul pouvait triompher de sa vertu; elle voulait même pour témoin de ses engagements l'é.véque de Krakovie, mais elle ne le connaissait pas. Le roi ne cherchait qu'à la tromper. Il substitua à ce prélat l'abbé de Tynictz, qui revêtu de ses habits pontificaux, présenta l'acte du divorce, les dispenses du pape el administra la bénédiction nuptiale. Cette amante séduite, n'ignora pas long-temps son malheur et le brava; elle consentità changer en intrigue une passion à laquelle elle avait cru ne se rendre que par devoir. Une fille juive, appelée Eslher lui succéda, et céda bientôt la place à une foule de rivales qui se remplacèrent tourà-tour. Eslher habitait dans les splendides palais de Lobzov et de Kazimir, et jouit assez longtemps de la tendresse de son augusle amant. Kazimir eut de celte concubine deux fils, Niemira et Pclka qui furent élevés dans la religion chrétienne , mais Kazimir permit que les filles qu'elle lui donna fissent profession du judaïsme comme leur mére.

II régnait alors en Pologne un vice, que le temps, ni la raison n'y ont point encore flétri: on y aimait indiscrètement les plaisirs de la table. Ce fut un des nouveaux goûts de Kazimir et il se livra à ses excès. Ce dérèglement en fit revivre de plus honteux, son incontinence devint plus effrénée el elle ne supposa, non plus qu'auparavant, ni un choix fort scrupuleux, ni un goûldélicat, ni des attachements bien durables. Le Salomon de Pologne se fit des idôles de toutes les femmes qui

POLOGNE FLORISSANTE

l'empereur, les rois de Hongrie, de Danemarck, de Clnpre, plusieurs ducs et princes souverains, ce qui contribua à l'éclatdes fétes.Tous ces hôtes couronnés furent aussi invités et régalés particulièrement par le trésorier deKazimir, le bourgeois krakovien Vierzinek.

9U. Louis néglige la Pologne, mais il accorde des privilèges

a la noblesse.

Louis, successeur de Kazimir-le-grand, eut aussi le surnom de grand. Il mérita ce titre que les Hongrois lui décernèrent, car il se voua tout entier à leur pays. Il augmenta son étendue et sa puissance, assura un grand nombre de

troublaient sa raison; il n'employa plus le pouvoir que son rang lui donnait, qu'à les enivrer des mêmes passions qu'elles lui avaient inspirées. A l'exemple des princes de l'Orient, il en renferma plusieurs dans des palais et il multiplia si fort ces lieux de licence, que les évéques prièrent le pape de les faire abolir. La crainte ou la politique les empêchaient de porter leurs remontrances. Une autre affaire semblait animer le haut clergé contre le roi. Kazimir donna ordre de demander à l'évéque de Krakovie l'acquittement des impôts attachés aux domaines de l'évéehé. L'évéque excommunia le slaroste et ensuite le roi, mais il n'osait lui notiQer ses foudres. Martin Bariczka, vicaire de l'église cathédrale de Krakovie, se chargea de celte mission; il blâma la conduite pusillanime desévéques et, moins sage, ou plus hardi, il alla reprochera Kazimir toute l'horreur de ses scandales. Il fut puni de sa témérité. Le roi le fit jeter dans la Vistule, où il périt. (En 1352.)

Peu de temps après, Kazimir, a la vue de l'austérité des Flagellants conçut des regrets de la mort de Bariczka et en envoya demander l'absolution au pape. Il subit la pénitence qui lui fut imposée et il l'accomplit de meilleure ml que les Flagellants n'en montraient dans leur conduite. Adélaïde, délivrée de sa captivité, venait de mourir dans le pays de liesse, oûlelandgravc son père l'avait ramenée de Zarnoviec; alors le roi prit encore le dessein de se remarier pour la troisième fois, et il épousa, en 1357, Hedvige fille de Henri duc de Glogov. Soit que celte nouvelle femme eut captiver son cœur, soit que l'âge ou la raison eussent amorti ses passions, Kazimir paraissait revenu de ses égarements, et menait une vie assez tranquille. (De Solignac, Histoire du Pologne, liv. 9. 10.)

libertés au peuple : mais il négligea la Pologne. Cependant la nation polonaise et particulièrement la noblesse lui doivent de grandes obligations sous certains rapports. Louis n'ayant pas d'enfants mâles, voulut assurer la succession à ses filles. 11 convoqua dans cette intention, en 1374, la noblesse polonaise à Koszicé,où il garantit par un privilège l'intégralité du pays, renouvela la promesse de ne point exiger arbitrairement les taxes et les impôts. Le môme privilège détermina pour toujours un impôt fixe de 2 gros (1 franc 12 cent.) par an, qui devait être payé, même dans les années de la paix. Louis réussit, en 1381, àobtenir du clergé le consen tement do payer les mêmes impôts que la noblesse et les kmetons. Dans les circonstances extraordinaires, ou plutôt pendant la guerre, la nation votait elle-même par l'intermédiaire d'une diète des impôts et des taxes plus élevés. Cescon ditionset d'autres semblables établirent d'une manière certaine, les prérogatives de la noblesse, aplanirent les distinctions qui existaient encore dans cette classe, et assurèrent l'égalité dans la joui-sance des privilèges. Cependant Louis indisposa les esprits de la nation et delà noblesse parce que non-seulement il ne réprimait pas les abus que ses employés commettaient, mais parce qu'encore il eut recours dans mainte occasion à l'intrigue et à la mauvaise foi. Il se les aliéna davantage lorsqu'il entreprit de réunir à la Hongrie le duché de Halicz où il introduisit la force armée hongroise, violant ouvertement les serments qu'il avait faits à Bude et à Koszicé.

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