‹ Histoire de PologneChapitre 310 sur 369 · LA GAUSB KOZAKB, SUBORDONNÉE A l'INTÉBÊT NOBILIAIRE · texte numérisé non relu

LA GAUSB KOZAKB, SUBORDONNÉE A l'INTÉBÊT NOBILIAIRE

Lorsqu'il y a vingt ans; on demanda en 1632, au nom des kozaks, le droit de suffrage dans l'élection du roi, il ne s'agissait que d'anoblir quelques milliers de francs guerroyeurs^ L'esprit de corps de l'ordre équestre s'en offensa, sans prévoir que vingt ans plus tard , il aurait plus d'embarras avec une masse plus considérable dont le nombre devenait indéterminé.

Après les premières irruptions des kozaks , les commissaires de la république qui allèrent à Périaslav, conclure une convention avec les kozaks , y virent leur extrême exaspération. Ils étaient glacés d'horreur à la vue des scènes affreuses qui se présentaient devant leurs yeux. Les têtes des captifs enterrés jusqu'au cou, fauchées par le peuple qui voulait venger la mort de leurs anciens chefs, empalés , pendus , tourmentés d'insomnies, venger ses propres affronts et les fers qu'il brisait. Mais les kozaks protestaient plus tard que ce n'était pas eux qui faisaient do mal à la noblesse ; ce sont vos propres sujets qui vous outragent , qui vous assassinent, disait aux nobles Kravczenko , envoyé de Chmielnicki. Bien qu'ils désavouassent l'emportement des paysans , de même ils séparaient leur propre cause de celle du peuple; cependant , dans ces premiers moments d'exaspération, l'esprit kozak ne fraternisa guère avec la noblesse et ne pensa pas à l'anoblissement et au droit de suffrage. A Périaslav, le 19 février 1649 , on ne parla que des prérogatives kozakes, que delà quantité des miliciens.

de leurB franchise») de leurs armes et de leur hetman. Peu de jours après, Ghniielnicki demanda de faire évacuer les ioifs et les jésuites de toute rUkraîne, d'y abroger Vunion deBrzésc, et de ne confier de fonctions dans cette province qu'aux désunis. Aussi, la convention de Zborov, du 19 août 1649 , régla les mêmes conditions; elles stipulaient que les écoles seraient établies pour les kosakSyCtque celles des jésuites ne pourraient y exister; que dans toute l'Ukraine, jusqu'à la rivière Horin,Ia religion dominante serait du rit non-uni; enfin quetbutes les fonctions et dignités seraient réservées à des non-unis, et que les évéques non-unis prendraientleur place au sénat. La défaite des kozaks ne faisait que modifier ces conditions par la convention de Berestokcer, le 28 septembre" 1651. Par celle de Zvaniec, où, en 1653, les Kozaks sont de nouveau triomphants, les conclusions de Zborov sont rétablies. Or , elle ne parlait que de la religion et des fonctions nobiliaires, les conventions de Zborov et de Zvaniec, n'étaient qu'en faveur du schisme et des seigneurs schismatiques ; les kozaks n'y gagnaient rien, rien que le nombre d*enrôlement, môme aucune garantie pour leurs prérogatives ; le schisme une fois admis au civisme par Kintermédiaire de l'aristocratie , fraternisant avec l'esprit de corps de la noblesse, pouvait à l'avenir rétirer sa protection à la population libre, mais non-noble. Les kozaks ne servaient que d'instrument à cette lutte des principes ennemis qui déchiraient la république dans le cercle de Tordre équestre et de son aristocratie. La question civique, avancée il y a vingt ans en faveur des kozaks , fut assoupie, tant par la starostie de Czehrin accordée à Chmielnicki , que par la promesse des charges aux nobles schismatiques , et par des chaises curules destinées au clergé schismatique. Il est probable que pour les Zaporoges, liabitants des cataractes sauvages , le civisme était indifférent, ma1s*ponr les kozaks , propriétaires des fortunes terrestres depuis bien des générations , le droit de citoyen était de la plus haute importance. Mais la première commotion changea tout-à«fait leur situation ; leur nombre se coufondit dans la masse des nouveaux venus et leur prétention fut noyée dans des secousses convulsives qui devaient biei%t6t4érhirer la nouvelle nation des kozaks. En effet, la guerre avec les kozaks fut ramenée sur le même point qui déchirait en

méitie temps la république dans ses provinces occidentales et. septentrionales. Dans la Pologne et dans la Lituanie, les dissidents combattaient pour leurs prérogatives et pour la liberté des cnltes; la question sociale ne les remuait point, les bourgeois demandaient qu'il leur fût permis d'exercer publique- . ment leurs doctrines, et les nobles non-catholiques cherchaient k recouvrer la jouissance du droit de citoyen.

145. LES KOZAK.S SE RETIRENT DE LA POLOGNE ET s' OR- GANISENT EN NATION.

Dans les premières irruplions des kozaks , les éléments sociaux, leur donnaient de la force; dans les suivantes, les principes politiques les secondèrent encore, mais dès que les uns et les autres furent épuisés et renvoyés de leur cause, ifs faiblirent. Chmielnicki, de retour de sa première expédition, ramena quatre fois autant de monde qu'il en avait , mais ce nombre grossissant encore n'augmentait pas beaucoup ses forces. La manière de guerroyer comprise par les kozaks n'é* tait point de nature à conquérir, à subjuguer; la déprédation et l'extermination marquaient ordinairement leurs marches et leurs retraites ; ils couraient et se battaient en ra^e campagne ; ils rfe s'arrêtaient que pour assiéger le camp ennemi (394). Ce n'est que par surprise qu'ils, emportèrent quelques vilîes, ou ils occupèrent celles qui leur ouvrirent leurs portes par sympathie pour leur culte et pour leur idiome. Tontes les villes, toutes les places les moins fortifiées leur ré- ♦ sistent, et rarement ils essaient d'attaquer sérieusement le moindre château. Chmielnicki, bien instruit dans l'art militaire (395), ne pouvait élever leur tactique, et mailgré la grandeur du chiffre de ses guerriers, car il comptait près de 200,000 combattants, il ne se voyait ni plus fort ni plus puissant. Les sympathies de la classe laborieuse de la république

(394) Les noms des chefs kozaks qui se sont distingués da temps de Bôgdan Chraielnicki , sont : le cruel- Krzivonos , Michnenko, Hotata, Neczaï, Bohun, Pedubaïk) (Litvanien), Nebaba. Krziczévski, gentePolonusnonignobilistirpe ortufi, etc.

(395) Bdgdan Chmielmoki, rei militaris peritus, in litterarum sludiis versatQs (Pastorius),

s'affaiblirent, et les élaos pour courir les chances des révoltes locales ou des fatigues de la guerre éloignée s'apaisèrent après tant de malheurs et de yengeances que la noblesse fît souffrir à des villes et campagnes rebelles. Ghmielnicki ne pouvait plus compter sur ce secours fraternel. L'assistance des Tatars ne fut non plus ni certaine, ni suffisante, et bientôt les événements le prouvèrent lors de l'invasion des Suédois, des Brandebourgeois, desMoskovites et des Transylvaniens qui, simultanément, inonda la république. Les Tatars, par tant de relations fraternelles avec le génie de la république, épouvantés de l'excès des malheurs, s'abstinrent de leur propre mouvement de toutes les démarches hostiles, menaçant les kozaks mômes de les arrêter s'ils osaient attenter à leur patrie au moment des calamités. Le peuple laborieux fut saisi du même sentiment de pitié pour le comble de la désolation de son ingrate patrie» Il n*y avait à cette triste époque que la noblesse et une mince partie de la bourgeoisie qui, partageant les partis discordants, s'entr'égorgaient sous les ruines de leur pays. Les kozaks eux-mêmes, retirés hors de la république , n'intervenaient plus avec leur animosilé précédente. L'incursion de Ghmielnicki, en 1655 , jusque sous les murs de Leopol , décela déjà la faiblesse et l'abattement, et le traité stipulé entre les Tatars et Ghmielnicki, en 1656, à leziérziszczé , garantit la république des irruptions des kozaks. Ghmielnicki, appréciant de bonne heure l'affaiblissement de son peuple , entreprit de l'organiser et de lui assurer un appui. Les steppes des palatinats de Kiiov et de Gzerniechov , qui s'étendaient à Torientde Dniepr, étaient encore déserts. Depuis Periaslav jusqu'à Putivl, première station et ville moskovile,il n'y avait ni bourg, ni hameau, ni titre de propriété nobiliaire. Ghmielnicki, ramenant du fond de la Pologne un peuple nombreux de plusieurs 100,000 hommes, lui distribua ces terres qu'il commença à cultiver sous le nom des kozaks. On y bâtit des hameaux et des bourgs, les familles se forment, la nation des kozaks s'organise. Quiconque s'y établit s'incorpore aux kozaks, devient russienetadhèreaurit non^'uni. Les institutions républicaines toutes démocratiques se règlent; les assemblées, les élections nationales, les autorités représentatives sous la souveraineté de l'égalité commune tout à l'instar de la repu-

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