‹ Histoire de PologneChapitre 196 sur 369 · HUMILIATION DE LA BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

HUMILIATION DE LA BOURGEOISIE

Une séparation terrible était achevée et la force resta auprès delà noblesse. Vainement quelques efforts cherchaient à remédier au mal en proposant un code commun qui aurait pu placer la question sur le point de coéquation (175). Alors les savants bourgeois recommandaient pour le code commun aux nobles et à la bourgeoisie, la loi teutonique et la loi romaine, considérant les statuts nationaux comme vicieux et barbares. Malheureusement la loi teutonique était toujours étrangère , la noblesse avait pour elle une aversion décidée. Faire de semblables propositions , c'était blesser toutes les susceptibilités de Tordre équestre qui répétait que les lois nationales , instituées dans le but de conserver Tégalité mutuelle de la noblesse , ne pouvaient être remplacées par des lois hétéro-

(*) Déjà, en 1518 , un privilège considérait la ville de Krakovie comme incorporée dans l'ordre équestre, et assurait aux échevios (raïce) l'ancienne prérogative de participer à toutes les réunions nationales, tant spéciales que générales.Un décret de 1521, proclame: licetdejure et consuetudine prœconsul cum consulibus aimas civitatis Cracoviensis ad omnes conventus générales regniper nos et antecessores nostros specialiter litteris consveverunt vocari. Cependant, en 1537, les nonces, prétextantes quasdam causas , essayèrent d'expulser même ces représentants bourgeois de la capitale. Sigismond, en 1539, rappela que Krakovie possède : contra mores aliarum civitatum, le dioit politique ; il renouvela en 1543 le privilège, proclamant que, cives Cracovienses pro plebeis nonsintcensendi. La confédération de 1586 confirma à plusieurs capitales, vocem positivam tam eligendi régis et marschalcarum nuntiorum terrarum, quam consolendi debono reipublicœ.

(175) At mihi quidem videtur, dit encore, vers 3 450, le baron Ostrorog (congestum 11,9), in uno eodemque jure nos omnes regnicolas posse etdebere versari.

gènes (176) , encore moins pouvait-on penser à les remplacer par quelques autres: d*nn autre côté , selon la pensée de nationaliser tous les éléments que Tétat enfermait dans ses limites , on voulut donner un code national à la bourgeoisie , conforme aux statuts terrestres. Tel a été le plan de la rédaction de Slivnicki. Mais ce beau projet ne pouvait avoir de succès. La noblesse elle-même n*était plus disposée à admettre à ses prérogatives une classe qu'elle allait humilier. Elle statua , qu'un noble qui abandonne ses armes et l'agriculture pour s'adonner à de vils métiers est privé de la noblesse (177] ; elle arrêta que quiconque ,à lamanière des bourgeois , mesure avec l'aune , pèse avec la livre, perd sa noblesse (178). Cette maxime (qui n'avait pas été soulevée , avant cette époque) , abaissait la condition de la classe bourgeoise d'autant plus que la profession deskmetons, celle de l'agriculture était avouée honorable. Mais les lois décrétées par la législation nobiliaire , et les mesures prises par les autorités terrestres , ne pouvaient sitôt affaiblir la force des pri?ilèges, ni réprimer l'activité de la bourgeoisie. Les corps de métiers et les confréries , les étapes, les marchés et les foires se soutenaient selon les chartes , dont la vérification était si pénible pour la réorganisation de la république du temps de Sigismond- Auguste. La juridiction privilégiée des villes n'omettait aucune occasion de faire connaître de fait la loi teiitonique aux nobles, défaire sentir à l'ordre équestre toute sa vigneur.ElIe faisait pendre au gibet , ou décapiter les nobles criminels qui tombaient dans son pouvoir ; elle arrêtait les débiteurs et perturbateurs. Dans les affaires civiles la loi terrestre se rencontrait fort souvent avec la loi teulonique qui empiétait sourdément sur la loi nationale. La douane et les péages , la pro-

(176) PolonaB leges ad conservandam œqualitatem mutuam nobilium comparatdd ex exoticis suppleri non possunt (Piasecki, p. 449).

(177) Ck)ntaminatur etiam etabdicatur quodammodo, si quis, desertis mihtiœ et agricuUursB studiis , sordidum quaestum faciat arte mechanica, vel tenuiore et minutioribus raensuris ac ponderibus utente meroatura et cauponatione (Kromeri descr. Pol).

(178) Slachciepoki lokciera mierzy, a funtem vazy, traci slachectvo (Stat. litevski 1562).

nr. DÉMOCRATIE NOBILIAIRE. H5

pination, les laxes et les prix d«s marchandises occasionnaient des contestations. Des collisions, des tracasseries, envenimaient cette lutte partielle qui continuait sur tous les points de la république entre les bourgeois et Tordre équestre. Plus la noblesse devenait puissante » plus la lotte devenait inégale. La république florissante et paissante y semblait être à l'abri des incursions de Tennemi ; le plus grand nombre des villes mal bâties construites en bois , restaient ouvertes en sécurité, fians défense , désarmées , occupées du commerce et d'une -petite industrie , ne pensant guère au besoin de défendre le pays les armes à ia main , et n'étant nullement façonnées à tenir face aux ennemis. La bourgeoisie , délaissée parles règlements et les ordonnances de la législation terrestre à la merci des starostes , courba sa tète altière et se soumit graduellement à toutes les humiliations et vexations. Des starostes savaient particulièrement rabaisser et avilir les magistrats du plus grand nombre des grandes villes , des capitales des provinces qui se faisaient respecter et savaient mieux •faire valoir leur droit.

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