ROYAUTÉ; CAPITALE
On dit que le grand Jean Zamoïski pensait à l'abolition de la royauté, on accuse Georges Lubomirski de projets et de démarches faites dans le but de son abolition. Si ces faits sont vrais , il faut avouer qu'ails étaient conséquents, relativement au principe qu'ils défendaient, qu'ils étaient en harmonie avec ces idées de liberté , qui animaient l'ordre équestre. Ils auraient épuré la république d'une discordance qui la défigurait, et lui laissait une confusion, très- souvent fâcheuse, car elle n'éprouvait, sous aucun autre rapport, tant de mystification inexplicable , tant de contradiction. Les Polonais s'imaginaient que le roi est leur chef, qu'il préside leurs assemblées, qu'il est la bouche qui doit exprimer les pensées de tous les membres des assemblées, et qui par cela môme doit ne rien dire, ne rien faire qui ne s'accorde avec leur sentiment; interprète delà nation, sévère observateur de * la loi , il délivre de l'obéissance la première , s'il vient à
[468] Mais si déjà la Pologne en est à ce point, que tout y soit vénal et corrompu jusqu'à la racine ; c^est en vain qu'elle cherche à ré former ses lois et à conserver sa liberté , il faut qu'elle y renonce et qu'elle plie sa tête au joug, [J.-J. Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne , chap. 3]. Elle a subi le joug. On ne peut pas dire que tout y fût corrompu, mais la dose de la corruption était suffisante, et plus grande celle de l'énervation, de l'impuissance, contrôles forces et les circonstances majeures. — Voyez le parallèle de l'Espagne avec la Pologne , inséré dans le journal intitulé : Revm du îford, publié en 1837, à Paris, où l'on voit que cet affaiblissement était inévitable par la marche de la civilisation en Europe.
transgresser l'autre. Les étrangers qui , d*après leurs idées ne concevaient pas bien l'organisation de la Pologne , déploraient le pouvoir limité de son roi. L'un d'eui[ disait à un Polonais : a Vous, Polonais, vous n'avez pas de roi. » — ff Excusez, répartit l'autre , nous avons un roi, mais chez vous, c'est le roi qui vous a (469). Les autres qui comprirent mieux son pouvoir, ses moyens, et parmi eux, un abbé courtisan, s'étonnant de ses droits incompatibles avec la liberté , propose de les restreindre (470). Le roi avait sa cassette particulière en proportion des revenus de la république richement dotée ; il était dispensateur d'une multitude de grâces, dignités, fonctions, starosties ou bénéfices; il était maître et souverain de toutes les villes royales, chef de sénatus consultes, qui devenaient plus importants depuis que les diètes furent atteintes de paralysie, président du conseil des ministres, chez lesquels le pouvoir exécutif était presque sans borne, et n'était contrôlé que par la diète. Mais ces ministres sont immuables, par conséquent indépendants, la noblesse vigilante et résistante avec son veto et ses confédérations, les magnats, désunis et ambitieux, briguant les honneurs et les grâces pour se montrer hautains et désobligeants , les villes pauvres et. peu aguerries. Et ce roi, si puissant, entouré de faste et de tant de prérogatives, incompatibles avec la liberté, ne pouvait que corrompre quelques individus dépravés, embrouiller les affaires publiques, et de suite il se voyait entravé par une multitude de difficultés , d'obstacles insurmontables 011 il se rappelait qu'il était responsable. Sa personne sacrée était infaillible et par conséquent irresponsable selon les doc-
(469) Vos Poloni non habetisregera. — Ira»>, noshabemus regem, sed vos rex habet.
(470) Aux prérogatives immenses dont votre roi ou votre premier magistrat jouit de temps immémorial, on peut juger que vos pères , soit engoûment, soit faute de lumières, accédèrent au premier citoyen, qu'iîs élevèrent sur le trône des droits incompatibles avec la liberté c|u'ils aimaient. Les Polonais furent bientôt avertis de leur faute, mais jui Lieu delà réparer en ôtantau roi les droits dont il lui était si agréable et si facile d'abuser, ils lui laissèrent les prérogatives
H, pour abaisser le roi, vous élevâtes ses ministres. (Mably, t.I,p. 5).