LES SEIGNEURS EXPLOITENT LES PAYSANS PAR DES MONOPOLES
Il est probable que depuis l'augmentation des charges et du travail, il y a cent ans (vers 1500 et 1560) ^ on se ralentit sur ce point sans vouloir les faire remonter à la hauteur de la Litvanîe, mais avec la croissance de l'arbitraire, de nouvelles sources d'exploitation furent retrouvées et épuisées jusqu'à la dernière goutte. La noblesse s'était réservée le sel des mines de Vieliczka à un prix qui ne couvrait point les dépenses de sa fouille (366); elle prenait en proportion des possessions terrestres dans lesquelles elle établissait son commerce domanial en vendant ce sel à prix élevé aux paysans et à tous les gens du domaine ; il était même défendu aux paysans d'aller chercher le sel ailleurs y et le maître, marchandant l'objet de la première nécessité, calculant combien chaque paysan pouvait consommer dans son ménage, forçait chacun de prendre chez lui la quantité proportionnellement déterminée. La noblesse faisait le même trafic avec des harengs qu'elle faisait venir de Dantzik où elle exportait son blé. Les paysans furent soumis à la même opération commerciale pour différentes autres denrées et marchandises que leurs ménages et la culture des champs rendaient nécessaires. La noblesse qui avait en aversion Te commerce établissait un trafic domanial qu'elle dirigeait par ses gens et les juifs. Ces derniers se chargeaient particulièrement des boissons, car ils fabriquaient l'hydromel, l'eau-de-vie, la bière, pour le compte des seigneurs et les vendaient au prix fixé par le seigneur. Si leur fabrique ne suffisait point à la consommation locale , le seigneur achetait ailleurs, et les juifs vendaient pour leur profit commun avec le seigneur, car aucune autre 'boisson que domaniale ne devait être ni fabriquée, ni vendue dans les biens des seigneurs. Il arrivait à ce sujet beaucoup de controverses avec des
(366) Les nobles de la grande et de la petite Pologne reçoivent chaque année 47,299 tonnes de sel, qu'ils peuvent faire exporter pour leur usage et celui de leurs sujets, dont ils ne payent que quatre florins de Pologne par tonne, quoique chaque tonne coûte 1% florins d'exploitage (BUching. géogr., t. II, p. 601, 602).