IV. PERTURBATIONS
bourgeois qai ayaieot leurs privilèges et leurs droits de brassage (367). Tout ce monopole n'éuit pas le partage de la petite noblesse, qui était plus pauvre, plus indigente que les paysans, ni de celle qui possédait des fortunes noodiques , de petits hameaux ; mais c'était l'avantage des propriétaires des domaines plus considérables, et particulièrement des seigneurs plus opulents et des starostes, qui tenaient et administraient les biens nationaux et retiraient toute leur richese de la sueur du bas-peuple, pour faire cette ostentation trop fameuse de prodigalité sans mesure et de luxe exorbitant qui dissipait l'or et l'argent avec une folle profusion. Le peuple ne pouvait penser à sortir de sa pauvreté, il devait plutôt craindre de toinber dans l'indigence et dans un afiTreux dénuement. Aussi, le tableau de la misère des] ménages des paysans ne s'améliore point. Les maisons des paysans de ces temps-là sont de pauvres cabanes, couvertes de chaume, bâties d'arbres chevillés, et pour la plupart , n'ont qu'un seul poêle où sont avec eux les vaches et les chevaux, ou du moins, les veaux, les moutons qui y sont de peu de goût, les pourceaux et les poules. Ils ont de misérables lits, leurs enfants couchent sur la paille et sont le plus souvent nus et sans chemise, à cause de leur pauvreté; mais ils ont à foison de quoi vivre en toute saison (308). Ils ne boivent point de vin , mais de la bière dont ils font tous (les bourgeois) chez eux, une ean-de-vie, capable de Tôter aux étrangers qui en boivent, tant elle est désagréable. Ils ont encore une autre boisson nommée medon (hydromel), composée de miel et d'eau bouillis ensemble , mais il est difficile d'en trouver de bon si ce n'est en Russie, en Podolie et en Litvanie. Ils ne boivent de vin qu'aux bonnes fêtes, et je crois qu'on les verrait tous ivres, comme jadis les sauvages des forêts, si l'on en faisait des fontaines ou des réservoirs publics (369). d
(367) Les descriptions naïves et sincères de tous ces monopoles , se trouvent dans les satyres de Christophe Opalinski publiées pour la première fois en 1652. On y trouve beaucoup d'autres notices sur les mœurs de ce siècle là.
(368) Aussi la législation polonaise ne s'arrête nulle part sur la nécessité de nourrir les paysans par leurs seigneurs flans les temps de fa mine, comme l'a fait le statut de Litvanie.
Laboureur, vol, II, p. 107.
133, LBS VOTAGEVltS ST LES Bni.ITAIRE8 S'ALOCSNTENT CHEZ DES PAYSANS.
Il faut parler encore des voyages dé la noblesse qui deyait^ saiyant Topinion des étrangers , rainer beaucoup la situation des pauTres paysans. Cette question très-rmportante dans les premiers temps des flSistes nationaux (370), ne cessa d'affecter les paysans comme l'effet de l'antique hospitalité, de la communauté de tous les objets pour le service public; et comme résultat de l'état social et du degrédelaclrilisation matérielle du pays. Primitivement, comme nous Tavons vu, la cour, les seigneurs, les fonctionnaires, dans leurs courses continuelles, voyageaient aux frais des habittnts plus fixement domiciliés. Leurs rapines furent arrêtées, et les lagellons , dans leurs tournées fréquentes, payaient partout leurs visites, aussi bien que la noblesse de Pologne. Enfin , les postes mieux organisées facilitaient les communications. Le pays étant mieux peuplé^ en voyait plus d'auberges, et 11 y en avait plus en Pologne qu'en Litvanie. Aussi, sous les Vasas, la cour , malgré l'empressement d'hospluiité et d'ostentation , trouvait moins d'invitations en Pologne qu'en Litvanie, où la noblesse se fai* sait un devoir de régaler les princes et leur suite an passage , chacun dans ses terres; on n'avait besoin que d'un lit et d'un charriot pour charger les provisions dont on accablait les voyageurs ; tous les équipages vivaient aux dépens du seigneur chez lequel on passait, et ce seigneur allait môme andevant de la cour pour la régaler (371). On y comptait pour rien ces dépenses. L'ordre équestre, en Pologne et en Litvanie, se trouvait toujours obligé à des courses continuelles , tantôt en se rendant aux élections , aux diètes , aux diétines , aux tribunaux on autres audiences juridiques , à différentes assemblées; parfois on se visitait mutuellement d'un bout à l'autre de l'empire. En traversant le pays spacieux, en évitant les désagréments des cabarets incommodes , les voyageurs faisaient honneur au noble du village s'ils allaient chez lui où il les régalait selon sa condition. Ces voyages établissaient des
(370) Voyez ci-avant, chap. 16, 25, deaos considérations.
(371) Daleiac, anecdotes sur laPol., vol. Il, p. 304.
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relations plas nombreases^ et TancieiiBe hospitalité ne cessait de répondre cordialement et avec eflfusion à eette familia* rite (972). En Samogitie» où la liberté primittye du peuple était moins affectée qa'aillears» les seigneurs se Toyaient oÛigés d'aller visiter les paysans qui demandaient sincèrement à les régaler dans leura chanmières. Anssi , dans tonte la Pologne et dans tonte la Litvanie» les paysans n'osaient refuser aux voyageurs Feutrée de leurs calMines. Le noble , quand il voyage ( dit l'étranger qui observait cette coutume) , entre dans telle maison de paysan qu'il lui plaît , lui et sa suite y boivent et mangent s'ils veulent de ce qu'ils y rencontrent ; ils y logent avec tant de chevaux et renouent le reste aiee leur suite diez d'autres ; mais cela se lait sens vexation » car ils BPrtent leurs lits dans le charriot qui le» suit» ils portent aussi du vin, et ont toujours provision de ohair salée ou fraîche et de confitures; il ne faut point même , quand ils n'auraient rien, qne l'hôte coure chercher de quoi les traiter; ils mangent de ce qu'il a, et même ils ne le découchent jamais , ni pour eux, ni ponr leur snite à qui la paille sert de lit (373)* Au reste, tout ce qu'ils y prennent, ils le paient. On bénissait maintes fois des voyageurs généreux. Mais ce qui était ré-, serve au bon plaisir de tous et de leurs cortèges, pouvait trèsfacilement dégénérer en abus et produire des rapines, ce qui ne manquait point d'arriver pour le malheur du peuple, surtout au moment de guerre ou de mouvement militaire , lorsqu'on soulevait Tantique maxime établie jadis par le haut clergé que tout est licite, qu'il n'y a pas d'injures pour le salut de la patrie (374). Or^ les nobles , guidés par cette haute maxime, se rendent à Tarmée avec peu de frais ; autrement , ils ne le pourraient pas, vu la grande étendue du pays , ou bien ils iraient avec moins de train qu'il n'est besoin pour leur condition, et le peuple porte patiemment ce joug, parce que c'est une très-ancienne institution (375). Mais, par l'application de l'ancienne maxime , un autre fléau commença depuis
(372) Labour, vol. II, p. 47.
(373) Id., f6td.
(374) Voyez ci-^dessus chap. 25.
(375) Laboureur^ vol. II, p. 47.
quelque temps à accabler une grande portion du peuple , résultat du désordre et de la mauvaise direction des finances. C'étaient les ligues soldatesques formées à Toccasion du salaire arriéré. Les révoltés, avant d'être satisfaits, se cantonnaient dans les domaines royaux et dans ceux du clergé, donnant pour raison, aussi anciennement établie, que le clergé , libre d*impôt et de service militaire, devait concourir avec sa fortune dans les moments de manque et de disette. Or, la fortune du clergé fut exploitée et pillée ; le paysan y était en butte à la rapine et à la déprédation. Les seigneurs disaient (fu'tls protégeaient leurs sujets, qu'ils les conservaient exempts des tailles et des charges qui pèsent sur les paysans des pays étrangers, qu'ils doivent par conséquent supporter le joug qu'ilsleur ont imposé et qui est absolument nécessaire ; sans cela, le paysan serait trop riche et trop superbe , et peut-être entreprendrait-il de se mutiner (376). Telle a été Tétourderie inhumaine de la classe dominante. Cependant, plus les mesures sévères sévissaient, plus l'oppression s'aggravait, et plus l'esprit du peuple se disposait à la révolte, et les menaces, les présages des publicistes et des prédicateurs allaient se réaliser.