III. DÉM0CR4TIË NOBILIAIRE
sous Louis d'Anjou, fut décidément renversée sous Vladisiav lagello. La famille dePiast n'avait plus à penser à ses droits; ses princes ne briguaient parfois le trône que comptant sur les suffrages des électeurs, qui led leur refusaient pour ne pas donner d'importance à leurs prétentions surannées, pour ne pas faire revivre les réclamations d'un droit aboli pour toujours. Vladisiav lagello régnait sans avoir le moindre droit dynastique. Lui , et ses descendants avaient été élus, sa famille était recherchée dans le but de soumettre et de détruire le désordre princier, de cimenter r union fraternelle avec la Litvanie. L'aristocratie litvanienne était déjà préparée à l'élection d'un grand duc , ce qui pouvait séparer cet état de la Pologne. Celle-ci, reconnaissant et respectant le droit héréditaire des lagellons en Litvanie, soutenait un obstacle insurmontable à cette séparation. Kazimir-le-grand, qui contraria tant de fois la haute politique de son père, y dérogeait encore par son testament, qui allait gaspiller les biens publics et les terres de l'état. L'esprit civique s'interposa, l'abrogea et reconnut sa nullité , il priva des mouvances les princes investis par Kazimir et Louis au détriment du pays, et depuis lors il n'y a plus en Pologne d'apanages ni d'aliénation des provinces de la république, excepté la malheureuse inféodation de la Prusse et des districts de Lavenburg et Bytov. Dans les vastes domaines de la Litvanie , les Ruriks cédèrent partout au nouvel ordre , excepté quelques ducs de Sie^ier, mais la famille nombre'jse de Gedimîn donnait le spectacle scandaleux (durant tout le règne de Vladisiav lagello] de cette prétention dynastique qui souilla dans les siècles précédents les Piasts. Les princes les plus renommés par leurs exploits, vendaient leurs bras et les provinces de l'éiat, aux ennemis de leur nation, dirigeaient saos honte les invasions des croisés , marchaient sous leurs étendards pour assouvir les haines et l'ambition. L'esprit civique de Pologne avait beaucoup de peine à les désarmer , à calmer et à soumettre cette fougue princière et aristocratique qui tourmentait la Litvanie. Enfin, pour empêcher la dilapidation des biens publics et les bénéfices, il fallait régler et restreindre le pouvoir royal , ou lui dire que ce n'était pas là sa propriété dont il pût disposer de bon gré ; mais que c'était une propriété
publique , naliouale , susceptible de règlement. Le premier exemple, sous ce rapport, fut donné eu 1482 dans le duché de Mazovie où Ton défendit au duc de les obérer, aliéner , vendre ou de faire des donations. En Pologne, en 1504 , la loi prescrivit la même défense au roi. Les biens publics conservèrent toujours le nom de biens royaux (*) , mais pour la plupart, ils servaient de bénéfices et de salaires , dont la distribution était réservée au roi sous le titre de starosties.
47. L'ESPRIT CIVIQUE TRANSFORME TOUTES LES FONCTIONS EN FONCTIONS NATIONALES.
Tout devenait national. Les employés de l'état et de la couronne, les employés de la cour eux-mêmes prirent un caractère national. Gomme les palatins et les castellans se changèrent en sénateurs représentants de la nation, de môme toutes sortes de fonctions subalternes furent chamgées en charges civiques ou terrestres. Les podkomorzî , porle-euseigne , échanson, maltre-tranchant, sénéchal, veneur, porte-glaive, rendaient quelquefois des honneurs au souverain, quand il entrait dans le district , et ordinairement ils faisaient partie de la juridiction terrestre (122). La seule charge des starostes semblait donner un certain tenips, de Tombrage à Tesprit civique et servir aux empiétements du pouvoir royal ou de Tancien ordre, lorsqu'il se trouvait contraire aux nouveaux remaniements. Cette petite collision eut lieu sous le règne de Vladislav lagello. L'abrogation de différentes prestations et redevances , proclamée par des dispositions partielles et des règlements généraux, n'était pas encore assez éclaircie, et la couronne croyait avoir droit d'en réclamer plusieurs dans différentes provinces et districts sous différents prétextes. Les starostes, qui remplissaient la même fonction que les castel-
(*) Item barones , milites, et nobiles, qui tenent et habentbona regalia (taxoB in Kolo 1458. in Raczyn. ood. dipl. Maj. Pol. cxxvni, p. 180).
(l^i) OUiciales terrestres sunt autem ii : succamerarius, capitaneus, îiladifer, vexillifer, pincerna , subpincerna, incisor, dapifer, subdapi- IVsr, tribunus, judex, subjudex , notarius, thesaurarius, venator, agazo ( Kromeri descr. Pol).
m. DÉMOCRATIE NOBILIAIRE. 75
latis , tant dans l'administration que dans la police , étant chargés de leyer les impôts, recueillaient ces redeyances et exerçaient la surTcillance relative à la sécurité publique. Cette tâche, commune aux castellans et aux starostes , embrouilla momentanément la séparation définitive entre les castellans qui devaient composer le sénat, et les starostes ou châtelains, qu'on appelait en latin , capiianei , qui devaient avoir une charge active avec la juridiction de grod , ou sans juridiction» Les chaises sénatoriales étaient remplies par de grands castellans et des castellans de second ordre qui prenaient place sur leurs bancs , et lorsque leur nombre grossissait , ils se plaçaient sur des barres de bois ou des perches, ce qui leur donnait le nom de perchiens , dronzkovi. Ceux qui s'abstenaient de leur fonction starosline y restaient pour toujours ; mais ceux qui revenaient à leur service de grod, quittaient le banc sénatorial et devaient se contenter du titre de staroste (123). Les règlements réitérés de la législation déci-
(133) CASTELLANS ET STAROSTES. Anciennement castellan,en qualité de châtelain , était une charge inférieure et nombreuse dans chaque district, dans chaque arrondissement où se trouvait un château fort, grod. Le traducteur polonais des statuts, en 1450, traduisit le titre de castellan en langue polonaise, grododxierxa, ce qui veut dire possesseur de grod, duquel dépendait Vautorité de grod et la juridiction. Le titre de staroste, c'est-À-dire vieux, ancien , qualifiait le haut fonctionnaire, un gouverneur de quelque province* Un chant très ancien, qui remonte jusqu'à l'époque de l'introduction du christianisme, donne le titre de staroste à Lucifer, chef de l'enfer. Les administrateurs de la Pomeranie danzikoise, sont -appelé starostes, gouverneurs, ducs, exer- ^ituum dux, ou capitaines, eapitanei : ce dernier mot répondait au staroste. (Vincent. Kadlubkonis, p. 263; Boguph.) Lorsque vers 1300, on institua dans la Grande-Pologne une haute justice castellane siégeant à Posen , son chef reçut le titre de capitaneus generalis, ou starosta gênerai (privil. Yenceslai régis 1295, apud Nakielski, miechovia.p.226.) D'abord, il n'y avait que des starostes de provinces, Louis d'Anjou commença à nommer et à multiplier les starostes , ses subordonnés . Lorsque par le concours des circonstances et la force du temps, la justice castellane fut délabrée, quantité de castellans entrèrent au conseil et s'assirent dans le sénat, ceax d'entre eux qui ne parvinrent pas à se faire sénateurs et tinrent plus obstinémont h la juridiction, prirent le
dèrent le reste. Le pouvoir des châtelains ou starostes fut déterminé; aussi, leur fonction entra irrévocablement au nombre des fonctions terrestres, d'autant plus que Fesprit civique y trouva des récompenses pour le service rendu à Tétat. Le civisme aimait le faste; on voulait réserver au chef souverain tous les titres et toute la pompe royale ; il sépara, à cet effet , de l'état un revenu trés-considérable pour I e soutien de la dignité de sa majesté, mais il destina la ptupart des starosties et des ténuts , c'est-à-dire des bénéBces moins considérables et petits à ceux qui avaient bien mérité , panis bene mereniium.