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CHAPITRE XXIV

La comtesse de Sault se tourne contre le duc de Savoie. — RévolutioD à Aix. — La comtesse est jetée en prison. — Marseille se déclare contre le duc de Savoie. — La comtesse de Sault parvient à s'échapper et se réfugie dans cette ville où elle est reçue avec enthousiasme. — Diverses opérations militaires. — Les partisans du duc de Savoie font à Marseille une tentative impuissante. — Le duc est vaincu à Vinon par La Valette. — Mort de ce dernier. — Son portrait. — Troubles à Arles. — Meurtre du consul Nicolas de La Rivière. — Le peuple s'arme contre les troupes étrangères qui se voient forcées de s'éloigner. — Mort du lieutenant Pierre Biord. — Le duc de Savoie , voyant toutes ses espérances ruinées , retourne dans ses états.

JLj'EirTHousiASME de la comtesse de Sault pour le duc de Savoie avait fait place à la froideur. Cette femme , si célèbre dans nos annales, se plaignait des entreprises du prince, de ses projets ambitieux , de ses dédains pour les intérêts du pays , de ses procédés blessans pour l'indépendance provençale. Toutes ses plaintes étaient fondées. Le

duc avait promis le gouvernement de Berre à Besaudun ^ le plus fidèle ami de la comtesse. On assure même quUl lui avait fait cette promesse quelques jours avant que la garnison capitulât; mais il avait mis pour condition que ce gentilhomme lui prêterait serment de fidélité, qu'il aurait pour lieutenant un officier piémontais^ et que les Provençaux ne composeraient tout au plus que la moitié de la garnison. Besaudun n'avait pas voulu se prêter à cet arrangement peu honorable , et depuis lors il ne prenait pas la peine de cacher la haine que son cœur nourrissait contre le duc de Savoie. Â Salon, comme à Berre, un capitaine piémontais avait remplacé le commandant provençal. La comtesse de Sault joignait à ces griefs un grief particulier qui la blessait plus vivement encore. Elle reprochait au duc de trop ménager le parlement, de témoigner trop d'amitié au comte de Garces^ et de n'avoir plus pour elle la même confiance ni les mêmes égards. Elle se rendit à Salon auprès de Charles Emmanuel pour lui inspirer d'autres sentimens ; et comme elle tenait de la nature une éloquence persuasive, comme elle possédait l'art si difficile de remuer puissamment les esprits, elle fit montre de toutes ses ressources, elle employa tous lestons, plaintes touchantes, flatteries délicates, protestations de zèle. Le duc, qui connaissait l'objet de sa visite, et qui s'était prémuni d'avance contre ses séductions,récoutasans s'émouvoir et

lui répondit sans la satis&irei en accompagnant néanmoins sa réponse des manières les plus polies. C'est ce qui dépita la comtesse, qui eût préféré un refus manifesté avec colère; car la colère peut être désarmée par l'adresse et l'habileté. Mais com« ment triompher des froideurs d'une politesse calculée ? La comtesse , irritée du peu de succès de cette entrevue , résolut de se séparer ouvertement du duc de Savoie et de tourner contre lui toute son influence. De suite elle prit ses mesures pour lui Élire payer bien ch^ l'ingratitude dont elle le disait coupable. Elle courut à Aix ; insinua que le prince ne travaillait que pour lui-même ; q^'il couvrait ses projets de conquête sous le voile du désintéressement et de la religion ; que y pour arriver plus sûrement à son but, il donnait à ses sujets du Piémont et de la Savoie , ou à des Espagnols, la garde des places conquises sur les royalistes, bien qu'il eût promis dé ne mettre dans les garnisons que des soldats provençaux. Ces bruits, semés avec adresse et répandus avec persévérance par la haine qui prenait le masque honorable du patriotisme indigné, soulevèrent contre le duc des ressentimens nombreux.

A Aix , la comtesse de Sault fit nommer consuls, pour l'année i Sga , Meyrargues, Rabasse, Gaspard Honorât et Lieutaud , dociles instrumens de $e& impérieux caprices. A Marseille, Besaudun , qui exerçait alors la charge de viguier , et Charles Ca-

saulxy qui continuait de jouir d'un pouvoir considérable, jurèrent de faire au duc de Savoie tout le mal qui dépendrait d'eux. Ce prince ne voulut pas que ses ennemis conspirassent tout à leur aise. Il aima beaucoup mieux les en empêcher par la hardiesse d'un coup de main. Conformément à la prière des consuls d'Aix , il alla mettre le siège devant le Puy-Sainte-Réparade, et durant les opérations de ce siège , qui lui servaient à masquer ses desseins, il s'unit plus étroitement avec le comte de Carces j et fit couler en secret des soldats dans la ville d'Aix. Le id octobre iSgi il vînt se présenter à l'une des portes de la capitale , et comme les consuls y secondés d'un gros du peuple , lui en disputaient l'entrée, il poussa rudement son cheval et pénétra au milieu de la ville avec son escorte. A l'instant les carcistes prirent les armes aux cris de F'ii^e Son y^ liesse! à bas la Comtesse! tuèrent à coup de pistolet le lieutenant du quartier deSt.- Jean ; emprisonnèrent Guiran et l'avocat Fabri de Fabrègues, se livrèrent à toute sorte d'excès contre les amis les plus dévoués de la dame de Sault. Magnan , Rougiers , le chevalier de Chasteuil et plusieurs membres du parlement, qui tous ensemble dirigeaient ce mouvement, allèrent arrêter la t^omtesse dans sa maison. I4us fière encore dans le malheur qu'au sein des prospérités , elle s'avança vers ces trois gentilshommes, la tête haute, les. regards animés du feu de la colère et de l'expression

lui répondit sans la s; néanmoins sa répons* C'est ce qui dépita la refus manifesté avt être désarmée par l' ment triompher à> culée? La comtes cette entrevue, n duducdeSavoU influence. De si Caire payer bio sait coupable, prince ne tr couvrait sr du désinti' arriver pi sujets du gaols, 1 tes, bi' ganli^ seint

élargit les conseillers d'Âgar^Joannis, Desit Puget, détenus au château de Mereuil de- \ journée du palais. Sur l'appellation du cone ville, le parlement cassa les consuls récemélus y et fit choisir à leur place Honoré de anon , Nicolas Audibert, Antoine Duranti et is Brueys y tous attachés au comte de Garces, chevalier de Chasteuil, Magnan^Rogiers^ Al« eran, Mimata, furent nommés capitaines de artier. Charles Emmanuel écrivit aux consuls de arseille pour justifier sa conduite en cette dr- ^nstance. Besaudun et Casaulx lui lancèrent des .lathèmes^ Dans une assemblée générale tenue à Hôtel de Ville ils Faccuserent de tyrannie et d'usurpation. Us exhortèrent les habitans à résister à ses projets audacieux , à ses entreprises envahissantes. On délibéra d'un commun accord de conserver la ville sous la couronne de France; de ne jamais obéir au duc de Savoie , de ne recevoir des ordres que du duc de Mayenne , jusqu'à ce qu'on eût un roi catholique. Et quant à la lettre de Charles Emmanuel ^ les consuls décidèrent de ne point Élire de réponse, parcequ'il ne fallait avoir nz/ciz/ie conférence ni trafic açec lui (i).

Ce prince , voyant le bon ordre établi dans la capitale delà Provence, alla reprendre le siège du Puy-Sainte-Réparade. Cependant la comtesse de

(i) LouYet, i6id,f impartie.

Saulf, toujours veillée de près, fut menacée d'être conduite au château de Nice par Jeannetin Sforza, capitaine des gardes du duc de Savoie (i). EUei imagina pour se sauver un expédient qui lui réussit à merveille. Ayant feint d'être malade, elle garda le lit y et pendant qu'on la laissa seule avec son apothicaire Bertier qui sortit bientôt de sa chambre, elle se leva , fit mettre au lit à sa place une de ses femmes nommée Herbin, prit un habit de savoyard, se couvrit le menton d'une fausse barbe , monta par un escalier dérobé au faite de la maison avec son fils déguisé en jardinier, passa dans une mai* son voisine dont le maître était gagné d'avance, et sortit de la ville par la porte Saint Jean , à l'entrée de la nuit, le aa octobre i5gi, suivie de son fils et de Fabrot son domestique. Un capitaine de garde la reconnut, et il allait donner l'éveil, lorsque Fabrot lui imposa silence en fesant glisser dans sa main une bourse pleine d'or. Ils firent tous les trois un quart de lieue à pied, trouvèrent ensuite un guide qui les attendait avec des chevaux et prirent la route de Marseille (a). Au premier bruit de cette évasion le duc de Savoie revint à Aix en toute diligence. « En vain, dit un historien (3), se font alors « recherches, en vain sont trompettes aux champs.

(i) Durante, Hist de Nice, t. it , ch. y.

(a) Gaufridi , t ii , liv. xiv,

(3) César Nostradamus , 8* partie.

tf en vain criées résonnantes, en vain bandes à che- «c val , en vain coureurs à pied » • Comme on croyait que la comtesse se tenait cachée dans la ville d'Aix on fit, pour la trouver y des visites minutieuses. On fouilla les couvens et les lieux les plus secrets. On emprisonna Marsan , son maître d'hôtel, qui, pour ne pas compromettre les autres serviteurs, dit tout ce qu'il savait sur la fuite de sa maîtresse. Charles Emmanuel, dissimulant çon courroux^ retourna au siège du Puy.

Le maréchal de Montmorency venait de passer le Rhône et menaçait la ville d'Arles. Lesdiguières descendu du Dauphiné à la prière du parlement royal de Manosque, joignit le gouverneur La Valette , et tous les deux allèrent assiéger Gaubert, village de la viguerie de Digne. Un soldat grossier, surnommé en langue provençale lou Soutairé de Barlcj en avait le commandement. Celui-ci, faute de pouvoir tenir, ouvrit des conférences avec La Valette , sans demander une suspension d'armes , et comme il négligea de Êiire bonne garde, la place fiit surprise et lui pendu avec vingt-trois des siens aux arbres les plus proches. Le gouverneur vint camper devant Digne, s'en empara, et exigea une contribution de cinq mille écus. Ensuite il porta ses forces devant Beynes , village de la même viguerie, entre l'Asse et le Verdon, et après avoir établi autour du village une ligne de blocus , il se retira à Mezel j château voisin ^ pour attendre l'effet de

la disette des vivres chez les assiégés. Le comle de Garces alla secourir Beynes, et contraignit La Valette à resserrer ses munitions et ses troupes dans Mezel. En même temps Forbin-Saint-Canat, (commandant du Puy* Sainte -Réparade, défendit ce château avec tant de bravoure , bien qu'il n'eût sous ses ordres que cent quatre-vingts arquebusierSy que les troupes du duc de Savoie , après avoir tiré deux mille cinq cents coups de canon et livré inutilement plusieurs assauts , furent obligées de se retirer. Le 5 novembre Charles Emmanuel retourna à Aiz. Le comte de Garces, après avoir ravitaillé Beynes y alla du côté de Yalensole. Le gouverneur l'y suivit j et lui offrit la bataille qu'il refusa. La Valette se dirigea du coté de Manosque , et le comte de Garces se rendit à Âix /accompagné de son neveu le marquis de Trans , de La Molle , du commandeur de Montfort , de Seillans y d'Aups , de RomoUes et de quelques autres gentilshommes. Gomme depuis longtemps on ne l'avait pas vu dans la capitale , il y fut reçu par le parlement et par les consuls avec de grandes démonstrations d'amitié^ etle ducdeSavoie le nomma son lieutenant^général.

Le peuple marseillais , brûlant de haine pour le duc de Savoie , obéissant d'ailleurs à toutes les inspirations de Besaudun , et surtout de Gharles de Gasaulx y avait accueilli la comtesse de Sault avec des transports d'enthousiasme. La ville entière était

en proie à la plus violente agitation. Les élections municipales se firent dans ces circonstances , et il ne fut pas diflSicile à Casaulx d'obtenir le premier chaperon consulaire. Suivant les désirs de Charles Emmanuel y le parlement d'Aix ^ naguère si rampant devant les volontés de la dame de Sault , la décréta d'ajoiirnement personnel , sous la fausse et ridicule accusation d'avoir eu des intelligences secrètes avec La Valette pour lui livrer la capitale. La cour rendit un autre arrêt de prise de corps contre Fabri de Fabrègues , Guiran , Rabasse , et un teinturier nommé Perrinet, connu par son dévoûment à la comtesse. Celle-ci, suscitant partout des ennemis au duc de Savoie , voulut se fortifier de Talliance de Bausset , commandant du Château-dlf , lequel s'unit à son parti quand il vit que cette union ne détruisait point son système d'indépendance , jusqu'à ce qu'il pût mettre la place sous l'obéissance d'Henri IV. De son côté , Charles Emmanuel fit tous ses efforts pour détruire la ligue dangereuse qui se formait contre lui à Marseille. Méolhon , gouverneur du fort de Notre-Dame-dela-Garde , se laissant gagner par les promesses du prince , escalada , dans la nuit du 1 6 novembre iSqi y l'abbaye de Saint-Victor , avec le secours de quelques religieux ses amis , et 'y établit trois cents hommes armés. Le lendemain au matin on vit arriver dans le monastère les conseillers de Flotte , de Vento , de Villeneuve , et l'avocat-gé-

néral de I^urens, commissaires du parlement , accompagnés du comte Garces, tous chargés d'assurer l'exécution de l'arrêt rendu contre la comtesse de Sault. On apprit , en même temps , que le duc de Savoie fesait avancer des troupes vers Marseille. Aussitôt des clameurs de colère et d'indignation s'échappèrent de toutes les bouches. Casaulx endosse la cuirasse , met son chaperon par-dessus , monte à cheval, court les rues en criant : aux armes! Son cri trouve partout de l'écho , et plusieurs milliers de voix retentissantes répètent avec lui : aux armes ! aux armes ! Dieu , quel concert de malédictions patriotiques ! guerre aux traîtres y guerre aux oppresseurs. Périsse le nom marseillais plutôt que de subir l'injure de la domination étrangère. Un drapeau rouge est arboré à l'Hôtel de Ville ; des bataillons se forment comme par enchantement; on s'empresse de déposer des offrandes pour la défense de la patrie , et le corps des marchands donne soixante et quinze mille livres (f ). Casaulx sait prendre avec autant de rapidité que d'intelligence toutes les mesures de salut public. Il place des corps-de-garde aux endroits convenables , fait enlever les rames des bateaux pour empêcher les partisans du duc de passer de l'autre côté du port où l'abbaye était située , dresse une batterie à la tour de Saint-Jean , en dresse

(l) Gaufridi, ibld.

1 d'autres dans des lieux avantageusement situés pour battre en brèche le monastère. Méolhon ,

I pressé de capituler, ne répondit pas. De suite Tarr I tillerie , dirigée par Gasaulx , foudroie les murs de I Fabbaye , tandis que le fort de Notre*Dame-de-la* Garde lance en pure perte quelques boulets sur la ville. Une jeune fille en est seulement blessée. Méolhon, ne voyant pas arriver les secours qu'on lui avait sans doute promis , se met à négocier par l'intermédiaire du prieur de Saint-Victor. On convient qu'il déclarera qu'il ne s'est emparé du monastère que dans la vue du bien public; que voyant les choses prendre une tournure contraire à ses espérances , il était bien aise de capituler pour éviter la ruine de l'établissement religieux ; que la bonne intelligence qui avait régné jusqu'alors entre la ville et le fort de Notre-Dame-de-la-6arde existerait comme par le passé. Méolhon se retira dans ce fort avec tous les honneurs de la guerre. Fabio y fils de Gasaulx , s'établit à Saint-Victor avec une compagnie de cent hommes. Les troupes du duc de Savoie , après avoir ravagé le territoire de Marseille , battirent en retraite , et les habitans de cette ville célébrèrent par une illumination générale j par une procession solennelle et par des fêtes publiques , l'heureux maintien de leur indépendance (i).

(i) Voyez mon HifrU de Marseille > t. ii> liv. v.

ré di

>ur cacher la faiblesse decelte petite armée. Des

- .jux côtés on sonne bientôt la charge. D'abord les

aces espagnoles et italiennes percent l'infanterie

s royalistes , laquelle cominence à lâcher le pied.

comte de Garces, qui s'aide à la charger , entre

ivant qu'il se prend à crier : victoire! victoire! A

cri, La Valette enflammé d'une ardeur belli-

euse , s'avance l'épée à la main , fait tourner

âge aux fuyards , leur donne du cœur par son

mple. En même temps Forbin-Saint-Canat et

itevès-Buoux vont aussi à la charge , et la ca-

jrie des ligueurs plie à son tour. Elle rompt son

onnance , fîiit avec précipitation , va se jeter en

ordre dans la rivière où plusieurs trouvèrent la

:t. Vincinguerra fut de ce nombre. La Valette

^a le duc dé Savoie se retirer sans le poursuivre,

contentant de l'honneur de l'avoir vaincu (i).

ligueurs prirent la route de Saint-Paul'; ils ne

ient ce que Vincinguerra était devenu , et

ries Emmanuel s'employa en toute façon à le

cher. « on cria long-temps parmi le camp : Vîn-

nguerra , parle, parle. Mais il n'avait garde de

irler, n'étant plus au monde (a). » La Valette

de l'eau son cadavre , le fit couvrir d'un lin-

et l'envoya à Saint-Paul pour qu'on lui rendît

erniers devoirs. Après quoi il retourna à Mâ-

ouvet , loco citi

lai répondit sans la satis&ire, en accompagnant néanmoins sa réponse des manières les plus polies. C'est ce qui dépita la comtesse, qui eût préféré un refus manifesté avec colère; car la colère peut être désarmée par l'adresse et l'habileté. Mais comment triompher des froideurs d'une politesse cal* culée ? La comtesse , irritée du peu de succès de cette entrevue, résolut de se séparer ouvertement du duc de Savoie et de tourner contre lui toute son influence. De suite elle prit ses mesures pour lui faire payer bien cher l'ingratitude dont elle le disait coupable. Elle courut à Aix ; insinua que le prince ne travaillait que pour lui-même ; qi^'il couvrait ses projets de conquête sous le voile du désintéressement et de la religion ; que , pour arriver plus sûrement à son but, il donnait à ses sujets du Piémont et de la Savoie , ou à des Espagnols, la garde des places conquises sur les royalistes, bien qu'il eût promis dé ne mettre dans les garnisons que des soldats provençaux. Ces bruits, semés avec adresse et répandus avec persévérance par la haine qui prenait le masque honorable du patriotisme indigné, soulevèrent contre le duc des ressentimens nombreux .

A Aix , la comtesse de Sault fit nommer consuls, pour l'année i Sqt, , Mey rargues, Rabasse , Gaspard Honorât et Lieutaud , dociles instrumens de $es impérieux caprices. A Marseille, Besaudun, qui exerçait alors la charge de viguier , et Charles Ca-

saulx, qui continuait de jouir d'un pouvoir considérable, jurèrent de faire au duc de Savoie tout le mal qui dépendrait d'eux. Ce prince ne voulut pas que ses ennemis conspirassent tout à leur aise. Il aima beaucoup mieux les en empêcher par la hardiesse d'un coup de main. Conformément à ta prière des consuls d'Âix , il alla mettre le siège devant le Puy-Sainte-Réparade, et durant les opérations de ce siège ^ qui lui servaient à masquer ses desseins y il s'unit plus étroitement avec le comte de Carces , et fit couler en secret des soldats dans la ville d'Aix. Le i5 octobre f Sgi il vint se présenter à l'une des portes de la capitale , et comme les consuls y secondés d'un gros du peuple ^ lui en disputaient l'entrée, il poussa rudement son cheval et pénétra au milieu de la ville avec son escorte. A l'instant les carcistes prirent les armes aux cris de f^we Son Altesse l à bas la Comtesse! tuèrent à coup de pistolet le lieutenant du quartier deSt.- Jean ; emprisonnèrent Guiran et l'avocat Fabri de Fabrègues, se livrèrent à toute sorte d'excès contre les amis les plus dévoués de la dame de Sault. Magnan , Rougiers , le chevalier de Chasteuil et plusieurs membres du parlement, qui tous ensemble dirigeaient ce mouvement, allèrent arrêter la comtesse dans sa maison. Plus fière encore dans le malheur qu'au sein des prospérités , elle s'avança vers ces trois gentilshommes, la tête haute, les. regards animés du feu de la colère et de l'expression

çaux condaits par le duc de Savoie , avait sa cause à part et se maintenait indépendante.

Le duc ne gagna rien à la mort du gouverneur. La ville d'Arles sur laquelle il comptait lui échappa, et voici comment. Ses troupes occupaient toujours Fourques et Trinquetaille. de i a mars , le consul Nicolas de La Rivière, qui continuait de lui montrer un dévoûment inviolable , défendit aux capitaines de quartier de faire leur togr de garde, et se disposa à placer à la porte de la Cavalerie deux, compagnies espagnoles , deux autres à la porte du Marché-Neuf. A cette nouvelle les Arlésiens prirent l'alarme. On publia que le premier consul voulait livrer la ville aux étrangers , et l'on ne se trompait pas. Un grand nombre de citoyens courut aux armes, il y eut en divers quartiers des rassemble* mens tumultueux. De La Rivière, qui conférait à l'Hôtel de Ville avec Rides, commandait des compagnies espagnoles, mande sa cuirasse et ses armes, ne tarde pas à sortir, accompagné de ce commandant et de sept ou huit mousquetaires, pour en imposer à ses ennemis. Il rencontre , près de l'église Saint Julien , un tailleur armé appelé Moïse , lui adresse quelques reproches , et finit par lui décharger sur la tête un coup de sabre qui l'étend par terre. Ensuite il va droit à la porte de la Ciivalerie où il trouve une troupe d'hommes qui se barricadaient sous le commandement de Ruffin , l'un des capi^ines de quartier, qui était venu là contre

ses ordres. Qui i^ous a commandé de prendre les armes, cria-t-il d'une voix grossie par la colère. Gaspard André, surnommé ïéte-de-Mort , déclare qu'ils ne sesont armésque parce qu'on leur a rappiorté qu'il voulait confier la garde des portes aux "EAi^dL^nols. Qui a dit cela ^ répond Laftivière. Tout le monde ^ répliqua Louis Peîron, placé derrière André. A ces mots, La Rivière déjà tout échauffé s'irrite davantage, fond sur ces deux hommes l'épée à la main , les blesse tous deux dangereuse-i^ ment, et il allait se porter à d'autre^ extrémités, lorsque Constantin , autre capitaine de quartier ^ parut et commanda de faire feu sur ce téméraire consul. Aussitôt une décharge de mousqueterie cassa la jambe gauche de Nicolas de Ija Rivière qui mit un genou en terre et se défendit le mieux qu'il put, en vomissant des injures et des juremens affreux. Tandis qu'il se débattait ainsi ^ il reçut ad travers du corps un autre coup de mousquet qui le laissa mort sur la place. A la vue de ce cadavre roulant dans un ruisseau , Rides s'écria : Canaille^ uousaueztué i^otre consul^ dans peu d heures cous serez tous pendus. A peine a-t-il achevé ces mots qu'il tombe baigné dans son sang. Aussitôt le cornette Piquet, le maréchal-des-logis Louis de Monde et dix ou douze partisans du consul courent à la porte de la Cavalerie pour la défendre. Mais la trouvant déjà saisie par le peuple , ils Se retirent en désordre. Dans cette retraite, de Monde reçut

un coup d'arquebuse dont il mourut deux jours après. En même temps la multitude s'arme de tout ce qui lui tombe dans la main. On &it partout des barricades; partout on crie avec fureur : Liberté! Liberté ! i^ii^ent les Fleurs de Lys ! Durant quel* ques heures la ville entière fut dans une confusion inexprimable. Le second consul Duport et quelques citoyens influens travaillèrent au rétablissement du calme. Leurs soinseurentun plein succès, les Espagnols s'éloignèrent et la tranquillité revint. Cependant le conseil municipal d'Arles députa deux gentilshommes au duc de Savoie pour lui exprimer ses regrets touchant la fin tragique de La Rivière et du commandant Rides, et en même temps pour lui donner des témoignages de dé vouement et derespect.Leduc, trop confiant, s'imagina qu'il lui serait facile de rétablir sion pouvoir dans la ville sans employer la force ouverte , et il jeta les yeux sur le lieutenant Pierre Biord comme sur un instrument précieux qui pouvait le servir en cette conjoncture. Biord venait de paraître devant le parlement d'Aix sous le poids d'une accusation menaçante. Les crimes qu'on lui imputait semblaient appeler sur lui la peine de mort. Mais quand on lui eut permis de plaider sa cause, il se défendit avec tant de force et tant d'éloquence, que la cour revenant à d'autres sentimens, ne rendit qu'un simple arrêt interlocutoire. Elle ordonna un plus ample informé sur les lieux

par un de ses membres. Telle était la position de Pierre Biord lorsque le duc de Savoie lui donna la liberté et lui proposa ses faveurs , s'il voulait seconder ses desseins. Le lieutenant , charmé d'avoir une si belle occasion d'humilier ses ennemis ^ vante le crédit dont il jouit encore à Arles, cite les amis qui lui sont dévoués, fait un pompeux étalage de ses ressources, enivre enfin le duc des plus belles espérances. Charles Emmanuel l'invite à partir pour Arles le plus tôt possible , accompagné d'AUamanon. fiiord se mit en route dans la nuit même avec le compagnon que le prince lui avait donné. Le i6 mars il arriva à la Crau et voulut s'arrêter à sa maison de campagne avant d'entrer en ville. Quelques-uns de ses ennemis , instruits de son approche, résolurent de se défaire de lui. De Beaujeu , capitaine du port , Roquemartine , Méjanes , Conque , Mandrin , et une quinzaine d'autres montèrent à cheval et se dirigèrent vers la campagne de Biord. Celui-ci , les voyant arriver de loin , crut que c'était une troupe de ses partisans qui venaient le chercher, et il monta de suite à cheval pour aller à leur rencontre. Mais il les reconnut en peu d'instans, tourna la bride et se mit à fuir. On le poursuivit vivement , on l'atteignit bientôt , on le cribla de coups ; et quand il eut rendu le dernier soupir, on lui passa autour du cou la bride de son cheval , peut-être pour exprimer qu'il avait bien mérité la corde.

356 mSTOIRE

Le duc de Savoie, qui se méfiait déjà de l'esprit public de la ville d'Aix j comprit qu'il ne pouvait plus tenir en Provence où il avait englouti des sommes énormes , perdu ses meilleurs soldats dans des actions sans gloire , ruiné sa renommée d'ha« bileté et de sagesse. La plupart des ligueurs , par un sentiment d'inconstance oiï de nationalité, se détachaient peu à peu de lui , et le parti d'Henri lY j ce parti tout français , croissait en force et prenait une meilleure attitude. Charles Emmanuel ne songea plus qu'à regagner ses états , en laissant néanmoins le commandement de queK ques troupes au comte Martinengo , pour être toujours en mesure d'agir selon les circonstances, ou tout au moins pour mieux observer les événe* mens qui pourraient tourner à son avantage par les chances de la politique et de la guerre. Le 3o mars iSgti il partit d'Aix et reprit la route de Nice avec le reste de son armée.

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