IV. ao
ses terres les princes delà maison deStuart. « Ja- « mais l'Europe, dit Voltaire (i), ne vit luire de « plus beaux jours que depuis la paix d'Aix-la- « Chapelle jusques vers l'an 1755. Le commerce « florissait ; les beaux-arts étaient partout en « honneur. On voyait entre toutes les nations une « correspondance mutuelle. L'Europe ressemblait « à une grande famille réunie après ses diffé- « rends. »
Ce repos fut troublé par l'ambition de la remuante Angleterre, qui voulut s'étendre sur le Canada appartenant à la France. La cour de Versailles se plaignit, et la négociation traîna en longueur. En. 1755, l'Angleterre fit attaquer les vaisseaux français sans déclaration de guerre , et Louis XV fut obligé de prendre les armes.
On vit alors un changement complet dans le système politique de l'Europe. Le roi de Prusse, auparavant allié de la France, se ligue avec les Anglais; l'Autriche se rapproche de la France dont elle était l'ennemie depuis deux siècles; la Suède se trouve alliée de l'Autriche qu'elle avait combattue depuis Gustave ; l'Espagne , la Sardaigne , la Hollande gardent une neutralité parfaite.
Les conimencemens de la guerre furent glorieux pour la France. Tandis que les Anglais, battus vers le Canada, craignaient une invasion chez eux,
(1) Ouv. cité , chap. xxxi.
ils ne songeaient pas à File de Minorquc qui leur avait été si utile pendant la guerre de la succession d'Espagne. La possession de cette conquête leur était plus importante que Gibraltar qui n'est point un port, et leur donnait l'empire de la Méditerranée. Louis XV résolut d'y envoyer le maréchal de Richelieu avec trente mille hommes, escortés par une escadre placée sous les ordres du marquis de la Galissonnière le meilleur marin français de l'époque. Ces troupes se réunirent en Provence. Les ports de Marseille et de Toulon s'animèrent d'une vie nouvelle. Tout y était en mouvement. Le génie de la guerre , y respirant à l'aise , déployait une activité bruyante et féconde. Les négocia ns marseillais rivalisèrent de patriotisme et s'imposèrent des sacrifices pour mieux assurer le succès d'une expédition qui devait leur procurer tant d'avantages.
La flotte française sortit des îles dHyères le 10 avril 1756. Elle était composée de douze vaisseaux de ligne , de cinq frégates et de cent cinquante bâtimens de transport. Une violente tempête la dispersa dès le premier jour , mais les vaisseaux parvinrent à se rallier à la vue de Minorque. L'armée y débarqua sans obstacle le 17, et s'empara de la ville de Ciutadella, ainsi que de celle de Mahon , que les Anglais abandonnèrent pour aller s'enfermer dans le fort Saint-Philippe. Le ao mai , le marquis de la Galissonnière battit une
flotte anglaise de quatorze vaisseaux de ligne et parvint à lui fermer l'entrée du port de Mahon. Le a8 du mois suivant, le maréchal de Richelieu emporta d assaut la citadelle. Le port de Mahon et File entière se trouvèrent au pouvoir des Français, et la garnison Anglaise fut transportée à Gibraltar.
La marine française était devenue formidable, et les Anglais humiliés cessèrent d'insulter les côtes de Provence. Mais des jours de grandeur se levèrent encore pour eux et le sceptre des mers retomba dans leurs mains. La France, prodiguant son sang et ses trésors dans cette guerre dite de sept ans, fit des prodiges de vaillance , et malgré ses malheurs ne fut entamée nulle part. 11 n'en fut pas ainsi de ses possessions coloniales. Elle perdit tour-à-tour dans les Indes, en Afrique et en Amérique ces établissemens commerciaux dont on a trop vanté les avantages.
Cependant le cabinet de Versailles avait formé le hardi projet d'attaquer l'Angleterre au sein de son empire. Deux armées, l'une en Bretagne , sous le duc d'Aiguillon , l'autre à Dunkerque sous Chevert, la menaçaient d'une descente. L'amiral de la Clue , commandant l'escadre de Toulon , forte de douze vaisseaux de ligne et de trois frégates , devait joindre à Brest le maréchal de Conflans , qui avait vingt-un vaisseaux sous ses ordres. Mais bientôt le commodore Boys et l'amiral Hawke déconcertèrent cette entreprise en blo-
quant Dunkerque et Brest , tandis que Boscawen , autre amiral Anglais, vint bloquer le port de Toulon. Boscawen se retira peut-être à dessein , et de La Clue sortit avec sa flotte. Comme il serrait la cote de Barbarie et avait déjà dépassé les rivages de Ceuta, cinq de ses vaisseaux et ses trois frégates se séparèrent du reste de 1 escadre , et le lendemain, 17 août 17^9 , Boscawen s'offrit en bataille avec quatorze vaisseaux , près de Lagos et du cap Saint-Vincent. Ce combat était trop inégal pour que le succès pût être un moment douteux. Dans cette journée fatale , trois vaisseaux français furent pris, deux brûlés sur la côte et les deux autres se sauvèrent à Lisbonne. Un nouveau désastre accabla la marine française. Le ao novembre de la même année , l'escadre du maréchal de Conflans fut battue par celle de l'amiral Hawke. Les finances étaient dans la plus déplorable détresse. Le commerce se trouvait ruiné. La querelle des princes n'en fut pas moins opiniâtre , et il y eut encore en Allemagne une multitude innombrable de combats qui ne firent qu'ajouter aux malheurs des peuples accablés de fatigue, de souffrances et d'épuisement. Enfin, au mois de février 1763, la paix fut signée entre toutes les puissances belligérantes. Cette paix était bien honteuse pour la France; mais elle en avait un si pressant besoin , qu'elle regarda ceux qui la conclurent comme des bienfaiteurs dignes de tout «on amour.
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