POPULATION
La population de la Provence ne fut jamais bien connue (2) , parce que l'administration du pays , manquant d'ensemble et d'unité , était privée des ressources qu'offrent aujourd'hui les perfectionnemens de la statistique, de l'économie politique et d'une centralisation puissante ramenant tout à un foyer commun, enveloppant de son vaste réseau toutes les branches du domaine public. Il n'y avait pas, en Provence, de recensement par tête, et l'affouagement , c'est-à-dire le dénombrement par feu , ne présentait qu'une base incertaine et variable.
On peut en juger par ce que je vais dire des quatre principales villes.
Dans la viguerie d'Aix , un feu correspondit toujours à une agglomération de trois cents habitans.
(i) L*abbé Féraud , Grammaire Provençale mannsc. (a) Ëxpilly, Dict Géog. Hist. et Polit, des Gaules et de la France, perho Proyence.
Au treizième siècle, Aix est taxé à 4^ ^euic 1/2, ce qui donne une population d'environ quinze mille âmes. Depuis cette époque la population alla toujours croissant, et le nombre des feux suivit la même progression (i).
Dans la viguerie de Tarascon , le rapport ordinaire de l'affouagement à la population était de deux cents âmes par feu. Le rapport changea même dans la suite; il descendit à 180, puis à 1 5o (a). La ville de Tarascon , au treizième siècle , comptait cent feux et vingt mille habitans, y compris ceux des hameaux circonvoisins ; au quatorzième siècle, 95 feux; au quinzième, 90. Plus tard la population diminua de plus de six mille âmes (3), et cette diminution fut une conséquence de celle qu'éprouva la ville d'Arles qui perdit la plupart de ses moyens dé prospérité.
Au treizième siècle , Arles fut taxée à deux cents feux correspondant à soixante mille âmes , dans le même rapport qui était établi à Aix. Le nombre des feux resta toujours le même pour Arles et les autres Terres Adjacentes, quoique la population diminuât progressivement. Cela tenait à ce que
(i) De telle sorte qae dans Taffouagement de 1698 Tarascon est taxé à 86 feux^i dans la proportion ordinaire donnent i58oo âmes.
(1) Dans Taffouagement de 1698.
(3) Ces six mille habitans passèrent à Boulbon, à Mézoargnes , à Eyrargnes, à Grayeson et à Fontrieille.
les Terres Adjacentes ne fesant point partie du pays de Provence, payaient leurs impôts dans une proportion convenue qui ne se rapportait point à Faffouagement.
La ville de Marseille n'a jamais été affouagée, parce qu'elle formait une division à part qui n'était comprise dans les Terres Adjacentes que d'une manière accessoire. Pour trouver la population de cette ville, il faut donc recourir à d'autres documens. Au treizième siècle, Marseille, selon tous les historiens , était un peu plus considérable qu'Arles. Or cette dernière avait alors soixante mille habitans. Marseille devait donc en avoir environ soixante-cinq mille. Dans la suite Arles perdit, et Marseille gagna. Vers la fin du quinzième siècle, au moment de la réunion du comté de Provence à la monarchie française , Marseille, suivant toutes les vraisemblances, avait une population de soixante-quinze à quatre-vingt mille âmes. La protection éclairée que René accorda à l'industrie et au commerce, les travaux qu'il fit entreprendre, la bonté paternelle de son gouvernement, tout servit à donner à la population de cette ville un mouvement progressif (i), mouvement qui fut arrêté plus tard par les guerres civiles et par les maladies contagieuses.
(i) Statistique» t. m, p. 19 et suiy.