IV. PERTURBATIONS
nacée, qu'elle même donnait des armes aux meneurs et aux perturbateurs. L'amour de la liberté ne s'effrayait cependant pas du danger qui pouvait en résulter, sachant que le repos est incompatible avec elle. On aimait mieux une liberté turbu-
• lente qu'un esclavage tranquille (463). Mais pour éviter ce dernier, on ne savait plus repousser les éléments contraires à la liberté, ni les combattre, ni les neutraliser. Une méfiance terrible pour la majorité, des doutes dans les forces qui devaient conserver les institutions , un sentiment de l'impuissance, avait recours plus que jamais à la voix foudroyante de la minorité. En admettant que la cause de celui qui s'oppose, qui empêche, est meilleure (464), on exigeait tes décisions
^sans contradiction , ce qu'on nommait obtenir à l'unanimité (465), le veto arrêtait toute activité. Le nonce qui so portait à cette extrémité, rédigeait un manifeste, y exposait ses motifs, demandait la réparation du tort que la liberté ou les institutions supportaient (466). Mais comme nous avons dit que les plus belles théories de liberté et de l'égalité mises en pratique dans les ornières de l'ordre équestre, et toutes les manifestations populaires, ont subi une défîguration hideuse, furent sujettes à des abus monstrueux et exploités par le principe contraire au génie de la république de même les diètes furent saisies de ce mal. Tous les partis exploitaient les formes à leur avantage , luttant entre eux sur le môme terrain, avec les mêmes armes, ils s'épuisaient et traînaient la république vers le tombeau. Le peuple nobiliaire, pour la plupart
(463) Malo periculosam libertatera, quara quietura servitium, s'écrie Raphaël Leszczinski, lorsque sa vie et son honneur sont menacés [œuvres du philosophe bienfaisant, t. II. p. 204, etc.] — In libertate labor, in servitute dolor, répétait-on en Pologne. — Le repos et la liberté mo paraissent incompatibles , il faut opter , dit de son côté le philosophe de (jenève {Considérations sur le gouvernement de Pologne, chap I).
[464] Melior causa prohibentis.
["465] Nemine contradicente. — L*excIamation zgoda, d'accord , r6 pondant à trois demandes du maréchal, décidait.
[466] Veto, sisto activitatem, niepozvalam, nie ma zgody, arrête la décision. On laisse le temps à la réflexion, si l'opposant persiste et proteste, la rupture est déclarée.
sans iostruçtion, à peine endoctriné du latin jésuitique, abruti et dépravé, indifférent, pourvu qu'on le laisse conserver et cultiver librement son champ, facilement égaré et trompé» mauvais électeur , choisissait de mauvais représentants , auxquels on reprochait l'ignorance et la vénalité. Ils criaient avec leurs commettants contre les troupes étrangères qui inondaient le pays, contre les intrigues qui trahissaient leur patrie, mais ilsnepoursuifaient etne livraient point à la vindicte ces scélérats qui ouvraient les portes aux étrangers, et qui les invitaient (467). Certes , c'est un triste spectacle que cet affiaiblissement du sentiment et de l'énergie nationale déroule devant le scrutateur de l'humanité, mais il est affreux d'arrêter l'attention sur ces sommités titrées, décorées, poudrées , égoïstes, corrom-* . pues par le cosmopolitisme ; amollies, avares et vénales, qui, sous régide de la liberté illimitée, se servant de formes ré* publicaines, commettaient les plus vils forfaits, s'entendaient avec les étrangers ennemis, complotaient avec eux pour organiser les plans de la destruction de la république pour imposer leur propre prépondérance ; qui s'honoraient d'avoir des pensions viagères des ennemis pour le service qu'ils leur rendaient , d'être salariés et honorés de cadeaux , de présents de ceux auxquels ils rendaient hommage en avilissant leur propre nom, et en immolant leur patrie. Le prochain règne de Stanislav Auguste , décela les traîtres exécrables déjà nombreux sous Auguste III, et voua leurs noms à la malédiction des générations futures. Bien des écrivains de notre temps se sont emportés beaucoup contre le vice des institutions de l'ancienne Pologne : à leur opinion , c'était un libertinage politique, même le philosophe de Genève, frappé des hautes idées qui y surgirent, qui lui arrachèrent l'aveu d'admiration, s'étonne comment a pu exister si long-temps un état si bizarrement constitué, où, tous les mouvements, presque indépendants les uns des autres , loin d'avoir une fin commune, s'entre-détruisent mutuellement, qui s'agite beaucoup pour ne rien faire. Ordinairement on attribue la chute
(467) « Chez noua, en Pologne, dit Leszczinski, magna pars vitae èlabitur maie agentibus ; maxima nihil agentibus ; tota , aliud agentibus .