TOME II
in INSURRECTION
ment la ville de Varsovie, mais dans une position aussi périlleuse, un événement de la plus haute importance arriva tout inopinément. Denis Mnievski, castellande Kuiavie, à la tête de 30 hommes seulement, eut le courage de tom- •l>er sur la garnison prussienne, à Brzesc-Kuiavski et k désarma ; Theureuse issue de cette première tentative en insinua d^autres. Les volontaires accouraient se ranger sous ses drapeaux, il parvint aussi à s'emparer des barques prussiennes chargées de munitions et de canons de gros calibre destinés à l'armée royale qui assiégeait Varsovie, et les fit couler à fond. Il se défendit valeureusement contre le général Schvérin et le colonel Sekuly qui furent détachés de l'armée royale pour le combattre. Sekuly, signala ses marches par les barbaries les plus révoltanteci. Cependant l'insurrection de la grande Pologne devint générale. Celle de Koscian qui éclata le 22 août, sous le commandement de Niemoïovski fit des progrès rapides. Le roi de Prusse se vit par cette diversion obligé de lever le siège de Varsovie, dans la nuit du 6 au 7 septembre ; il se retira avec toute son armée; l'armée russe sous les ordres de Fersen en fit autant et les généraux Dombrovski et M adalinski furent envoyés au secours des habitants de la grande Pologne, sur lesquels toutes les forces prussiennes allaient tomber.
162. L'Autriche se déclare contre la Pologne, progrès de Souvarof, 179^.
Avant que le roi de Prusse fut arrivé près de Varsovie, son ministre Lucchésini travaillait déjà à décider l'Autriche contre la Pologne. De nouveaux avantages tirés du démembrement souriaient au cabinet devienne qui ne voulait plus être négligé dans cette nouvelle spoliation. Son ministre à Varsovie, de Caché, quitta la capitale le 3 juillet, et les armées de cette puissance, sous les ordres du général d'Arnoncourti envahireatla terre deChelm et une partie delaVolynie, sous prétexte d'assurer la tranquillité des frontières des états de l'Autriche. L'armée polonaise ne pouvait pas opposer de résistance de ce côté, car il fallait surveiller les mouve-
ments des troupes russes , commandées par Derfelden, et plus tard, ceux d'une nouvelle armée conduite par le général Souvarof, et formant 20,000 hommes de troupes régulières et bien disciplinées. Le 17 et le 18 septembre, le général Charles Sierakovski, à la tète d'un petit corps, se maintint dans sa position près de Krupczicé, contre des forces infiniment supérieures ; ce combat terrible coûta aux Russes à peu près 5,000 hommes (80). Mais ne pouvant se flatter de soutenir aussi heureusement une autre attaque, le général polonais se replia sur Brzesc-Lilevski. L'inexpérience de quelques commandants placés sous ses ordres , fut cause que les Russes passèrent rapidement la rivière du Bug. Dans un engagement qui eut lieu immédiatement après, près de Terespol,les Polonais, perdirent leur artillerie, beaucoup de monde et durent se retirer.
1 &3. Défidle de Macieiovlcé, i79&.
Dans cette alternative, Kosciuszko quitta Varsovie pour se réunir à Sierakovski et combattre Souvarof. Mais Adam Poninski (ex-nonce et fils de l'ancien maréchal de la diète) posté sur la Vistule, n'avait pas fermé le passage de la Vistule a ^ général Fersen, qui sortait du palatinat de Sandomir dans le but de réjoindre le général Souvarov. Pour traverser ce projet Kosciuszko tourna sa marche et prit position à Macieiovicé, mais il n'osa pas engager un combat avantque ses autres détachements fussent réunis; Fersen s'empressa au contraire de le chercher, et les deux armées eu vinrent aux mains le 10 octobre 1794. Poninski, campé à quelques lieues près de Zéléchov n'arriva point; l'inégalité des forces et la fortune du combat entraînèrent les Polonaisàleur perte. Kosciuszko, Kniazievicz, Sierakovski, Kaminski, Kopec, Fiszer. Seldlitz , Niemcevicz sont faits prisonniers ; Jean Krzicki périt. Cette journée fut la dernière de la Pologne.
(80) Souvarof se tenait pour vainqueur dans Taffalre de Krapezicé, mais il avoua qu'une seconde victoire semblable détruirait son armée. Les autres généraux russes, qui étaient dans cette aCbire menr* trière, répétaient qu*on ne pouvait concevoir combien de monde ils avaient perdu. (Mémoires manuscrits de Zienovicz).
196 INSIRRECTION
lZî/i. Désorganisalion, abatlement, 1794*
Il restait encore environ 30,000 hommes de troupes nationales, tant anciennes que des nouvelles levées, forces assez respectables, mais ces troupes manquaient de vêtements et de magasins, leur esprit fléchissait sous le poids des revers et des fatigues. Maintenant que les malheurs venaient fondre de tous côtés, elles devaient se concentrer autour de la capitale. Les généraux Giedroïc et Mokronoski amenèrent leurs corps délabrés de la Litvanie, tandis que le général Dombrovski ramenait le sien de la grande Pologne. Le manque de vivres se faisait sentir de la manière la plus impérieuse et le pays à Tentour de la capitale, dévasté par la guerre ne pouvait plus fournir les secours nécessaires. Rollontaï proposa pour chef de la nation (en remplacement de Kosciuszko) Thomas Vavrzecki, siégeant dans le conseil suprême, peu connu et ne possédant même aucuns talents militaires. On Tavait cependant élevé à ce poste éminent d'après Favis donné par un homme énergique. Dans des conjonctures aussi difficiles, plusieurs projets furent agités, mais chacun d'eux ne put que présenter des résultats sinistres. Si les pertes successives étaient d'une conséquence terrible, l'abattement universel de l'esprit national et de la force morale, après le désastre de Macieiovicé, était encore plus funeste. La discorde leva plus que jamais la tête. Les partis se faisaient des reproches, récriminaient, sans qu'aucun d'entre eux eût le courage d'entreprendre quelque coup décisif. Un seul d'entre eux, toujours contraire à l'insurrection, se déchaînait en calomnies, en diffamations, la crédulité y donnait toute son attention et ne voyait qu'une longue suite de trahisons là où manquaient les forces matérielles et morales. Les patriotes, dans cette perplexité, lorsqu'une triste fin et une chute inévitable se présentaient seuls à leur imagination et à leur dévouement, ne se repentaient point de leur entreprise, ils ne déploraient pas les sacrifices qu'ils avaient faits, et sans s'abandonner au désespoir ou à une désolation pusillanime, ils attendaient le dernier dénouement avec résignation.
DE KOSGIUSZKO. 197
1^5. Prise de Praga; capitulation de Varsovie; dissolation, i79i|.
Souvarof après avoir effectaé la jonction de toutes les troupes russes, s'approcha à la tète de 40,000 combattants du faubourg de Praga, couvert de faibles retranchements élevés à la hâte et défendus par 8,000 hommes d'infanterie et 2,000 de cavalerie, sous les ordres du général Zaïonczek. Le reste de l'armée polonaise était obligé de couvrir la capitale contre les autres troupes russes réunies aux prussiens etde chercher des vivres pour ravitailler Varsovie. En attendant, Souvarof tenta une attaque contre le faubourg de Praga, et dans la nuit du 3 au 4 novembre, les Russes franchirent les retranchements; toute résistance devint alors impossible (81). Au milieu du carnage, les généraux Jacques lasinski, Paul Grabovskiet le colonel Jean Korsak, trouvèrent la mort des braves. Un régiment composé exclusivement d'Israélites du culte de Moïse, se distingua vaillamment dans ce jour malheureux; les débris de la garnison se retirèrent à Varsovie, le pont fut brûlé et Praga abandonnée à son fatal destin. Souvarof commanda le massacre, et quinze mille habitants furent passés au fil de. l'épée. Hommes, femmes, vieillards, enfants, tout fut égorgé; les enfants, arrachés des mamelles de leurs mères et lancés sur les piques des Kozaks, les violences, les cruautés de la soldatesque effrénée signalèrent horriblement cette boucherie atroce. Varsovie capitula le 8 novembre. Kollontaï partit un des premiers. Après lui les membres du conseil suprême, enfin Tarmée nationale évacua la ville. Souvarof y fît son entrée. Dès-lors les symptômes de la dissolution se manifestèrent sur tous les points ; la saison I avancée aggrava la situation de Tarmée ; les chevaux tom-
I baient d'inanition; plusieurs officiers licenciaient leurs déta-
1 (81) On cria à la trahison. Le fait est que Zalonczek n*eut pas de
I bonheur , ni prés de Ghelm, ni à Praga. La vocation militaire était son
I métier de salaire. Il était da parti hugooiste et adversaire de Kosctaszko.
1 Pour se disculper, il publia depuis un livre sous ce titre : Histoire de
I la Révolution par un témoin oculaire. A la fin sa vocation fut récompensée par la Russie, lorsque Tempereur Alexandre le fît vice -roi de la
! Pologne tzariennc.
199 INSURRECTION DE ROSCIUSZKO.
chements et les laissaient se disperser. Les gc^néraux Giedroïc et Niesiolovski se distinguèrent par leur contenance inébranlable. Dombrovski inventait différents plans sans pouvoir les réaliser. La retraite sans but devenait tous les jours plus déplorable. Le général russe Denissov, expédié à la poursuite de l'armée polonaise, l'atteignit près de Radoszice, et proposa un arrangement d'après lequel, le 10 novembre 1794, elle mit bas les armes. Madalinski fut contraint d'en faire autant près de Konskie, en donnant congé à ses soldats il leur recommanda de se tenir prêts au premier appel. Ignace Potocki , Thadée Mostovski, Ignace Zakrzevski , Tbomas Yavrzecki, André Kapostas, Jean Kilinski, furent transportés comme prisonniers à Pétersbourg, au mépris de la capitulation qui garantissait leur liberté individuelle (82). Hugues KoUontaï, Joseph Zaïonczek, Stanislav Potocki, François Dmocbovski, Onufre Ropczinski et plusieurs autres furent saisis et emprisonnés par l'Autriche. Antoine Madalinski, Georges Grabovski, Gielgud, Niemoïovski et les autres, échurent en partage au roi de Prusse et furent enfermés dans des forteresses prussiennes. Tous les patriotes enfin, furent soumis à une enquête et traités comme rebelles. L'Autriche même, avec laquelle les Polonais n'avaient eu aucun démêlé, les considérait comme tels. Ceux qui cherchèrent leur salut dans l'émigration , évitèrent personnellement les chicanes et les outrages, mais déclarés perturbateurs, ils furent condamnés par défaut, et leurs biens confisqués.
ÎI. Conclusion.
166. Comparaison de deux époques turbulentes sous le rapport de ractivite nationale.
La troisième et la dernière période du règne de Stanislav- Auguste, comprenant un espace de six ans, avait commencé
(82) La capilulallOD de la capitale, proposée par les Polonais, portait que la ville serait remise , si l'on promettait aux habitants la garantie des personnes et des biens. Souvarof , en raccordant, ajouta : il y a un
comme la première par des efforts d'amélioration dans Fétat, par la réforme de la république, d'où était venue la guerre de l'indépendance terminée par un partage. Néanmoins-, la différence entre ces deux périodes est bien grande. Pendant l'élection, un très-petit nombre d'hommes de distinction entreprit la tâche de la réforme , et Ton pensait qu'elle ne pouvait plus être effectuée sans un appui étranger; dans la diète de quatre ans, tous les représentants de la république y donnèrent leur assentiment et leurs soins, la nation s'y prêta sans contradiction, il ne fallut plus recourir à l'aide de l'étranger pour rétablir cette œuvre. Dans la première période des mécontentements sans nombre, des confédérations contraires formées et dirigées par l'influence étrangère, troublant toute la Pologne et toute la Litvanie, mirent obstacle aux décisions législatives et réussirent à les écarter; dans la dernière période, à peine se trouva-t-il quelques hommes obstinés, qui, pour renverser la législation de la diète constituante, reclamèrent l'intervention étrangère et attirèrent des forces ennemies , auxquelles la nation ne putrésister. L'édifice ruiné de ladiète constituante engloutit sous ses décombres, Texistence politique de la Pologne. Dans la dernière guerre de l'indépendance, non-seulement la noblesse, comme dans la confédération de Bar, mais encore les bourgeois, les paysans et l'armée coopéraient d'un accord unanime à la défense de leur commune patrie. Les confédérés de Bar, ayant une seule puissance à combattre, trouvèrent quelqu'appui au dehors et des événements favorables les secondèrent avant que le sort se déclarât contre eux; dans la guerre de 1792 et dans l'insurrection, le pays diminué par le morcellement précédent offrait moins de ressources pour l'action, aucun secours étranger n'arrivait, tandis que toutes les puissances voisines liguées contre la république complotaient e t
aulre article que vous oubliez : c*est foubli du passé ; je raccorde aussi. (Ferrand , hist. des trois démembr. XIV). Le vainqueur sanguinaire pensait ainsi : mais sa maîtresse magnanime était d*un autre avis.
déployaient des forces majeures. Cependant ces forces redoutables et le triste avenir qui se présentait d'avance, ne purent détourner les Polonais de remplir le devoir le plus sacré que la patrie leur imposât. Ils déclarèrent à la face du monde entier que malgré sa décadence, la nation sortie d'une longue apathie, revivait et se préparait à une activité plus générale, plus unanime et plus vigoureuse. Ils prouvèrent que la régénération avait semé ses germes au moment du déclin et de la chute.