Industrie* Tjrzenhaus
Personne cependant ne parvint à la hauteur d'Antoine Tyzenbaus dans ses entreprises vraiment gigantesques et éminemment utiles. Depuis le commencement du règne de Stanislav- Auguste , Tyzenbaus, trésorier de la cour, en Litvanie, seigneur riche et puissant par lui-même, mérita dignement et à juste titre toute la confiance du roi. Il forma de vastes projets et contribua beaucoup à relever la Litvanie. L'architecture faisait des progrès rapides dans ce pays. On y construisait des chemins on y bâtissait des auberges commodes. Le terrain traversé par le Niémen y est jonchéde pierres innombrables .cette immense quantité de pierres qui empêche la culture, qui incommode au dernier point le voyageur, offrit au trésorier des matériaux pour ériger de grands édifîces près de Grodno. Il y construisit eu entier le faubourg de Horodnica , qu'il choisit pour centre de ses opérations. De Tautre côté de la ville, sur la petite rivière Lososna , il éleva des bâtiments en pierre où il établit de nombreuses manufactures. Il chercha et attira des artistes, des artisans ainsi que des ouvriers étrangers, de Hollande, de France, d'Allemagne et l'on vit bientôt après, à Lososna comme àHorodnica , des fabriques de Jraps Ans, de soierie, de toile, de nappes damassées, de camelot, de broderies, de bas de soie, de chapeaux, de dentelles, de ferraille, d'aiguilles, d'armes à feu, de cartes ^ de voitures et d'équipages , de bijouterie. Ces manufactures et fabrications, employaient (en 1778) trois mille ouyiitTs , soixante-dix étrangers dirigeaient les divers métiers. Les indigènes de toutes les conditions employés dans ces fabriques prouvèrent que le génie national était capable de s'exercer avec succès dans toutes les branches de l'industrie
ET U7VIÊB13. 9S
auxquelles on lesarait appelas. Poor les développer, il fallait Taiiicre les préjugés et les superstitions. Tyzenhaus lutta courageusement et mit en œuvre tous les moyens, souvent même l'arbitraire et la violence.
65. École de médeciiie* I>cenlians contrarié- Son esprit actif créait de nouveaux plans, les développait, les perfectionnait et les consommait; ni les guerres, ni les désastres civils ne Tarrètaient dansTexécutiondeses entreprises. 11 fonda à Grodno une école de sciences naturelles et de médecine , sous la direction de Jean Emmanuel Gillibert» naturaliste français. Le jardin botanique attaché à cette école, dans la deuxième année de son existence , en 1778, comptait quinze cents plantes exotiques. Tyzenhaus connaissant la passion du roi pour les jeux , la musique et les spectacles, lui procura en peu de temps des musiciens et des danseurs accomplis, choisis parmi les paysans indigènes. Le roi touché du zèle infatigable de Tyzenhaus et des succès continuels quHl avait obtenus depuis tant d'années, se reposa entièrement sur lui et lui porta une telle affection, qu'il lui confia la distribution des emplois et des dignités qui étaient de son ressort en Litvanie. Il semblait qu'il fût le favori du roi. Une telle position de Tyzenhaus lui attira des haines exaspérées au plus haut degré. Les uns se croyaient blessés , lorsque leur indolenceétait mise au jour, lorsqu'ils se voyaient négligés ou inquiétés ; les autres, tourmentés par la jalousie, méditaient une basse vengeance. Par un excès de zèle , le trésorier ayant dépassé les revenus dans ses dépenses , pour faire prospérer les fondations industrielles, ce à quoi il employait non-seulement les revenus du roi, mais les siens, se trouva gêné pour payer une partie de l'intérêt de la somme de 10 millions que le roi devait à la Hollande. Cette circonstance, quoique le paiement eut été effectué par les capitalistes avec beaucoup de promptitude, suscita des cris de colère et les réclamations de l'envie. L'impératrice de Russie, inquiète delà puissance de Tyzenhaus, s'associa aux clameurs et exigea du roi qu'il éloignât le trésorier sur le champ. Le roi ne balança pas long-temps, et en 1782, aban-
donna cet homme, qui avait si bien mérité de sa patrie et qui avait rendu d'immenses services au roi lui-même. Sans hésiter, Stanislav- Auguste fit encore plus, il livra Tyzenhaus à ses ennemis acharnés.