Tempérament et politique de Stanislav- Auguste
Stanislav-Auguste, considéré dans sa vie privée, était en elTet un bon seigneur et un homme excellent. Humain et généreux envers tout le monde, lorsqu'il n'y avait rien à redouter. Mais si quelque embarras le contrariait , alors il abandonnait et oubliait l'homme le plus digne et le plus attaché à sa personne. Il était patient et d'un caractère extrêmement doux : aussi le voyait-on consentir à tout, ne sachant déployer aucune énergie pour braver et dominer les adversités, pour s'opposer aux agressions et aux attentais; il ne prenait de décision fixe et arrêtée que lorsqu'il donnait son adhésion aux accidents préjudiciables à luimême et à la nation. Comme il pardonnait toujours les
offenses qui lui étaient personnelles; il en agissait de même envers ceux qui outrageaient Tétat, et supportait toutes les mortifications, toutes les humiliations et toutes les avanies. Doué de la sensibilité des cœurs faibles, il pleurait sur les malheurs de la république et quant il lui fallait faire des manifestations publiques, il se répandait dans ses harangues en plaintes douloureuses et larmoyantes; et aussi il ne manquait jamais d'y verser l'expression de sa tendre et touchante reconnaissance envers l'impératrice, sa bienfaitrice. C'était un homme plein de connaissances et de science , aussi habile orateur que bon politique. Placé sur le trône par une intervention étrangère, il ne vit en politique sa sûreté et celle de la république que sous Tiniluence de la s.ouveraine qui Tavait élevé à une si haute dignité. Si par faiblesse ou par suite de quelque condescendance politique, il s'écartait par moments de cette voie, il y retournait aussi souvent qu'il le pouvait. Politique habile, il connaissait parfaitement, comme tout autre Polonais, la position dangereuse de la Pologne et prévoyait tous les événements qui devaient arriver, mais il s'abusait en croyant que les moyens dont il se servait continuellement,, seraient toujours ^caces, etquela voie qu'il suivait serait sans terme. Il connaissait tous les besoins et tous les sentiments du pays, mais il ne sentait pas que la nation ne pouvant supporter aucun joug, devait chercher Tindépendance ou la mort. Marchant sur la voie qu'il s'était tracée en habile politique, il s'associa à chaque confédération, mais il ne s'associa jamais à ceux qui prenaient les armes pour défendre l'indépendance du pays. Si donc, la nation fut trompée en comptant sur les événements extérieurs, en se fiant sur une politique et sur des traités qui ne méritaient aucune foi et devaient inspirer une juste méfiance, le roi le fut aussi, lorsqu'il crut jouir toujours de la protection éternelle et des bonnes grâces inépuisables de Catherine II. Enfin, la nation et le roi ne se comprirent point et en se dirigeant sur des chemins opposés, éprouvèrent des méprises réciproques. La nation ne pouvait croupir dans l'abaissement et l'humiliation, ni oublier son indépendance et sa liberté : le roi, de son côté, manquait d'âme pour se soustraire au joug honteux qu'il s'était rési-
gné à supporter avec humiliation et sans murmurer. Il finit ses purs à Pétersbourg, le 12 février de l'année 1798, à Tâge de 66 ans (84).
(84) Le séjoar de Stanislav-Aagaste à Pétersbourg devait être bien triste , surtout , lorsqu'on considère que c'était sous le régne de Paul. Masson nous donne une anecdote à ce sujet. « A une cérémonie de cour, dit-U, où Paul se plalt à se pavaner, sceptre en main, couronne en tète et manteau impérial sur le dos, Stanislav, qui le suivait, accablé de vieillesse et de lassitude , fut forcé de s'asseoir dans un coin, tandis que Paul se faisait baiser la main par 3 ou 400 esclaves de cour. Il s'aperçut que le vieux roi s*était assis pendant cette cérémonie et lui envoya un aide-de-camp pour lui ordonner de se tenir de'bout. » (t. II. p. 169j. Masson décrit les règlements de Paul , concernant les catholiques à Pétersbourg (p. 2â0, S21), puis il dit : « Paul fit inhumer dans la même église le corps du malheureux roi de Pologne. Il vint fui-même examiner le catafalque et les préparatifs de la pompe funèbre. Un tapissier, occupé de la décoration des voûtes, était au haut d'une échelle, en veste et en pantalon , pour travailler plus commodément. Paul apprenant que c'était un Français nommé Leroux , lui ordonna de descendre et lui fit donner à l'instant la bastonnade au milieu de l'église (p. 224). » ^ A cette anecdote que Masson nous a conservée, nous en ajouterons quelques autres plus plaisantes qui se passèrent à l'occasion des obsèques de Stanislav-Auguste. L'empereur Paul voulut l'ensevelir avec une pompe royale. Comme Stanislav-Auguste était un ei-roi qui avait abdiqué sa couronne, l'empereur Paul trouva d'abord convenable de le réinstaller sur son trône ; à cet effet, il fît vélir les dépouilles mortelles d'un manteau royal, et lui-même plaça une couronne sur la tête du défunt , de cette manière , il le restitua sur le trône et le recouronna roi, comme les Russes dans leur rite , rebaptisent les cadavres des non-orthodoxes avant de les ensevelir dans leurs cimetières. Après cette première cérémonie les Polonais présents et les Russes de la cour durent baiser la main royale. Le corps resta quelque temps déposé dans le palais où les cérémonies religieuses commencèrent. Ayant demandé quelles étaient celles pratiquées à la mort des rois Bourbons eu France, Paul apprit qu'il était de droit que la famille royale partagea certains services ecclésiastiques avec les prêtres. Il voulut les connaître pour rendre personnel !ora en t ce témoignage de respect au roi son frère , sans blesser toutefois rorlhodoxie russe. Par conséquent, lui et les deux grands-ducs ses fils, Alexandre et Constantin, avec les prêtres catholiques, encensèrent et aspergèrent d'eau
bénile le corps gisant dans le cercueil au milieu du palais. Paul suivit le convoi funèbre jusqu'à la porte de l'église catholique / où il n'entra pas étant d'un autre rit* Voulant rendre cette parade plus resplendissante, il fit faire à rarcbevéque catholique de nouveaui habits de cérémonie et une mitre archi-é^i$copale plus riche. Il en donna luimême le dessin, et, d'après ses ordres^^n plaça sur le front de la mitre au lieu de la croix, son chiCTre impérial qui ressemble à un gibet. (Pavel-Piervoi, Paul premier). Et l'archeyéque Siestrzencévicz, la (été couverte de cette mitre potencée , la crosse dans la main, marchait comme un grenadier impérial, à la grande satisfaction de l'empereur Paul.