‹ Histoire de PologneChapitre 90 sur 369 · Bourgeoisie; partis, i79ii · texte numérisé non relu

Bourgeoisie; partis, i79ii

Ce fut dans quelques villes principales qu'il trouva une vigueur plus déclarée , mais en même temps un esprit inquiet. Le peu qu'on avait accordé aux bourgeois par la constitution du 3 mai, donna cet élan aux villes les plus considérables et les plus éclairées. Plus les bourgeois de ces cités attachaient de valeur à ce petit cadeau, plus ils étaient animés à soutenir Texistence de l'état et ombrageux envers ceux q,ui le livraient aux mains des ennemis. C'était au sein de Ta noblesse qu'ils voyaient des coupables, et c'était la noblesse qui tenait la direction du soulèvement nationalj toute condescendance pour les accusés irritait infiniment les bourgeois ; chaque revers leur suggérait l'idée d'une trahison. Certes c'était une fâcheuse disposition, mais c'était une suite nécessaire des événements antérieurs. Les discussions parlementaires placèrent la bourgeoisie sur les hauteurs politiques, et la rapprochèrent politiquement de la noblesse; à Tépoque de l'insurrection, se déclara un amalgame social de la bourgeoisie avec la noblesse. Dans ces moments de commotion, il n'y avait pas de noblesse ; tous les défenseurs sincères de la patrie étaient réputés citoyens ; il n'y avait que les coupables qui fussent nobles et titrés. Une fraternité sociale rapprocha alors toutes les classes. On se réunissait aux soirées, aux assemblées, aux

bals, sans distinction de condition ou de profession; tous étaient égaux et rien ne pouvait détruire ni affaiblir cette nouvelle fraternité : mais d'autres cause» engendraient les divisons et excitaient l'inquiétude. La concorde s'étaiè affaiblie entre les hommes qui étaient à la tète de Tinsur- Fection^ et la dissidence qui existait entre eux allait se répandre plus animée dans la population; leurs qtterelleSr devenaient nationales'^ influençant les opinions, formant de& partis, paralysant et affaiblissant l'action générale. Les principt^y et surtout la manière d'agir, les conjectures présentes, divisaient la pensée des principaux personnages et de leurs adhérents. KoUontaï, un des membres du conseil suprême, possédait toute la confiance de Kosciuszko et présidait le département des finances ; il se montra très-actif pendant tout le temps de la révolution. Mais son caractère était diamétralement opposé à celui de Kosciuszko. Ennemi du repos, apte aux intrigues, avide de pouvoir, enclin aux mesures arbitraires et videntes, on était généralement persuadé qu'il suivrait volontiers le chemin du terrorisme, à la manière française. Ces différentes dispositions enfantèrent le parti des hugonistes, qui entretint les esprit» dans une fermentation continuelle, sans savoir se faire populaire. D'un autre côté, tous ceux qui étaient vendus à la Russie, on se montrèrent dociles à ses volontés, alarmés sur leur sort et sur celui d'un grand nombre de personnes retenues en prison pour leur politique antérieure et leurs méfaits, on formèrent aussi un parti que l'on nomma le parti de la cour. Ces deux partis s'effrayant réciproquement, ne se ménageaient pas les imprécations mutuelles. Le parli de la cour, ci-devant russe, se répandait en plaintes, ne cachait pas ses craintes, exagérait les menais des hugonistes, semait l'alarme en dévoilant sa défiance et sa désaffection envers les patriotes; au lieu de se réunir à eux et d'aller de concert servir la cause publique, il irritait les esprits. On voyait enfin des collisions enveminées et des mécontentements pleins d'aigreur dans la capitale, lorsque le concours de nouvelles peu satisfaisantes vint encore aggraver le mal.

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