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FÊTES RELIGIEUSES

Les Provençaux aimaient avec délice, comme ils aiment encore, les pompes du Catholicisme , les

(i) Ce dernier Comte de Proyence légua sa bibliothèque au courent de Saint-Maximin, ad honorem gloriosœ Sanctœ Marîœ MagdaUnœ.

(1) Pitton , AnnaL de l'Églifle d'Aix. — Gallia Chnstîanaj 1. 1, pag. 3a S. — Sobolis, Catalogue HistManusc. des Archeréqnes d'Aix. — Henricy , Broch. ciiée.

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cérémonies religieuses» toutes ces solennités extérieures qui saisissent à la fois les sens sous un ciel méridional. Us n'auraient pu se contenter d'un culte plus sévère et plus froid , d'une liturgie sans divertissemens et sans spectacles. U leur fallait des nuages d'encens , des guirlandes de fleurs, des gerbes de lumières y des voix de jeunes filles. Leur religion avait plus de racines dans l'imagination que dans l'ame, et quand leurs yeux étaient satis- Êiits , leur raison ne demandait rien.

René institua à Aix (i), à l'occasion de la Fête- Dieu f les jeux célèbres qui pendant si long-temps enivrèrent de joie le peuple provençal , et lui aussi était peuple de ce côté-là. U en prescrivit les détails les plus minutieux avec autant de soin que s'il se fut agi de l'affaire la plus importante de son règne. Pour assurer perpétuellement l'exécution de ses volontés, il constitua des rentes sur un capital de son propre trésor, réversibles à la ville d'Arles dans le cas où celle d'Aix négligerait d'en employer les revenus suivant sa fondation spéciale.

Le jour de la Pentecôte, le conseil municipal d'Aix nommait le Prince d'Amour et l'Abbé de la Jeunesse. Le premier était toujours choisi dans l'ordre de la noblesse , qui payait la dépense considérable causée par la marche de son représen-

(i) Quelques-uns disent en 1443 , d'autres en 1471.

tant (i). Le même jour les procureurs et leurs principaux clercs élisaient le Roi de la Basoche, lequel venait s'asseoir sur un trône dans la grand'salle du Palais de justice , y fesait choix de tous ses officiers en grande cérémonie, et était ensuite reçu par la Cour Souveraine. L'Âbbé de la Jeunesse avait aussi ses officiers nommés par les consuls sur sa présentation (li). La veille de la Fête- Dieu j vers les dix heures du soir, les divinités du paganisme , toutes à cheval et décorées de leurs attributs, traversaient la ville au milieu d'une foule immense, à la lueur de nombreuses torches, au son des cloches , au bruit des fifres et des tambours. Ensuite venaient les chevaliers du guet, des portedrapeaux, des danseurs, après lesquds s'avançaient

(i) La noblesse prorençale fit des remontranees sar cette dépen« le. Par déclaration de Louis XXV, en date da aS juin 1668 » la dignité dit Prince d'Amonr fnt supprimée et l'on créa un Lieutenant du prince. Ce lieutenant , pris dans Tordre des aTocats ou dans la haute bourgeoisie , continua de tenir le premier rang dans la fête.

Le Prince d'Amour , et après lui son lieutenant y imposaient une amende nommée peiate à tout cavalier qui fesait aux demoiselles du pays l'affront d'épouser une étrangère, et à toute demoiselle qui, en épousant un cayalier étranger , semblait annoncer que ceux du pays n'étaient pas dignes d'elle.

Le Parlement d'Aix maintint, par plusieurs arrêts , le droit de pelote.

L'institution du Prince d'Amour rappelle évidemment les usages et le* traditions des Cours d'Amour.

(s) L'Abbé de la Jeunesse avait voix dâibérative dans le Conseil de Ville durant toute l'année de sa nomination.

sur un char Jupiter tenant son foudre et son aigle , Junon portant son sceptre et son paon, Yénus cou» verte de fleurs, Cupidon avec son arc et ses flèches, accompagné des Jeux , des Ris et des Plaisirs. Les trois Parques fermaient la marche, sans doute pour inspirer une pensée sérieuse après tant de joies in«

Le lendemain, à la procession (i), c'était un autre spectacle. La présence du Dieu Vivant, dont cette fête est le triomphe , venait de disperser tous les dieux de l'Olympe, toutes les idoles du Men* songe. Alors les principaux personnages de TÂn* cien et du Nouveau Testament retraçaient quelques événemens de leur vie sur une scène nouvelle, offrant néanmoins dans des jeux burlesques un ridicule assemblage de tableaux sacrés et d'images profEines. Le roi Hérode était entouré de diables armés de fourches. Judas recevait des coups au milieu des apôtres. Saint Siméon en mitre et en chape donnait la bénédiction et portait de la main gauche un panier rempli d'œufi. Moïse montrait aux Juifs les Tables de la Loi ; l'un d'entre eux portait un Veau d'Or au bout d'un bâton qu'il fe-

(i) Cette procession, interrompue parlaRérolation en 179s , fut célébrée en i8o3 , 1804» 1807 , lorsque la princesse Pauline Bor» gfaèse était à Aix; en 1811 , pour la fête de la naissance du Roi de Rome; en 18 14, mais incomplètement , pour l'arrivée du Comte d'Artois; enfin , en 1823, pour l'inauguration de la statue do roi René , en présence de la Duchesse d'Aagooléme.

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sait tourner; un autre jetait en Tàir un chat enveloppé dans un morceau de toile, le recevait dans ses bras et le lançait encore. La reine de Saba dan« sait devant Salomon; les Trois Mages suivaient l'Étoile mystérieuse (i). Des groupes de danseurs aux couleurs variées tenaient à la main une baguette ornée de rubans. Les bâtonniers, élégamment habillés en soie , s'arrêtaient devant les reposoirs et y fesaient leurs exercices. D'autres jouaient du drapeau et de la lance avec une adresse étonnante. Le Prince d'Amour, l'Abbé de la Jeunesse et le Roi de la Basoche allaient saluant les dames , chacun suivi d'un brillant cortège de parens et d'amis. Tous les corps de métiers marchaient enseignes déployées. On y voyait aussi toutes les corporations religieuses , toutes les administrations publiques , le Recteur suivi dea quatre Facultés, le Clergé séculier, la Cour Souveraine en robe rouge , précédée du premier huissier portant une masse richement décorée. Derrière le dais se trouvait la Mort, qui fesait aller sa faux à droite et à gauche en criant : HohooUj Hohoou{%). C'était

(i) n y ayait une foule d'autres jeux qui amusaient la populace, entre autres le Massacre des tnnocens. Ces innoceus étaient de jeunes polûsoiu aj^lét Tlrassowu parce qu'ilf se traînaient dans les ruisseaux. Les autres personnages étaient en général représentés par des hommes de la dernière classe du peuple » à Texception du Prince d'Amour, de l'Abbé de la Jeunesse et du Roi de la Basocbe.

(a) Grégoire, Explications des Cérémonies de la Fête-Dieu. — Massien , Hist. de la Poésie Française , p. 58a. — Millin , Voyage dans le Midi de la France, t. ii, ch. lit.

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encore une moralité , car toutes les représentations de ce monde ont une même fin ; et, quel que soit le drame de nos destinées , le dernier acte c'est toujours la mort.

Plusieurs cérémonies du même genre existaient en Provence avant le règne de René. A Marseille des enfans , dans Taccoutrement des diables, couraient en désordre devant la procession de la Fête- Dieu (i). Le même jour, dans la ville d'Apt, des jeunes gens habillés aiui frais du public représentaient les Saints Mystères. A Salon les membres de la confrérie des paysans dite de Dieu le Père nommaient toutes les années, le jour de TAscension , un d'entre eux qui prenait le titre de Rey de VAyssado , Roi de la Pioche. Ce laboureur paraissait à la procession de la Fête-Dieu tenant une pioche en guise de sceptre , et précédé d'une troupe de pages portant chacun une épée nue. Une paysanne de son choix partageait avec lui les honneurs de la royauté , et avait pour composer sa Cour des dames d'honneur parées de bouquets. Au-devant d'eux marchaient à quelque distance les uns des autres un paysan qui fesait flotter un drapeau, un berger jouant du bâton , un tambour de guerre , enfin quatre danseurs suivis de plu-

(i) Ces diables furent supprimés à la fin du 17* siècle. Le boeuf qui figure aujourd'hui à cette procession n'y fut introduit que vers le milieu du même siècle.

sieurs tambonrins (i). A Pertuis on fesait la fête de la Belle Étoile pour honorer l'astre mystérieux qui guida les Mages de FOrient vers le berceau du Sublime Fils de Marie. En i433 les Arlésiens retinrent pendant un an les mimes ou ménétriers qu'on leur avait envoyés pour relever la pompe des processions. Les Tarasconais, dans la fête de la TarasquBj témoignaient/comme ils témoignent encore 9 leur reconnaissance envers Sainte Marthe, patrone de leur cité (a). Tous ces jeux , toutes ces cérémonies , sont des pages vivantes de l'histoire du Moyen-Age. Le présent s'enchaîne toujours au passé dans les sociétés humaines , et les siècles en s'écoulant transmettent aux siècles futurs des institutions mutilées 9 faibles débris d'un grand naufrage que l'on dirait jetés sur une terre étrangère pour y braver l'injurieuse loi du temps dévorateur. Mais ces débris des anciens jours , privés de vie et de puissance, n'excitent que la curiosité quand ils échappent à la moquerie , parce qu'ils se trouvent placés au milieu d'une société nouvelle qui puise ailleurs ses émotions et cherche d'autres plaisirs. Tels sont ces monumens antiques qui peuvent un instant charmer les yeux , mais qui ont

(i) Sutlsdqae des Boaches-da-Rh6ne , t. m.

(a) D'après une tradidon populaire , Sainte Biarthe enchaîna la ronu^fie , monstre amphibie sur letpiel on raconte des fables radicales.

perdu le privilège de parler aux cœurs, parce qu'ils peignent des mœurs ef&cées, des usages perdus et des croyances éteintes.

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