‹ Histoire de Provence (volume 2)Chapitre 41 sur 44 · G HISTOIRE · texte numérisé non relu

G HISTOIRE

L'armée des ligueurs occupait le voisinage de VkioD , mauvaise bicoque que les royalistes brûlèrent. Cette armée avait son avant-^garde à Esparron, le corps de bataille à Rians, et Farrière-garde à Saint-Martin de PalUères, postes éloignés d'une demi^ieue l'un de l'autre. Martinengo dirigeait les opérations générales^ et il avait pour lieutenans Besaudun , d'Âllamanon ^ de Cocuron et d'Antra* ges. Le i5 avril de la même année iSgi , Lesdiguières attaqua les ligueurs avec impétuosité et remporta sur eux une victoire complète. En se retirant , ils laissèrent dans Esparron une partie de leur infanterie et trois cents cavaliers. La Valette vint assiéger ces troupes , qui se voyant privées de toute espèce de secours^ pressées par la faim et par la soif, capitulèrent sans autre condition que la vie sauve. Les ligueurs perdirent dans cette journée quatre cents hommes de cavalerie, quinze cents arquebusiers et quatorze drapeaux. Lesdiguières et La Valette, après avoir permis à leur armée de prendre quelques jours de repos à Saint- Maximin, à BrignoUes et à Tourves, se portèrent sur Marignane qu'ils reçurent à composition le 24 du même mois d'avril. Ils emportèrent Grans par escalade , le pillèrent , le livrèrent ensuite aux flammes, et firent pendre qudques-uns de ses ha^ bitans. Enfin ils arrivèrent à Berre où ils jetèrent des provisions et des secours. Les deux chefs se séparèrent alors. Lesdiguières prit la route d*0-

range et repassa de là en Danphiné. La Yakcte frandiit la Durance vers Koves et se retira da côté de Sisteron«

Il assembla y le i4 ^^0^9 cla^' ceUte ville les eommiinautés de son parti. Il j fut arrêté qu'on levenait de nouveaux subsides pom* continuer la guerre y mais qu'on ferait un traité particulier avec les ligueurs, pour s'engager de part et d'autre à ne point toucher au bétail lorsqu'on s'emparerait de quelque terre. Au reste, on recommença les hostilités avec la même fureur qu'auparavant. Le baron de Montaud, qui servait dans l'armée royale , surprit la petite ville de Pignans , y fit un carnage horrible y brûla la maison capitulaire avec tous tes documens et tous les titres que les chanoines avaient pu y réunir*

Les ligueurs désiraient ardemment le retour du duc de Savoie pour améliorer leurs affaires qui prenaient la plus mauvaise tournure. Ce prince, revenant d'Espagne, entra le 6 juillet dans la rade de Marseille avec quinze galères, mille hommes d'infanterie, cinquante mille écus et des grains en abondance* Les intrigues de l'infante, fille de Philippe, qui aspirait à devenir reine de France, l'a^ vaient empêché d'obtenir des secours plus considérables. Comme la flotte espagnole inspirait des craintes au peuple marseillais toujours jaloux de son indépendance y Charles EmmanueMa renvoya à La Ciolat et resta à Marseille avec la seule galère

qu'il montait Quelques jours après on vit arriver au Château-dlf deux galères du grand duc de Toscane , chargées de troupes et de munitions de guerre. Ce prince voyait avec peine l'agrandissement de la maison de Savoie et craignait qu'à la faveur des guerres civiles elle ne réunît la Provence à ses anciens domaines. Il voulait s'emparer pour son propre compte des îles d'If et de Pomègues^ pour incommoder son rival ambitieux , ou tout au moins pour surveiller ses desseins sur la ville de Marseille. Nicolas de Bausset de Roquefort, commandant de ces îles , était un chaud royaliste. Il sentit l'impossibilité de se maintenir dans son poste faute de vivres , et il aima mieux se mettre sous la protection d'un prince étranger, trop faible pour nourrir des projets de conquête, que sous la puissance de la ligue et du duc de Savoie. £tt conséquence , de Bausset conclut un traité par lequel il s'obligea de laisser débarquer des soldats toscans dans les îles, à condition qu'il en resterait gouverneur et qu'il ne les remettrait qu'à un roi de France catholique. Sommé par le duc de Savoie de venir rendre compte de sa conduite , il refusa d'obéir. Alors il fut déclaré rebelle, et l'on défendit, sous peine de mort , de lui donner des munitions de guerre.

En même temps l'avocat-général de Laurens apporta de Rome un bref qui enjoignait à tous les prélats, ecclésiastiques, princes , seigneurs,

gentilshommes^ villes et communautés d'abandonner le parti d'Henri lY ^ dans le délai de quinzaine, sous peine d'excommunication et de confiscation des bénéfices. Cet acte fulminant de la puissance théocratique releva le courage des ligueurs provençaux , ranima leur espoir , soutint leur confiance. Dans les derniers jours de juillet , le duc de Savoie partit d'Aix avec sept ou huit cents chevaux et douze cents arquebusiers savoyards ou piémontais, deux cents piquiers (i) espagnols , douze cents soldats provençaux et douze pièces de canon , pour mettre le siège devant la ville de Berre qui commençait à manquer de vivres. En vain La Valette fit tous ses efforts pour la secourir ; en vain il essaya d'en éloigner les ligueurs par quelque diversion d'armes. Il eut beau les harceler de toutes les manières , rien n'y fit. Ni la prise de la Tour-d'Âigues et de Mirabeau , ni les courses faites dans le territoire d!Aix par les soldats de la garnison du Puy-Sainte-Réparade ne purent forcer le duc de Savoie à quitter les travaux du siège et à sortir de ses lignes. La Valette écrivit à Barate , commandant de Manosque : Je ne uous dis rien du succès de notre voyage ^ parce que le duc s* est tellement retranché par forts et fossés ^ qui il na jamais voulu venir au combat (a). Il réclama de-

(i) Fantassins armés d'une pique, (a) Bouche , t. ii, Uv. x , ch. ix.

rechef rassistanoe de Lesdiguières et demanda aussi des secours au maréchal de Montmorency , gouverneur du Languedoc. Lesdiguières , ne se fesant pas attendre , entra en Provence par la vigue* rie de Sisteron , mit Lurs , Courbons et Chanter* cier au pouvoir des royalistes ^ et prit toutes ses mesures pour obtenir de plus grands avantages. Montmorency, suivi du vieux colonel corse AU phonse Omano , passa le Rhône à Tarascon avec un corps de troupes auxiliaires et tomba sur le château de Graveson que défendait une troupe de ligueurs. Ce château se rendit à discrétion , et les royalistes , selon leur usage , firent un cruel abus de la victoire. Ils rançonnèrent les officiers , envoyèrent les soldats aux galères et pendirent un prêtre qui s'était fiiit remarquer par son exaltation et par sa turbulence. Charles Emmanuel , impas** sible au milieu de ses opérations de siège, pressait Berre plus vivement ; et cette place , après avoir épuisé tous ses moyens de résistance , capitula le iko du mois d'août 1 591. La garnison , réduite à soixante hommes par la famine et par le feu ennemi , sortit avec tous les honneurs de la guerre. Le duc de Savoie, voulant témoigner au commandant Mesplez, gentilhomme gascon , le cas qu'il fesait de sa bravoure, lui donna un cheval barbe portant au cou une bourse de velours qui contenait quatre cents écus d'or. Le prince fit entrer dans Berre plusieurs compagnies piémontaises sous

les ordres d'un capitaine nommé Just , et quelques troupes provençales^ mais en plus petit nombre. Il confia le gouvernement de la place à Yitelly , baron romain qui servait sous ses drapeaux ^ et s'avança ensuite du côté de Digne, pour s'opposer à la marche de Lesdiguières qui reprit la route du Dauphiné lorsqu'il connut le mouvement de l'armée de la ligue. La Valette et Montmorency s'avancèrent vers Arles dont ils croyaient avoir bon marché. Mais le duc de Savoie les devança et parut devant la ville avec deux mille chevaux. Les royalistes, trompés dans leurs espérances, battirent en retraite , commirent des ravages affreux à Fourques , à Trinquetaille , à la Camargue^ et passèrent le Rhône chargés de butin. Montmorency resta dans le Languedoc confié à sa garde. Mais La Valette repassa le fleuve au Pont Saint-Esprit , entra dans le comté de Grignan , puis dans le Dauphiné , et revint à Sisteron où il avait établi le siège de son gouvernement.

La ville d'Arles était alors remplie de confusion et de trouble. Le lieutenant Pierre Biord , ce ligueur furieux dont j'ai déjà parlé , y exerçait un •pouvoir absolu et jouait à peu près le rôle que Casaulx jouait à Marseille. D'un caractère audacieux , d'une imagination ardente , d'une éloquence passionnée , il s'était fait l'idole d'une populace ignorante dont il partageait les emportemens fanatiques et dont pourtant il maîtrisait les esprits. Inquiet ,

mille indignités aux tourmens de la question , et

après avoir inutilement épuisé toute sa barbarie

sur cet infortuné , il se tourna du côté de son trère.

Celui-ci^ vaincu par la douleur , avoua tout ce qu'on

voulut (i). Dès ce moment Biord ne mit plus de

bornes à son aveugle tyrannie. Â tort ou à raison

il se plaignit d'une tentative d'empoisonnement

contre sa personne , et de plus il accusa plusieurs

lobles et plusieurs bourgeois d'avoit voulu livrer

^a ville au maréchal de Montmorency. Parmi tous

'^eux qui furent jetés en prison , on cite Quiqueran-

^eaujeu et deux de ses fils^ de Roquemartine ,

ie Bouchon , Aube , de Parades , Jérôme et Jean

le Meyran , de Faraud, de Cabanis , Trophime

VUsane, quatre membres de la famille d'Antonelle,

François d'Avignon et le chanoine Icard. Le lieu-

enant fit donner la question aux uns , menaça les

\utres de la fureur populaire , refusa les alimens

*t la confession à plusieurs.

Telle était la situation d'Arles lorsque le duc de îavoie parut devant cette ville. Le consul La Rivière |ui était allé à la rencontre du prince , le pria de le pas entrer avec ses deux mille hommes de çaalerie, pour ne point effaroucher le peuple. Chares Emmanuel ayant répondu qu'il plaçait toute sa confiance sur l'affection des Arlésiens , ne prit avec lui que trois cents chevaux , laissa le reste de ses

(i) Ganfridi , t. ii , liv. xit.

troupes au faubourg de Trinquetaille, et fit son entrée dans Arles au milieu des cris de Five le Duc! vive la Messe ! Les femmes des prisonniers allèrent au nombre de douze se jeter aux genoux de Son Altesse et le supplièrent , les larmes aux yeux , de rendre la liberté à leurs époux, ou du moins de les faire conduire à Aix pour y être jugés par le parlement suivant les lois du pays. Le duc de Savoie accueillit ces dames avec bonté et leur promit satisfaction. Pierre Biord j au lieu de s'intimider , n'en fut que plus audacieux. Il résolut , dit-on , de fermerles portes de la ville au prince , à son retour de Fourques où il devait aller. Charles Emmanuel , qui se doutait des mauvaises intentions du lieutenant , lui envoya dire qu'avant son départ il avait à lui faire une communication importante. Biord se rendit auprès de lui accompagné de Boussicaut le Manchot 9 Huan, Romani, Dagnan, Jaquas,Peiet et Bardouche , ses satellites affidés, tous complices de son odieux despotisme. Le duc l'entretint longtemps en particulier et le quitta ensuite en le saluant comme pour aller donner quelques ordres. Des gardes entrèrent aussitôt , se saisirent de Biord et arrêtèrent aussi ses compagnons qui Tattendaient dans un autre appartement. On les conduisit tous au château de Salon , puis à Aix pour que le parlement pût instruire leur procès.

Le duc de Savoie assembla en toute hâtie l'archevêque , le clergé , les consuls et les notables. Il

fit valoir cet acte de fermeté comme une preuve de son zèle pour le bien public , de son attachement à la ville d'Arles et de l'aversion que la tyrannie lui inspirerait toujours. L'archevêque , au nom de l'assemblée , le remercia de sa généreuse conduite ; et le prince, voulant se montrer digne de la confiance publique, ordonna d'élargir tous les prisonniers victimes des vexations du lieutenant Pierre Biord. Il ne négligea rien pour se créer des partisans , et surtout il donna des témoignages d'affection et d'estime au consul de La Rivière, intrigant sans mérite qui s'était élevé aux premières charges municipales à la faveur des troubles domestiques. Charles Emmanuel , ayant établi à Fourques et à Trînquetaille une garnison composée de Savoyards et de Piémontais , d'Espagnols et de soldats du pays, se dirigea du côté de Salon.

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