ÉTAT DES JUIFS
Le sort des Juifs en Provence ne s'était pas amélioré au quinzième siècle. Le peuple les accablait toujours de sa haine et de son mépris^ et des réglemens de police les obligeaient de porter publiquement des marques humiliantes. Les seigneurs et les évéques les mettaient également à contribution. Les Juifs d'Arles payaient un impôt à la maison des Porcellets (i). Ceux d'Aix étaient forcés de fournir à l'archevêque plusieurs livres du meilleur poivre. Les Israélites de Marseille devaient offrir tous les ans deux lamproies à l'évéque. Ils payaient aussi annuellement une certaine somme au prieur de Saint-Martin , et on les obligeait les dimanches et les fêtes de députer un des leurs à la cathédrale pour y entendre le seimon : idée facétieuse qui avait passé par la tête de nos ancêtres. Les Juifs ne pouvaient s'embarquer plus de quatre à la fois sur un vaisseau marseillais (a). On leur défendait de travailler en public les jours où le
(i) En 1484 , des paysaiu , venus à Aries pour la moisson , y détruisirent la synagogue de- fond en comble. (a) Statuts de Marseille , liv. iv , eh. xxii.
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travail est défiBDdu par la religion catholique (i), et on ne leur permettait d'aller aux bains que le vendredi (a).
Les Jui& établis en Provence continuaient de se livrer à l'exercice de la médecine. Charles II leur avait défendu de tenir aucun Chrétien à leur service; il voulut qu'ils fussent incapables d'occuper aucune charge (3) , mais René leur permit de remplir l'emploi. de procureur fiscal dans les domaines seigneuriaux. U avait honoré de sa confiance un Israélite qui était tout à la fois son médecin et son astrologue , car les rêveries de l'astrologie se mêlaient encore à l'étude des sciences médicales. Cet homme y que le bon prince fit baptiser sous le nom de Nostra Donaj de Notre Dame, jouissait du plus grand crédit à Âix et fiit le bisaïeul de l'historien César Nostradamus. Au reste , les Juifs s'adonnaient au trafic avec plus d'ardeur que jamais, et le lucre calmait chez eux les souffrances de la dignité blessée.