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UNIVERSITÉ D'AIX

Âix était le siège des principaux établissemens d'instruction publique. Au commencement du douzième siècle cette ville avait une académie où l'on enseignait la jurisprudence et quelques élémens de belles-lettres. Saint Jean de Matha, fondateur de l'œuvre pour la rédemption des captifs , y vint perfectionner ses études (i). Durand , évéque de Mende , et le jurisconsulte Jacques de Bellevue , y reçurent le grade de docteur (a).

La cathédrale de Saint-Sauveur avait aussi une ancienne école pour ses clercs y sous la direction d'un chanoine; et les ordres mendians donnaient dans leurs monastères des leçons de philosophie et de théologie , en se conformant toutefois aux réglemens de l'académie.

A cette académie succéda un établissement plus utile et plus régulier. Louis II , comte de Provence, ayant formé le dessein de créer à Aix une université semblable à celle de Paris , demanda au pape

(i) Bàillet , Vies d^ Saints , t. x , p. 7 et 1 16. (a) Pitton , Hist. d'Aix, p. $97. — Antoine Henricy, Notice sur TAncienne Université d'Aix.

Alexandre V son agrément pour Texécution de cette entreprise. Il ne pouvait guère se passer de la permission pontificale , car toutes les écoles publiques étaient dirigées par le clergé, qui exerçait sans obstacle le monopole de renseignement. Alexandre, ^ par sa bulle de 1 4og , approuva le projet de Louis II, lequel fonda l'université d'Aîx quatre ans après. Il n'y créa d'abord que les facultés de théologie et de droit. Ce prince , dans ses lettres-patentes du 3i décembre i4i3 , fait valoir des motifs bien honorables pour la capitsde de la Provence. Il parle du calme dont jouit ce séjour si favorable aux études, de l'agréable commerce de ses habitans et de la douceur de leur caractère , de la salubrité de l'air, de l'abondance des denrées, du grand nombre d'hommes instruits dans tous les genres que l'on y rencontre (i). La bulle d'Alexandre V exprime à peu près la même pensée.

Thomas de Pupio, archevêque d'Aix, fut élu en i4i4 chancelier à vie, et l'on réserva la nomi* nation de son successeur au recteur, aux licenciés et docteurs , qui élevèrent quelquefois des séculiers à cette place importante (a).

Par décision du conseil municipal , l'université d'Aix eut son siège dans une maison que la ville

(x) Ad id studium locus propiAus et quietus, incolarum graia communio et bemgna , salubris aër , victûs abundantîa; ac doctonan divini et humani juris peritontm , aUarumque scientiarum copia.

(i) Cattdogus Doctorum almœ universiiatU aquensis. Aix, 1787.

possédait devant Téglise Saint-Sauveur* Bientôt elle dressa ses statuts, et l'université de Paris lui en fournit le modèle. Elle régla son administration, ses emplois y sa discipline / ses études et le mode d'admission à ses grades (i).

Le roi René , par un édit du 17 novembre i46o, ordonna à tous les jeunes Provençaux , tant laïques qu'ecclésiastiques , de recevoir l'enseignemeptdans l'université d'Aix , sous peine de cent marcs d'argent pour les uns, et de la perte du temporel pour les autres (12). Deux ans après il y institua une chaire d'anatomie.

Ce prince en l'année 1476 fonda dans la ville de Saint-Maxim in un collège royal sous la conduite des religieux de Saint Dominique et sous la surr veillance spéciale de l'université d'Aix. Il voulut qu'il y eût trois chaires d'enseignement public : la première pour les arts libéraux et la philosophie, la seconde pour le droit canon, et la troisième pour la théolojgie (3).

L'imprimerie , nouvellement découverte , fesait

ses premiers essais; mais un siècle devait s'écouler avant son établissement en Provence. Les riches bibliothèques du roi René et de Charles du Maine,

(i) Abnœ Aquarum SexHarwn unhersitatis votera et noua statuta, Aix, 1667.

(a) Archives de la ville d'Aix , citées par Henricy. (3) Honoré Bouche » t. ii , liv. ix» sect. iv.

son successeur (1)^ renfermaient les premières productions de cet art bienfaisant qui a tant servi les prc^rès de l'intelligence et qui la rend impérissable. Les princes seuls pouvaient posséder une collection nombreuse de livres. Leur rareté était telle en Provence que, le a4 janvier 1 4 1 4» un nommé Hugues Jûsbert vendit à un étudiant en droit de Roquebrune six volumes au prix de dix écus d'or. L'archevéque-chancelier Thomas de Pupio donna à son chapitre en i4ao une Bible sur vélin, enrichie de miniatures, qu'il avait achetée cinquante florins d'or à Milan (a). Dans cette disette de livres uniquement accessibles aux favoris de la fortune, qui eût dit qu'un jour viendrait où les amis d'une instruction solide, pauvres comme riches, flotteraient embarrassés au milieu d'une abondance funeste qui leur présente plus d'erreurs que de vérités, plus de systèmes décevans que de doctrines raisonnables?

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