Finances
Quinze années de repos et de tranquiliitë qui suceédèrent aux commotions (1772-1788), laissèrent le loisir de méditer sur les intérêts de la patrie. Pendant cette longue période du règne de Stanislav- Auguste, les Polonais se préparaient à recommencerrœuvredela régénération. D'abord Tattention fut éveillée sur les moyens propres à assurer le bien-être et à remédier au dérangement dans l'intérieur de Fétat. Une des premières nécessités était de mieux connaître la situation du pays , diminué par le premier démembrement , et d'y introduire une sage économie. Les guerres continuelles, attirant toujours de nouveaux malbeurs sur les habitants, occasionnèrent des désordres dans le trésor , tant par Timpossibilité de percevoir les impôts , que par un maniement irrégulier des revenus et les frais de guerre des confédérés. A ces désastres s'ajouta encore le brigandage des pillards de la diète de Poninski. Le budget présenté à la diète de 1776, dévoila l'état déplorable du trésor ; malgré quelques années de paix dont on avait déjà joui avant l'ouverture des états, les revenus ne suffisaient pas et les dépenses excédaient la recette. Les 11 millions d'habitants que contenait encore la Pologne payèrent cependant pendant un an et demi 15,070,000 florins polonais, et les dépenses furent de 34,820,000. Le déficit était relativement énorme : 19,750,000 florins (38). Le
(38) Ce qai faisait en francs: le revenu , 9,418,000; la dépense, tl,991,57U; Texcédant, 13,473,579 francs.
PROGRÈS BT LUMIÈRES. 91
revenu ayant diminué par le démembrement du pays, il fallait proportionnellement borner les dépenses. Mais l'entretien de la personne royale, et plus encore de l'armée ne devait souffrir aucune diminution ; or, il était nécessaire d'augmenter le revenu de Tétat , par de nouvelles impositions. Aussi un déficit si énorme ayant augmenté la dette, il était indispensable de pourvoir à Famortissement. Pour y arriver on y destina l million du trésor tous les deux ans, on réserva une somme extraordinaire de 1 ,200,000 florins, le clergé offrit de sa propre volonté des dons gratuits, enOn d'autres sommes retrouvées dans les années suivantes couvrirent les dettes. Une administration active, des revenus fixes provenant de la taxe de cheminées, de Timpèt des boissons, de la quarte ; et d'autres, comme ceux de la douane, du timbre, assurèrent définitivement les finances. A la diète de 1778, on remarqua que dans les deux années, les revenus s'étaient élevés à 35,000,000 de florins; de cette somme 9 millions par an étaient destinés à Tentretien de Farmée et pareille somme à couvrir d'autres dépenses; de sorte que les revenus, croissant toujours dans les années suivantes , produisaient annuellement une somme de 20 millions environ , laissant chaque fois un excédant en caisse.
62« Commerce.
Les finances de la république étaient donc très-modiques , mais réglées. Elles furent privées du revenu des provinces les plus riches, que la Pologne venait de perdre, comme de celui du commerce des produits nationaux. Parla perte de la Prusse royale, la Pologne, séparée de la mer , ne pouvait plus faire librement son commerce sur la Yistule. Le plus important qui consistait dans Texportation de toutes espèces de grains, devint très-difficile et succomba fâcheusement. Il avait prospéré beaucoup dans les premières années du règne de Stanislav-Auguste.En 1770, à Dantzick seul, on vendit 25,000 lastes de froment et 36,500 de seigle. La différence fut énorme après la guerre de la confédération de Bar et la perte de la Prusse royale. Désormais , l'exportation du fro-
ment va descendre quelquefois à 3,000 lastes et celle du seigle à 4,000. Cependant le prix des propriétés foncières augmentait. Quelques années de repos et de paix suffirent pour faciliter à tout le monde les moyens d'améliorer leur économie. L'activité éveillée partout, cherchait à relever le commerce de la mer noire, et pour y parvenir on y consacrait de grandes sommes. Pour donner une extension convenable au commerce de rintérieur, on creusait des canaux, celui d'Oginski (1766-1784) joignant les fleuves de Pripec et du Niémen (39) ; et celui de Muchaviec qui devait ouvrir une communication entre Pripec et Bug. Le crédit croissant facilita l'exécution des entreprises de cette sortes encouragea la fondation des maisons de banque et anima .la circulation d'immenses capitaux. On peut bien juger du progrès général et de l'activité qui se développaient assez rapidement, en considérant l'état du trésor de la république , qui depuis 1776 doubla et accrut considérablement ses ressources Les droits sur les marchandises, en Pologne , qui produisaient une somme de 60,000 florins polonais, montèrent subitement jusqu'à 1 million. En Litvanie l'augmentation était dans la même proportion. Le revenu du papier timbré croissant chaque jour, était aussi une preuve suffisante de l'activité renaissante de la nation. Il rapportait annuellement en-
(39) Ce fut Michel-Kazimir Oginski , betman de Litvanie, qui conçut et eiécuta le plan de joindre la mer Noire avec la mer Baltique par un canal qui porte son nom. L'ouvrage fut dirigé par Baseggio^ vénitien. Après avoir fait travailler à cette grande entreprise pendant quelques années et après y avoir dépensé plusieurs millions , sans autre vue que celle du bien public et de la prospérité de sa patrie, Oginski fut forcé par les malheurs de la Pologne , et par les revers i^uiquels lise vit personnellement exposé, de la faire interrompre pour quelque temps. Vers 1780, il en fit recommencer les travaux qui furent ruuronnés en 1784 du succès le plus complet. La république participant ii ['honneur de celui qui Tavait entrepris et fait achever à ses frais, lui a ifanné le nom de canal-Oginshi ou porl-Oginski. Le canal est long de neuf mille; lesdépenses, pour son exécution, montaient à 13,000,000 de norins de Pologne. En reconnaissance , la diète décréta d'avance, au mois de janvier 1768, d'élever à Oginski, une statue dont l'exécution a 6lé retardée par les calamités du pays.
Tiron 100,000 florins polonais, et en 1776 il s'éleva d'un coup jusqu'à 320,000 et plus tard à 400,000. En Litvanie il fit le même progrès.