‹ Histoire de PologneChapitre 32 sur 369 · Fin de la confédération de Bar · texte numérisé non relu

Fin de la confédération de Bar

Désormais la diplomatie poursuivant ses complots contre la Pologne, s'efforça de montrer de l'aversion pour la confédération de Bar. Le projet dn démembrement s'accréditait dans l'opinion publique. Un abattement glaça le sentiment national. On ne voyait qu'une triste issue de tous les eff(»rts, on prenait de la répugnance contre les confédérés, on considérait leur dévoûment et le reste de leur courage avec frayeur. Le nombre des confédérés commença à diminuer. La généralité reçutordre dequitler la villedeTeschen où elle s'était transportée d'Epéries depuis peu de temps. La paix entre la Russie et laTurquie allait être bientôt conclue, et les espérances de ce côté s'évanouissaient sans retour. Les confédérés perdaient l'asile qu'ils avaient naguère dans les états de l'Autriche et de la Turquie. Le 3 février 1772, ils surprirent, à l'aide des officiers français, le château de Krakovie, mais bientôt, le 22 avril, ils le perdirent. Les armées autrichiennes en violant le territoire polonais portèrent leurs pas agrès-

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seurs dans son intérieur. Elles occupèrent le 6 juin, Landskron, le 20 du même mois Tiniec, et s'avancèrent jusqu'ea Volynie. D'un autre côté, les troupes prussiennes inondèrent plusieurs palalinats de la grande Pologne et de la Prusse polonaise. Il fallait justifier une conduite aussi étrange et chercher à couvrir leur inique invasion de quelque apparence spécieuse; dans ce but, des dissertations érudites fabriquées pour les circonstances furent publiées afin de prouver la validité des droits de TAutriche et de la maison de Brandebourg sur les pays dont elles allaien t s'emparer.La complicité des deux au très puissances avec la Russie pour écraser les confédérés devenait notoire et ne réservait à ceux-ci aucune chance possible. Dans ces conjonctures accablantes, le héros de la confédération, Razimir Pulaski, apprenant le sort du château deKrakovîe et l'accord des trois puissances, choisit quatre cents des plus dévoués à la cause et les engagea à quitter Czénstochova et à partir le plus tôt possible; lui-même confia à trois officiers le moment de son départ, se sépara en répandant sur eux des larmes de dévouement et laissa une lettre d'adieux à sa garnison* On y comprit sa pensée. Maître du château de Krakovie, Souvarov amena de nouvelles troupes sous Czénstochova. Les assiégeants voulaient remettre la place aux troupes nationales et se soumettre au roi. Ils repoussèrent trois assauts, avant que Tordre positif arrivât de Varsovie de la part du roi Stanislav-Auguste de rendre la forteresse aux Russes. Elle fut donc évacuée le 15 août 1772. Pulaski courant mille dangers, partit enfin pour rAmérique, où il périt glorieusement près de Savanah en combattant pour la liberté (28). Bonkovski,Vielichovski, Mazoviecki, résistèrent encore plusieurs semaines après la soumission de Czénstochova, jae pouvant se persuader que le terme de la confliJération fut arrivé : ils disparurent les derniers de cette lutte prolongée. Les autres confédérés n'étant plus soutenus \yùT aucune espérance, épuisés, se débandèrent plus tôt allant se cacher dans les régions dévastées de la Pologne, ou fuyant leur patrie pour se dérober à la poursuite de

(23) Eazimir Pulaski naquit en 1747 , périt en 1779, prés de Suvanah, où les Américains ont érigé un monument en son Lonneur.

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Fennemi. Tant de dévoûment, tant de sacrifices, tant de sang versé, tant d'espérances trahies, furent le résultat de la confédération de Bar qui illustra la faiblesse et Tinanition de l'état; et lorsque d'un côté, ceux qui ne purent échapper à Tesclavage furent poussés à peupler les contrées glaciales de la Sibérie, les autres, comme émigrés, portèrent au loin leurs plaintes, et toutes ces victimes transmirent le nom polonais àTadmirationdu monde entier. Le valeureux Zaremba, jadis la terreur des Russes, se trouva le seul des confédérés, qui fléchit et s'avilit jusqu'à demander pardon et protection aux vainqueurs.

T. Mète eilraordioaire de

69» Le démembrement déclaré*

Le calme s'étant rétabli, le projet du démembrement ne tarda pas à être officiellement déclaré. Le prince Henri, frère du roi de Prusse, s'arrogeait le mérite d'en avoir donné la pre^ mière idée. Son voyage à Pétersbourg, en 1770, n'avait d'autre but que de la communiquer aux Russes parmi lesquels Tchérnichéf était d'avance de son avis. Le cabinet de Pétersbourg parut d'abord s'opposer à son exécution, à cause de l'opinion contraire de Panine, qui jouissait alors d^une grande influence auprès de l'impératrice. Saldern, favori de Panine, était aussi du nombre des opposants Cependant, lorsque Catherine II commençait elle-même à approuver le démembrernent , il n'y eut que le seul' Panine, dans le conseil, qui s'y opposa ; et cette question ne fut définitivement résolue par l'impératrice , que lorsque l'ambassadeur d'Autriche, Lobkovitz, arriva à Pétersbourg en avril 1771. Alors, malgré l'opposition opiniâtre de Panine, Catherine II, prenant sur elle la responsabilité de cet acte, donna son consentement décisif au premier démembrement de la Pologne. Le manifeste déclarant la convention des trois cours, parut sous la date du 13 janvier 1773. Frédéric II fit valoir ses prétentions historiques et le dédomma-

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gemcnt des dépenses diplomatiques qu'il avait faites en faveur de la Pologne , pendant la guerre de la Turquie. D'ailleurs il lui fallait une acquisition' quelconque pour effectuer la jonction de ses possessions disséminées et les arrondir convenablement. L'Autriche, après avoir donné, la première, l'exemple fatal, par l'envahissement delà starostie de Spiz, se croyant aussi suffisamment autorisée par ses éruditions historiques , n'empêchait pas l'exécution des vues et des intérêts de la cour de Berlin , d^autant plus que celle-ci voyait avec indifférence l'empiétement de l'Autriche poussé jusqu'en Podolie ce qui dérogeait même à la convention des trois cours. (29). Réciproquement la Prusse n'avait éprouvé aucune opposition , lorsque sans égard à la convention, elle s'était étendue des deux côtés de Notée (30). L'impératrice de Russie, préoccupée depuis tant d'années de sa domination en Pologne, fatiguée de tant de désagréments et de contrariétés, ayant cédé aux exigences de

(t9) « Les Autrichiens {à\t le roi de Pmsse, Frédéric IL dans se$ mémoires, pour se disculper de ton propre brigandage), en atmsant d'one carte peu exacte de la Pologne, ayant confondu les noms dedeox rivières, le Zbrucz et le Podbonèc (dont ils défigurent le nom), avalent sons ce prétexte étendu leurs limiles bien au-<lelè de ce qui leur était assigné par le traité de partage. » Ils avançaient toujours vers TOrient en cherchant leur rivière et ils.ne s*arrétérent que lorsqu'ils se furent trop rapproché de Kamieniec-Podolski, qui ne devait entrer sous aucun tUre dans leur partage. C'est ainsi qu'ils se sont emparés d'une grande jjarlic de la Podolie qu'ils prétendaient ne pas posséder.

(30) L'ambassadeur de Prusse à Varsovie disait : « Les eaux appar- Llentii nt à mon roi lorsque le Nolec déborde , par conséquent les terres inondées, lorsqu'il est rentré dans son lit. a Par suite de ce raisonnement on établit que le fleuve pouvait déborder à une distance dç dotize milles (plus de 30 lieues), même par-dessus les montagnes. — A h prière de la femme du général Skorzevski, le conseiller prussien Ilronkenhof, son ami, enclava ses terres avec 2000 habitants, dans le Icrri Loire prussien, et Frédéric II permit ce nouvel acte arbitraire. Bien plus, en février 1775, le roi donna l'ordre de reculer Insensible^ mr^nl ses frontières et réunit ainsi à son royaume 46,000 habitants; puft l'année suivante encore 18,000 , avec des villes et villages. (Reumer, chute de la Pologne.)

deax coarsy n'osait plus s'opposer aux spoliations qu'elles voulaient commettre. En effet la Russie voyait échapper à sa politique des portions très-considérables et précieuses de ce pays, elle même ne se mit en possession que de la Russie blanche, à titre simple de compensation pour les frais de la guerre soutenue contre les Polonais confédérés; et en même temps lesdeux cours de|Rerlinet de Vienne assurèrent positivement i celledePétersbourgqu'ellepourrait jouir librement de son influence dans les affaires intérieures de la république, et qu'elle serait en droit de donnersa garantie à la constitution qui y serait établie.

50 Protestation.

Les trois cours co-partageantes, pour arranger leurs affaires avec la république, expédièrent à Varsovie leurs plénipotentiaires respectifs : Revitzki, envoyé pour FAutriche , Benoît, pour la Prusse, et Stackelberg, pour la Russie. On peut juger de Tétat déplorable de la république, par les événements antérieurs et les plaintes qui s'élevèrent à la face de l'univers, au moment de l'arrivée des plénipotentiaires. Le reste des confédérés, réunis à Braunau en Bavière, loin de leur patrie qu'ils fuyaient, firent leur protestation et l'envoyèrent auprès de toutes les cours de l'Europe. Stanislav-Auguste lui-même, profondément touché de l'abaissement de la nation , les imita et expédia les siennes de Varsovie. L'ancienne république, victime de l'insouciance de l'Europe et de sa propre faiblesse, énervée et privée de la faculté d*agir, allait encore éprouver une longue suite d'humiliations et d'outrage.^. On allait exiger qu'une diète sanctionnât cette première spoliation, et on prépara tout pour l'obtenir. On peut dire qu'aucune époque de l'histoire de ce pays malheureux ne se présente sous des couleurs plus noires; époque scandaleuse , décelant une dépravation effrontée , une dégradation hideuse. Toutes les sommités sont vénales, rapaees, .insatiables ; il règne une corruption effroyable. Mais si dans de pareilles circonstances il se trouve des hommes assez vils, açsez méprisables, pour être prêts à se constituer les instruments de Fopprobre et de l'ignominie, il est du moins

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