CHAPITRE XXI
Les Vaudois de Mérindol. — Arrêts du Parlement d'Aix contre ces hérétiques. — Expédition militaire contre eux. — Dévastations et massacres. — Procès des Commissaires du Parlement d'Aix devant le Parlement de Paris. — L'avocat-général Guérin est condamné à la peine de mort. — Progrès de la réforme religieuse en Provence. — Brigandages des deux partis. — Le comte de Crussol est chargé de faire exécuter un édit de paci6cation. — Durand de Pontevès , premier consul d'Aix 9 lève l'étendard de la révolte au nom du catholicisme. — Le peuple d'Aix chasse les Protestans de cette ville livrée à l'anarchie. — Le comte de Carces , chef des Catholiques. — Les uns et les autres se combattent avec des fortunes diverses mais toujours avec barbarie. — Les États- Généraux et le Parlement de Provence repoussent l'édit du mois de mars i563 qui proclamait l'oubli du passé. — Le Parlement est suspendu et une autre cour souveraine est installée à Aix. — Charles IX en Provence. — Michel de Nostradamus. — Rétablissement de l'ancien Parlement — Après un calme de courte durée , la guerre se rallume entre les Protestans et les Catholiques. — L'Archevêque d'Aix se joint aux premiers. — Événemens et combats divers. — Pacification. — Le comte de Carces reprend les armes. — Mort de Charles IX. — Les Carcistes et les Razat$. — Malheurs du pays. — Catherine de Médicis en Provence. —
. Elle parvient à reconcilier les chefs des deux partis. — La grande peste. — L'ermite Valéry.
^u milieu de la population catholique de Provence, sur la rive gauche de la Durance , dans le
territoire limité par cette rivière et par la montagne du Léberon y à la frontière orientale du Comtat-Venaissin se trouvait une population dissidente , &ible reste de ces anciens Yaudois et Albigeois auxquels s'étaient mêlés d'autres chréti|ps sectateurs des croyances qui jadis avaient &it chasser leurs pères des Cevennes. Ils soutenaient , dans l'exposé de leur doctrine , que l'église romaine ayant renoncé à la foi véritable , était devenue la prostituée de Babylone; que c'était cet arbre stérile condamné par Jésus-Christ à être arraché et jeté au feu; qu'il ne fallait point obéir au Pape non plus qu'aux évéques ; que les vœux monastiques étaient illusoires et portaient au goût des plus infâmes débauches ; que les ordres sacrés étaient les marques de la grande béte dont parle l'Apocalypse; que le purgatoire , la messe, le culte des saints et la consécration des temples étaient des inventions de Satan. Tels étaient les principaux articles de leur symbole. Ils en ajoutaient plusieurs autres par rapport au mariage, à l'abstinence, à la résurrection, à l'état de l'ame après la mort(i).
Le seigneur de Cental avait attiré ces sectaires de son vicomte de Démont, qu'il possédait en Savoie , pour leur donner à emphytéose les terres qu'il avait en Provence, lesquelles ne tardèrent pas
(i) De Thott , Hist. Unir. , t. i , liv. vi.
à produire des revenus considérables par l'industrieuse activité et par le travail assidu des nouveaux habitans. Le président de Thou rend justice à l'innocence de leur vie (c). Il les peint patiens dans les plus grands travaux, sobres, équitables, ayant les procès en horreur, libéraux envers les pauvres , payant aveô exactitude la taille au roi et les droits à leurs seigneurs, craignant Dieu, assidus aux prières , mais ne se prosternant point devant les images , ne fesant point le signe de la croix, et , quand il tonnait, se bor> nant à lever les yeux au Ciel.
Ces hommes intègres et laborieux habitaient les bourgs de Mérindol, Cabrières-lez- Aiguës, Lourmarin , Villelaure et autres , au nombre de vingtquatre. Inaperçus dans leur obscurité, ils exerçaient leur culte sans obstacle. On ne les regardait pas comme assez dangereux pour les persécuter. Il n'y avait que du mépris dans cette tolérance. Mais lorsque la réforme eut remué l'Allemagne et la Suisse, les habitans de Mérindol et des bourgs voisins fixèrent l'attention du clergé catholique. Le vieux levain du fanatisme religieux fermenta dans les esprits. Lçs Vaudois ( c'est le nom qu'on leur donna encore) n'en fiirent pas exempts. Ils voulurent entrer en cominunion avec les églises germaniques de la nouvelle réforme et députèrent en
(l) t. I , 1. TI.
Allemagne le pasteur George Morel. Animés de cette passion de prosélytisme qui, dans tous les temps, enflamma les diverses sectes chrétiennes, ils s'efibrcèrent d'étendre leurs doctrines, et se livrèrent, dit-on, à quelques violences. On les accusa même d'avoir voulu réduire en cendres la ville de Manosque (i). Le schisme religieux de Provence dépassa bientôt ses premières limites. Il domina dans la viguerie d'Âpt, dans la bonne moitié de la viguerie de Forcalquier et sur la lisière septentrionale de la viguerie d'Aix, sans compter ses nombreux appuis à Marseille, à Arles, à Tarascon , à BrignoUes et dans d'autres villes (a). Les Vaudois établirent à Mérindol, village défendu par le Léberon et par la Durance, le chef-lieu de leur église. Là se tenaient les assemblées, là demeuraient les chefe de la ligue.
L'autorité ecclésiastique porta plainte au paiement d'Aix, et cette cour, sous la présidence de Cuisinier, rendit en 1 53o un arrêt qui enjoignait à tous les sujets du roi de prêter main-forte aux juges d'église contre les hérétiques , et aux seigneurs hauts-justiciers de les chasser de leurs terres , à
(x) Lei cfttholiqaes pubUèrent que le feu ayait déjà été mis aux gerbes qui se trouyaient dans les aires; mais qu'il fat miracnleusement éteint par la présence du Saint - Sacrement qu'un religieux obserrantin apporta. C'est ce que dit gt^ - if.tt Columbi» en son Histoire de Manosque , Uv. m.
(i) Km. Boucbe , Hv. x.
peine de confiscation de leurs fiefe. Au lieu d'exé* cuter cet arrêt, le comte de Cental se déclara le protecteur des religionnaires. Il parait que ceux-ci eurent dès-lors la témérité de faLirt des courses dans le Comtat-Yenaissin dont ils étaient limitrophes. Le Pape en écrivit à François Vy et en même temps il publia une bulle qui déférait les Yaudois aux juges séculiers.
Le roi ordonna au parlement de Provence d'annexer cette bulle, et la compagnie rendit en i537 un second arrêt portant défense aux hérétiques de tenir aucune assemblée, et enjoignant aux seigneurs des lieux de s'y opposer et de poursuivre les contrevenans. Les Yaudois , toujours plus exaltés et plus audacieux, parvinrent à chasser le seigneur de Cabrières de son château , et à s'y retrancher.
La religion réformée se fortifiait tous les jours. François P^ se voyait obligé de ménager le Pape pour se soutenir contre l'empereur Charles-Quint, et cette politique l'engageait à poursuivre sans miséricorde les sectateurs des croyances nouvelles. Au commencement de Tannée i535, il y eut à Paris une procession générale. Le roi y assista, une torche à la main , comme pour faire amende honorable des profanations des sectaires. L'évéque Jean de Bellai portait TEucharistie. Le Dauphin , les ducs d'Orléans, d'Angouléme et de Yendôme tenaient les cordons du dais. Tous les ordres religieux et tout le clergé précédaient. On voyait les
princes de T^Use, les ambassadeurs ^ les grands officiers de la couronne, les hautes cours de justice, immédiatement après le roi. On alla dans cet ordre à Notre-Dame , après quoi une partie de la procession se sépara pour aller voir brûler à petit feu six bourgeois condamnés pour les croyances de Calvin. Plusieurs protestans, fuyant la persécution , vinrent grossir le nombre des sectaires de Mérindol ; et le roi , sur l'avis qu'il en reçut , donna , le a mars i538 , Tordre exprès de pousser les Vaudois à bout. Cependant il y eut encore de nouveaux délais, car il &ut reconnaître que le parlement d'Aix redoutait les conséquences d'une proscription générale. Enfin , le 1 8 novembre 1 54o, la cour, présidée par Barthélémy Chassanée, rendit l'arrêt fameux qui a laissé sur son nom une souillure indélébile. Cet arrêt barbare, dit de Mérindol, condamna par contumace dix-neuf personnes au supplice du feu, a^ec confiscation de leurs biens, et bannit à perpétuité leurs £^nmes et leurs enfans. Il ordonna de plus que les villages de Mérindol , Cabrières et autres lieux qui avaient servi de retraite aux hérétiques seraient détruits, les maisons rasées jusques aux fondemens avecdéfense d'^d construire de nouvelles , les forets coupées , les arbres fruitiers arrachés.
L'exaltation fut sdors au comble parmi les Vaudois. Us s'assemblèrent à Mérindol , se donnèrent une organisation militaire , choisirent pour chef le
nommé Taxil Marron qui fut plus tard exécuté à
Avignon y coururent la campagne et pillèrent un
couvent de Carmes sur les terres papales, après
avoir repoussé quelques soldats envoyés contre
eux.
La plupart des prélats provençaux, notamment Filboli, arèhevéque d'Âix, et Jean Ferrier, archevêque d'Arles, sollicitèrent chaudement l'exécution de l'arrêt, en offrant de payer tous les frais. Quet ques hommes plus sages et plus humains étaient d'avis de temporiser. Parmi eux on distinguait Jacques de Raynaud, seigneur d'Alldn, d*une ancienne et illustre famille d'Arles. Ce gentilhomme exerçait beaucoup d'influence sur l'esprit du président Chassanée qui désirait aussi épargner les rigueurs et soutenait que l'arrêt était simplement comminatoire. Chassanée, dans un ouvrage inti« tulé CcUalogus gloriœ mundij avait rapporté tous les détaib d'un procès ridicule devant l'official d'Autun où il avait défendu , en qualité d'avocat, les rats juridiquement attaqués pour avoir ravagé les moissons; car, en ce tempsJà, s'il arrivait que des insectes fissent du mal à la terre , on les conjurait solenndlement; mais selon le droit commun , on ne procédait point à la conjuration sans citation préalable. Chassanée avait successivement obtenu plusieurs délais, tantôt en représentant que la citation n'avait pas été lue au prône des paroisses ravagées, tantôt que par le grand nombre de chats en
campagne, les accusés avaient juste motif de ne pas comparaître, a Or, maintenant , disait Jacques a de Raynaud à son ami le président, serait-il pos- « sible que ce que vous avez fait autrefois dans une ce cause burlesque , lorsque vous étiez jeune et que c vous n'étiez pas encore magistrat , vous l!oub]iasa siez aujourd'hui dans une afibire importante , à « l'âge où vous vous trouvez et avec la réputation « que vous avez acquise? Souffrirez-vous que la a condition de tant de malheureux dont vous êtes c le juge soit pire que celle des vib animaux dont a TOUS étiez alors le défenseur? Je ne vous parle c point de l'innocence de ce peuple à qui vous saa vez vous-même combien de crimes faux on ima pute. Cependant ces hommes servent Dieu avec « ferveur; ils ne refusent jamais de rendre ce qu'ib c doivent à leurs seigneurs, aux magistrats, au « prince. Je vous conjure donc, par l'amitié qui « nous unit , de peser toutes ces raisons , et de a croire qu'on ne saurait trop délibérer lorsqu'il a s'agit de condamner des hommes (i). »
Le discours de ce gentilhomme émut vivement Chassanée déjà porté à l'indulgence ; mais le parlement d'Aix, beaucoup moins tolérant que son chef ,^ requit Claude de Savoie, comte de Tende, grand sénéchal et gouverneur de Provence, de prêter main-forte à l'^écution de l'arrêt. Celui-ci,
(i) De Thon fibid.
n'ayant pas çnvie d'attacher son nom à ce hideux monument dé fanatisme et de cruauté j députa vers la cour son lieutenant de Molins pour lui dire qu'il était disposé en toute occasion à assurer l'exécution des sentences judiciaires , selon les devoirs de sa charge, mais que, en cette occurrence, il lui £sdlait au moins deux mille hommes et qu^il ne pouvait les réunir. L'arrêt de Mérindol se trouva donc suspendu. Dans cet intervalle , les Vaudois obtinrent une amnistie par le crédit des protestans d'Allemagne que François V avait alors intérêt de ménager. Ce prince^ par lettres^patentes du 8 février i54i , pardonna à tous les novateurs et autres dévoyés de lafoy caûiolique qui estaient au pays de Proyence^ pourvu que dans trois mois ik abjurassent leurs erreurs.
Ces lettres-patentes furent solennellement publiées dans toutes les communes provençales. Les dissidens avaient reçu des pasteurs luthériens, puis des zuingHens, puis ^des ministres de Genève. Ils consentirent à renvoyer ceux-ci. Due mission catholique fut préchée dans leurs églises; mais les prédicateurs romains 9 plus savans dans la théologie scolastique qu'habiles dans l'intelligence des écritures, n'eurent aucun succès , et la mission manqua son but. François Chai et Guillaume Armand , députés de Mérindol 9 se rendirent à Aix et présentèrent au parlement une requête captieuse où ils fesaient leur profession de foi. Us y déclaraient
DE PflOVENCE. 167
vouloir vivre en chrétiens , n'admettant pour règle que les deux testanoens et le symbole des Apôtres, et réprouvant les hérésies condamnées par l'ancienne Église. Ensuite ib exposaient leurs griefs^ Sur cela, le parlement ayant ordonné aux Yaudois d'abjurer purement et simplement leurs opinions , les notables de M^ndol vinrent , à la suite d'une assemblée générale tenue le lo avril , supplier la cour de leur faire grâce sans exiger d'abjuration. Us demandaient au reste à être instruits, et les poursuites furent encore suspendues. Le parlement leur envoya Jean Durandi , évéque de Gavaillon , et quelques docteurs en théologie pour les ramener au sein de l'Église Romaine. Les Yaudois résistèrent à toutes les sollicitations , et l'on ne put rien obtenir d'eux.
Peu après, le cardinal de Toumon, ministre de François 1^, fit reprendre la procédure. Au mois de mars i54^ le parlement arrêta qu'avant d'en venir aux voies de rigueur, on vérifierait si le curé de Mérindol avait publié dans son église les lettres d'amnistie. La compagnie envoya dans ce village l'évéque de Gavaillon , le conseiller George Durand et un prédicateur de l'ordre de Saint-Dominique. L'évéque célébra la messe dans l'église de Mérindol , publia les lettres-patentes du roi et fit commandement d'abjurer. Il ne s'y trouvait que quelques femmes et le nommé Louis Pascal. Celui-ci déclara , au nom de tous les absens , s'opposer au
comtnandemeDt et ne professer d'aatres croyances que celles contenues dans la requête dont j'ai parlé. Malgré cette résistance , le roi accorda aux VaudoîSy le 17 mars i543, un nouveau délai de deux mois pour l'abjuration. En même temps , grâce à la protection des princes d'Allemagne ^ ces dissidens obtinrent de François P** la cessation des poursuites j la mise en liberté de leurs coreligionnaires emprisonnés , la défense de troubler personne en matière de religion. Le roi commit aussi , par lettres-patentes du J 4 juin 1544) un théologien de Paris et un maître des requêtes pour informer tant sur les croyances religieuses des Yaudois que sur la conduite du parlement d'Aix envers eux. De plus, François V^ renvoya leur cause, par droit d'évocation, devant le parlement de Grenoble. Les Yaudois y exaltés par ce triomphe, se livrèrent encore à quelques excès. Tous les religionnaires volèrent au secours de ceux de Cabrières que le vice-légat d'Avignon voulait châtier, et ik marquèrent leur retour par le pillage de l'abbaye de Sinaque. Ils détruisirent aussi les signes du culte chrétien. L'un d'eux, Florimon Serre, vint brusquement, pendant l'audience, présenter les nouvdles lettres-patentes au parlement qui les enregistra aussitôt. Toutefois la compagnie, soutenant que les plaintes qui avaient fait réussir l'évocation n'étaient que des calonmies, chargea l'huissier Courtin de porter sa justification à François 1".
Jean Mejmiar, baron d'Oppède, premier président (i) et lieutenant du roi, prétendait exercer toute autorité en Provence en l'absence du {gouverneur Louis Adhemar, comte de Grignan, ambassadeur de la G)ur de France à la diète de Worms. Le baron d'Oppède convoqua les états-généraux , et rassemblée appuya les réclamations du parlement. Ces réclamations eurent un plein succès , car le roi, sur les instances du cardinal de Tournon, révoqua, le i*' janvier i545, l'évocation qu'il avait précédemment prononcée, et ordonna l'exécution de l'arrêt de i54o. Toutefois le premier président voulait encore temporiser. Il dépêcha des émissaires chez les Yaudois pour tenter de les convertir. Ceux-ci protestèrent vouloir être sujets fidèles et obéissans, sauf leur religion qu'ils étaient prêts à défendre de tout leur pouvoir. En ce moment, le capitaine Paulin, qui fut plus tard baron de la Garde , présenta des lettres où le roi se plaignait des lenteurs du parlement. Le comte de Grignan , l'huissier Courtin qui arrivaient de la cour , livrèrent à Meynier d'Oppède d'autres lettres royales conçues dans le même sens. Alors d'Oppède ne recula plus. U assembla sa compagnie le la avril, et lui exposa les nouveaux torts des religionnaires ainsi que les intentions du souverain à leur sujet.
(i) n venait de remplacer Gar^imet« qui lui-même ayait succédé à Barthélémy flhananéc
Sur la réquisition de ravocat-général Guérin , le parlement ordonna que son arrêt serait exécuté selon sa forme et teneur, et que le premier président , en sa qualité de lieutenant du roi, prêterait main-forte à la justice. En même temps la cour nomma une commission executive composée de François de Lafont, second président, d'Honoré de Tributiis et de Bernard Badet, conseillers, et de Guérin , avocat-général. D'Oppède fit aussitôt crier par les bonnes villes que tous les hommes capables de porter les armes eussent à les prendre pour servir le roi contre les hérétiques. Ensuite il réunit à Âix quelques soldats auxquels plusieurs volontaires se joignirent par zèle pour la religion. Cela fait, il partit pour Arles, arma la noblesse de cette ville, et se concerta avec le légat d'Avignon. U se rendit ensuite à Marseille, et y assembla un nombreux conseil de guerre. L'assemblée délibéra d'employer le capitaine Paulin et quelques bandes venues de Piémont avec lui. A cette nouvelle alar^ mante , les Yaudois de la Roque et de Janson traversèrent la Durance et rejoignirent leurs frères de Mérindol.
L'expédition catholique partit d' Aix. Le capitaine Paulin passa la Durance à Pertuis. Meynier d'Oppède, suivi de la commission parlementaire, franchit cette rivière à Mallemort , et de peur que les paysans ne le suivissent pour se livrer au pillage, il ordonna de couper la corde du bac. Paulin s'ap-
procba de Cental et y fit mettre le feu. Passant ensuite à Villelaure , il donna Tordre d*y brûler quelques maisonsdans lesquelles les prêches avaient été tenus. Après cela, Tarmée se sépara. Une partie^ commandée par Paulin^ joignit à Gadenet les commissaires du parlement. L'autre partie s'avança du côté des montagnes où le plus grand nombre des Vaudois s'étaient retirés. Paulin y ayant encore quitté les commissaires pour signifier le dernier arrêt à plusieurs communes dissidentes y rencontra un parti qui le mit en déroute. Après avoir rallié ses soldats y il marcha sur les villages de Cabrièresd' Aiguës, de Gabriérètes, de Saint-Martin de la Brasque, de Peipin et de Lamothe. Meynier d'Oppèdcy ceint d'une écharpe blanche, monté sur un cheval gris pommelé , se dirigea sur les villages de La Roque, de Jansos, de Tresemines et de Lourmarin. Ils furent tous détruits par le fer et par le feu. Lourmarin, le seul qui n'eût pas été abandonné , osa soutenir le siège. Mais il fut bientôt emporté de vive force, et les soldats passèrent la population au fil de l'épée.
La brigade du premier président et celle de Pau- Un opérèrent leur jonction à Lauris et se portèrent sur Mérindol dont les habitans avaient pris la fuite, saisis de terreur. L'armée catholique , après avoir brûlé quelques maisons , se mit à la poursuite des fuyards. Un jeune paysan , nommé Maurice Blanc, valet d'André Maynard, lieutenant du juge du
172 inSTOIRE
Bourg, fot trouvé dans une caverne. On l'amena devant le premier président qui le força de dire le Pater; et comme, dans son trouble, le prisonnier ne récitait pas cette prière d'une manière satisfesanté, on le traita d'hérétique abominable (i). Maurice Blanc eut beau s'écrier qu'il était bon catholique, tous ses efforts devinrent inutiles. Lafont fut d'avis de le conduire à Aix pour qu'on informât régulièrement sur son compte ; mais l'avocat-général Guérin s'écria : Toile j toile , crucifige eunij et son opinion l'emporta. Meynier d'Oppède fit attacher ce malheureux à un olivier et on l'arquebusa en sa présence (a).
Après l'expédition de Mérindol, l'armée catholique de Provence entra dans le Comtat-Venaissin et se joignit aux troupes du Pape pour assiéger ensemble le bourg de Cabrières que les Yaudois avaient fortifié. Le capitaine Paulin somma d'abord les habitans de se rendre, a  quoi ils ne vouluce rent obéir , ains pour réponse luy baillèrent tout ff plein de paroles injurieuses, nommant les assiécc geans cafEards, idolâtres, adorateurs de pierres « et de bois, pantoufles du Pape (3). « L'artillerie pontificale , commandée par le capitaine de Mou- Ci) Ganfiridl , liv. xx.
(i) Hist. Bfaimsc. du Parlement de Proyenoe. Bibliodkèqae publique de Marseille. — Pitton , Hist d'Aix , lir. iv.
(3) Rapport juridique sur l'affaire de Mérindol , par Antoine D'Alagonia de Vaucler. -^ Hon. Bouche , liy. x.
DE FROVENCE. 173
lans, battit en brèche les remparts de Cabrières qui se défendit avec vigueur, et Farmée catholique perdit un grand nombre de soldats. La place se rendit à discrétion. Les bandes victorieuses voulaient la détruire de fond en comble et massacrer tous les habitans. Pour calmer les murmures de •es troupes irritées , les chefe catholiques firent pendre aux fenêtres du ch&teau une trentaine de prisonniers. « De laquelle exécution ne se con- « tenta le commissaire de notre Saint-Père le Pape, c qui là estait présent. Ains dit et remontra que la « sentence donnée contre eux portait qu'ils seraient « tous mis à mort , et la mémoire abolie , et le lieu « rasé 9 requérant le sieur lieutenant du roi lui « donner , en ce^ feveur et aide, lequel sieur lieuc tenant luy fit, sur ce, plusieurs bonnes remon- « trances, et qu'il se devait contenter de l'exécu- « tion qui en avaif esté &ite (i). »
L'ordre fiit donné aux troupes de se retirer. Quelques détachemens Vaudois, qui tenaient la campagne 9 tombèrent sur les traineurs. Le pre* mier président Meynier d'Oppède avait déjà pris la route d'Aix . Les chefe de Varmée catholique, fesant marcher la terreur devant eux , poussèrent une de leurs bandes sur le village de Murs. On n'y trouva personne » et l'on enfiima une caverne où trente fiigitife s'étaient cachés. On se porta ensuite
(i) Hon. Boache, Ht. x.
sur le bourg de la Coste , qui était assez fort d'assiète f et qui servait d*asile à la population du voisinage. Le seigneur du lieu joua le rôle de médiateur. Les conditions proposées furent la démolition des murailles sur quatre points , et la punition de quelques personnes. Sur la foi de cette promjesse, les habitans déposèrent leurs armes au cb^ teau. Alors les catboliques, forçant traîtreusement la place sans défense, passèrent les hommes au fil de répée , assouvirent leur brutalité sur les femmes.
L'expédition se trouvant ainsi terminée ^ les commissaires du parlement retournèrent à Aix le 4 mai , traînant à leur suite un grand nombre de prisonniers (i). Le lendemain ils rendirent compte à la compagnie de la mission dont ils avaient été chargés, et leur conduite fot pleinement approuvée. François P^ donna aussi son approbation par lettrès-patentes du 8 août. Horreur! on ne savait rien trouver de mieux pour honorer la foi chrétienne , pour complaire au Dieu de clémence et de miséricorde. On précipita des malheureux du haut des rochers , et ceux qui ne succombèrent pas dans cette chute forent achevés à coups de pierre ou d'épée. On trancha la tête à quelques-uns , et l'on porta au bout des hallebardes cet horrible trophée. I^ peu qu'on épargna fot vendu comme esclave à
(i)Pitton, iSid.
des capitaines de galères (i). Des femmes traînées toutes nues se virent exposées à tous les outrages d'une soldatesque effrénée. Plusieurs de ces malheureuses s'étranglèrent de désespoir et de rage. Dans le pays des Yaudois les arbres furent déradnés, les plantes arrachées , les habitations détruites. Cette contrée , auparavant heureuse et florissante, devint un théâtre de désalation et de mort. La terre , arrosée de sang, demeura sans culture.
Le premier président du parlement de Provence ne se contenta pas de ces exécutions barbares (2). Le ^4 avril (3) il rendit , en qualité de lieutenant du roi , une ordonnance pour défendre, sous peine de la vie , de donner aucune retraite, aucun secours aux hérétiques. Les fugitif errèrent dans les bois , broutèrent l'herbe des champs. La plupart moururent de misère, de fatigue ou de ùàm. Les plus robustes gagnèrent à grand'peinela Suisse et l'Allemagne. Il y eut dix- huit cent quarante morts de tout âge et de tout sexe; six cent soixantesix condamnés aux galères, avec confiscation de biens qui servirent à l'entretien des fortifications de diverses places ; neuf cents maisons brûlées sur
(i) Varillas, Hist. des Révolutions arrivées dans l'Europe en matière de religion « t. m , liv. xiv.
(1) Exécutions plus cruelles que l'arrêt de 1 5 40 , en vertu duquel on agissait , eet arrêt ne condamnant à mort que dix-neuf hérétiques.
(3) Toujours en Tannée 1S4S,
vingt-quatre villages saccagés. Par arrêt du parlement y les récoltes vendues aux enchères, servirent à payer les frais de la guerre. Les femmes et les en&ns furent distribués dans les grandes villes pour y être instruits selonla religion catholique (i). Le drame horrible de Mérindol souleva dans la France et dans FEurope tous les amis de l'humanité, et les partisans de la réforme honorèrent comme des martyrs ces victimes du fanatisme. Afeynier d'Oppède , pressé d'exécuter Tordre du roi , portant de poursuivre tous les hérétiques, fit arrêter, pour ce motif, Albenas et Murs, gentilshommes qui se trouvaient unis par les liens du sang et de l'amitié aux conseillers Rolland et de Tributiis. Â la même époque, le premier président cité pour déposer contre l'avocat-^énéral Guérin , accusé de diverses malversations , porta un témoignage à charge. Guérin et les parens des deux magistrats emprisonnés se liguèrent pour le perdre. La maison seigneuriale de Cental se joignit à eux et mit avec empressement son influence au service de leurs passions. Elle reprochait au premier président les violences exercées dans ses domaines de Mérindol et des autres villages Yaudois. Les ennemis de Meynier d'Oppède furent encore soutenus par le connétable de Montmorency , adversaire du cardinal de Tournon. La mort de François P** (a)
(i) Pitton , ouv. cité, liy. ir.
(3) Ce prince mounit le ag mars 1547.
et Tavènement de Henri II favorîseFent ces projets de vengeance. Le nouveau roi demanda Tapport de h procédure relative à Taffaire de Mérindol. Peu après , Meynier d'Oppède reçut Tordre de se rendre à Paris pour se justifier. H s'empressa d'obéir et fut aussitôt renfermé au château de Vincennes. Après y avoir passé deux mois , il fut transféré à Mélun , et Ton fit en Provence des informations contre lui. Il se hâta de récuser plusieurs membres du parlement d'Aix , qui avaient ouvertement manifesté leur inimitié , et en particulier l'avocat-général Guérin , sorti victorieux de la première accusation. L'instruction contre d'Oppède n'en suivit pas moins son cours. On traita même l'accusé avec la dernière rigueur. Il ne lui fut permis d'avoir ni un domestique pour le servir , ni un livre pour le distraire, ni du papier pour écrire ses moyens de défense. Ce ne fut pas même sans peine qu'on lui accorda un médecin pour le soigner dans une maladie grave. D'Oppède fut transféré de Mélun à Paris , pour y être jugé par une commission spéciale de vingt-quatre membres* Cette commission crut devoir mettre aussi en cause non-seulement le président de Lafont , les conseillers de Badet et de Tributiis , l'avocatgénéral Guérin , mais encore tout le parlement de Provence qui les avait nommés commissaires dans l'expédition de Mérindol, les états-généraux (i)
(i) Probablement pour faire condamner le pays en des dommages-intérêts au profit de la Maison Gental.
qui avaient approuvé la couduite de cette cour de justice , le vice-légat et la chambre apostolique d'Avignon , le capitaine Paulin , baron de la Garde. Par lettres-patentes du 17 mars i55o, le roi les renvoya tous devant le parlement de Paris. La comtesse douairière de Cental se constitua partie civile; mais l'intervention des habitans de Mérindol fut refusée , par le motif que les gens du roi avaient appelé de l'arrêt exécuté contre eux. Le substitut Jacques Aubry, qui tenait la place des avocats-généraux Marillac et Séguier , suspects pour avoir assisté au conseil des parties, fut chargé de soutenir l'accusation , et demanda un an pour se préparer.
Les plaidoiries de cette affaire immense et célèbre commencèrent le 1 8 septembre 1 55 î, et remplirent cinquante audiences consécutives avec une chaleur incroyable (i). Le premier président Meynier d'Oppède ajouta à la plaidoirie de son avocat des développemens qui occupèrent deux audiences. II commença par ces paroles du Roi-Prophète : Judica me Deus , et discerne causant meam , de
(c) Les ayocau plaidans fiirent : Laporte pour le Parlement d*Aix, Domesnil pour les ÉtaU de Provence , Renard pour le Vice-Légat et la Chambre Apostolique , Robert pour le premier président d'Oppède, Rochefort pour le président Lafont, Christophe de Thou et Cousin pour les conseillers de Badet et de Tributiis , Milet pour Tavocat-général Guérin, Danqiiechin pour le baron de La Garde , Jaquelot pour la comtesse de CenuL
gente non sancid. Il s'appliqua ensuite à détruire les chefs d'accusation portés contre lui , et sans doute il rappela les ordres précis ou les approbations de François V^. Pendant le cours de ces débats y qui fixaient l'attention de l'Europe entière , d'Oppède fut élargi , avant toute décision judiciaire , par le crédit du comte de Grignan et de la maison de Guise, et le roi le rétablit dans sa charge. Tous les accusés furent mis hors de cause , et cet arrêt, assure le président de Thou(i), trompa l'attente de tout le monde. L'avocat-général Guérin , impliqué dans une autre procédure , fut condamné à la peine de mort et à la confiscation de ses hieusj pour raison de plusieurs faulsetez , calumpnies , prévarications , ahuz et malversations ez deniers du Roi et d'autres particuliers , soubs couleur et titre dudit estât de procureur dudit Seigneur , et plusieurs autres crimes et délits plus amplement mentionnés (2). Conformément à cet arrêt, Guérîn fit amende honorable, une torche à la main , au pied du grand escalier du Palais de Justice à Paris. 11 fut ensuite pendu , après avoir été traîné sur une claie , et l'on envoya sa tête à Aix pour y être exposée en place publique.
Meynier d'Oppède, en retournant à ses fonctions , reçut du connétable deMontmorency, premier mi-
(1) OuTTage cité, liv. vi.
(a) Texte de rarrét.
nistre, et de Jean Bertrand , garde des sceaux , des lettres contenant les témoignages les plus flatteurs. Le pape Paul IV lui envoya des bulles par lesquelles il le créa chevalier de Saint-Jean-de-Latran. Mais, dit encore le sage de Thou, la justice du Ciel suppléa à celle des juges de la terre, et d'Oppède mourut y peu de temps après^ d'une maladie d'intestins extrêmement douloureuse (i).
La réforme que l'on croyait anéantie par les coups qu'elle avait reçus, se releva bientôt brûlante de vengeance. Les conseillers au parlement, de Gênas, Châteauneuf, Pena, Terrier, Arcussia,Somati, et l'avocat-général Puget, embrassèrent ses doctrines. L'enthousiasme de ces hommes influens et graves entraîna les imaginations indécises, encouragea les esprits faibles, raffermit les caractères audacieux, donna enfin au protestantisme toute la consistance d'un parti redoutable. Deux frères, Antoine et Paul de Richieu, seigneurs de Mauvans, allumèrent le feu des guerres religieuses, et ce fut un vaste incendie qui dura près d'un demi-siècle. Ces deux gentilshommes, après avoir long-temps servi dans les troupes françaises, s'étaient retirés
(i) Voyez sur raffaire de Mérindol tous les anciens historiens de Proyenoe. — Ronchon , Résumé de THistoire de ce pays. — Hist. manusc. du Parlement d*Aix , à la Bibliothè<{ue publique de Marseille. — Essais Hist sur ce Parlement, par Gabasse. — Voltaire, Hist. du Parlement de Paris. — Le même auteur , Estai sur les Mœurs , ch. cxxxmi. — De Thon , loco ât , etc.
àCastellane, leur ville natale. En i559 ils embrassèrent la religion nouvelle ^ firent venir un ministre luthérien 9 tinrent chez eux des assemblées pour les exercices de leur culte ^ tantôt pendant la nuit, et tantôt en plein jour. Un cordelier, qui était venu prêcher lecarémeàCastellane, déclama en chaire contre les dissidens, et ses auditeurs enflammés de passions violentes ameutèrent une partie du peuple qui menaça les jours des frères de Richieu et les força de sortir de la ville. Paul adressa ses plaintes au parlement d' Aix, qui reçut aussi celles de plusieurs catholiques de Castellané. Pour les apprécier , la Cour envoya des commissaires sur les lieux 9 et, à leur retour , elle décréta Antoine dV journement personnel. Paul de Richieu se rendit sur-le-champ à Paris, auprès de Henri II; et comme ses anciens services militaires le fesaient jouir de quelque faveur, il obtint une évocation au parlement de Grenoble. A cette nouvelle , les protestans provençaux s'imposèrent une cotisation pour se défendre contre leurs adversaires , et convoquèrent une assemblée à Draguignan pour y prendre toutes les mesures que l'intérêt de leur cause pourrait dicter. Antoine de Richieu fut l'un des premiers à s'y rendre. Mais à peine y était-il arrivé que la populace de Draguignan envahit sa demeure. Le viguier, volant à sa défense, fut massacré parla multitude en fureur qui mit en pièces le malheureux Antoine. On lui arracha le cœur et
les entrailles y on traîna dans les rues son cadavre défiguré, on le couvrit ensuite de sel et on Fenvoya à Aix où on le suspendit à un gibet sur la place des Prêcheurs.
Paul deRichieUy son frère, vint demander justice au parlement, mais cette compagnie, avant de rien prononcer, jugea convenable de donner à deux de ses membres , Henri Veteris et Esprit Vitalis , le soin de prendre des informations à Draguignan. Sur ces entrefaites Henri II mourut (i). La perte de ce prince, qui protégeait la famille de Richieu , fit prévoir à Paul l'inutilité de ses poursuites. Il se retira à Mérindol, le désespoir au cœur, bien résolu à ne pas laisser sans vengeance l'assassinat de son frère. Il accepta un rôle dans la conjuration d'Amboise, et lorsqu'elle eut échoué, il se mit à la tête des deux mille mécontens, et tenta de s'emparer de la ville d'Aix. Déjà plusieurs de ses soldats y étaient entrés sous divers déguisemens; les capitaines des portes Notre-Dame et Bellegarde étaient gagnés. Un bourgeois protestant qui craignait le pillage découvrit ce projet audacieux. Une entreprise du même genre faite sur" la ville d'Arles n'eut pas une meilleure issue. Mais paul de Richieu ne courut pas moins le pays , en laissant sur ses pas d'horribles traces de fureur, renversant les autels , brûlant les images , brisant les signes du culte catholique, profanant les objets sacrés. Il
(i) Le lo juillet 1559.
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égorgea sept chanoines de l'église de Barjols^ porta répouvante dans les diocèses de Fréjus, de Senezy de Riez, de Glandevès, et vint ensuite mettre le siège devant Sisteron. Il ne consentit à le lever que lorsque le comte de Tende, gouverneur deProvence, lui eut promis une réparation solennelle.
Cependant un corps de religionnaires se maintenait au château de Senez dont il s'était emparé. Par Tordre du comte de Tende , les seigneurs de Bègues^ de la Bastide, d'Angles, de Tournon , de Moriez, à la tête de quelques troupes catholiques, se rendirent maîtres de ce château, qui ne fit pas une longue résistance. Paul de Richieu, ne pouvant avoir justice du parlement, continuait de tenir la campagne avec cinq cents hommes déterminés. Les protestans de la ville d'Âix qui n'avaient eu jusques alors que des réunions secrètes, transportèrent leurs assemblées dans l'enclos du con- •seiller Genas^ seigneur d'Éguilles, près l'ancienne porte Saint-Jean, à l'ombre d'un grand pin. Chantant leurs psaumes à pleine voix , ils attirèrent de nombreux sectateurs. Ceux de Marseille se virent exposés aux fureurs populaires. Quelques - uns furent égorgés dans leurs maisons; d'autres massacrés dans les rues. La foule rugissante pendit un de ces malheureux à une grille de fer. Elle en pendit trois autres à un arbre (i).
(i) Au commencement de Tannée i56o. — Riiffi , Hisi. de MarseUle , 1 1 , Uy. VII » ch. ix.
Les luthériens du Comtat-yenaissin se crurent assez puissans pour prendre TofFensive. Sous le commandement de Montbrun^ ils entrèrent de vive force dans Malaucène et en firent leur place d'armes. Ils tentèrent aussi, mais sans succès^ de surprendre Yaison. Les réformés d'Orange s'emparèrent, de leur côté, de l'église Cathédrale où ils établirent le prêche. Leur triomphe ne fut pas long. De La Motte Gondrin , lieutenant du roi en Dauphiné^ comprima cette révolte, et Montbrun se réfugia à Genève.
Lareine-mère, Catherine de Médicis, alarmée du pouvoir des Guises, voulut lui donner un contre-poids en se tournant du côté des réformés qu'elle n'espérait pas accabler de sitôt. En conséquence, elle fit rendre à Charles IX , en janvier 1 562, un édit par lequel on accordait aux protestans la liberté du culte. On leur permit d'avoir des assemblées religieuses hors des villes, sans armes. Seulement on leur défendit de dogmatiser et déformer des ligues. Le roi envoya en Provence le comte de Crussol et deux autres commissaires chargés de faire exécuter son édit de pacification , et de juger souverainement toutes les causes des réformés, en s'adjoignant dix membres du parlement, ou un égal nombre d'avocats. Toutefois l'opposition que les consuls-procureurs de la ville d'Aix formèrent à l'enregistrement de l'édit, ne permit pas aux commissaires royaux d'entrer dans cette capitale.
Us s'arrêtèrent à Salon , où ils eurent une conférence avec le comte de Tende. Celui-ci , ayant alors mandé les consuls d'Aix, les engagea à recevoir le vicomte deCadenet, son beau-frère, avec deux cents hommes de garnison , et à permettre rétablissement d'un prêche y sinon dans la ville, du moins dans les faubourgs. Les consuls persistèrent dans leur refus. Selon eux, un culte nouveau, élevé à côté de l'ancienne religion du pays, violait le plus sacré des privilèges. Le comte de Tende , qui avait réuni six mille hommes sous ses ordres, crut que le temps était venu de faire emploi de la force, pour que Tédit de Charles IX reçut sa pleine exécution. Il se présenta devant Aix avec une partie de ses troupes. Mais, au bruit de sa marche, le peuple de cette capitale, croyant défendre sa religion menacée, courut aux armes, transporté de fureur. Le comte de Tende aurait sans doute pu réduire la ville à Tobéissance. Toutefois il en eût coûté beaucoup de sang, et le sage gouverneur, reculant devant cette cruelle nécessité, se retira à Venelles, village voisin. Delà il invoqua le pouvoir conciliateur du parlement. Cette compagnie était placée sous Finfluence des catholiques rebelles aux ordres du roi. Néanmoins , par Téloignement passager d'un grand nombre de ses membres , le parti protestant obtint la majorité. La Cour , en conséquence, fit ouvrir les portes delà ville , et le vicomte de Cadenet y entra, d'abord avec une escorte peu
nombreuse, ensuite avec un corps de troupes réglées. Dès ce moment il fut bien facile de voir que force resterait à la loi. En effet , le vicomte de Cadenet assigna divers postes à ses soldats, et lorsqu'il eut enlevé aux habitans Tespoir d'une résistance sérieuse, le comte de Tende et les trois commissaires royaux, suivis de Paul deRichieu, firent leur entrée dans la ville, nommèrent d'autorité de nouveaux consuls , désarmèrent les quartiers, et donnèrent le commandement de la garnison à Antoine March Tripoli, capitaine protestant. Le 3 février iSôa, sur la réquisition du procureur-général dePiolenc,la cour enregistra l'édit de liberté religieuse , qui fat aussitôt publié sur les places et dans les carrefours, au son des tambours et des trompettes. Le comte de Tende désigna ensuite les lieux d'assemblées luthériennes, Tun sous le grand pin de l'endos de Gênas , et l'autre , sous une tente, au dehors de la porte des Âugustins.
Lepremier consul, Durand de Pontevès, seigneur de Flassans , s'était montré le plus ardent contre les commissaires royaux; et quand il se vit forcé de plier sous l'autorité parlementaire , il sortit de la ville d'Aix se fesant appeler chevalier de la Sainte Foi , enveloppant dans une égale haine les sectateurs du culte luthérien et les catholiques tolérans qui voulaient maintenir la liberté de ce culte. Cinq mille paysans fanatiques vinrent se réunir sous ses enseignes qui étaient aux armes du Pape. Chaque
soldat avait entouré son cou d'un chapelet , et le frère Guillaume Taxil, cordelier^ marchait à la tête de cette armée ^ un Crucifix à la main. Le seigneur de Flassans surprit ainsi le bourg de Tourves, presque entièrement peuplé de réformés , et y fit passer au fil de l'épée la population entière sans distinction de sexe ni d'âge. Ne voulant pas rester en celieuy qui ne lui présentait aucune sûreté, il alla s'enfermer dans Barjols où se trouvait un assez bon château. Le comte de Tende, gouverneur, et le comte de Crussol , commissaire royal, ayant appelé à leur aide Paul de Richieu et le baron des Adrets^ qui dirigeaient tous les deux le parti protestant, sommèrent Barjols de se rendre. Sur le refus de cette ville, ils la prirent d'assaut le 6 mars i562 , la livrèrent au pillage et à toutes les horreurs de la conquête. Six cents personnes furent massacrées; les ornemens et les signes du culte romain tombèrent souillés des profanations les plus affreuses. On mit le feu à la principale église. On jeta les prêtres dans les puits. On pendit aux arbres plusieurs prisonniers catholiques. Enfin on conduisit à Aix le viguier et les consuls de Barjols qui furent mis à mort sur la place des Prêcheurs, comme criminels de lèse-majesté. Les bandes indisciplinées de Durand de Pontevès se dispersèrent abattues par un échee aussi rude, et ce chef audacieux y échappant aux poursuites de ses ennemis , trouva un asile au château du comte de
Carces^ son frère aîné. Sur la prière du parlement dont la majorité dévouée aux catholiques ne voulait point que les troupes royales multipliassent de pareils triomphes, le comte de Tende et le comte de Crussol sortirent de Barjols et licencièrent leur armée à Salon.
Le gouvernement du roi de France | tiraillé par deux partis implacables qui ne lui laissaient aucun repos, penchait tantôt vers l'un, tantôt vers l'autre, et ce système de bascule les mécontentait tous les deux. La Cour, abandonnant les réformés, revint aux catholiques vers lesquels la poussaient Rome et l'Espagne. Pour l'accomplissement de ses desseins, il fallait abattre le protestantisme en Provence , et les sectateurs de ce culte avaient dans ce pays une attitude menaçante. Ils occupaient militairement la ville d'Aix. Le comte de Tende avait donné trop de garanties à leur cause pour qu'il n'y fût pas irrévocablement attaché , et sa victoire de Barjols l'exposait trop à la haine des catholiques pour ne pas lui attirer toute la confiance de leurs ennemis. Le cabinet français^ en changeant de politique , avait donc besoin de paralyser le pouvoir du gouverneur de Provence , et comme on ne pouvait écarter tout-à-fait ce seigneur influent, on imagina de lui donner un^associé. Rien de plus naturel , rien de plus raisonnable , si le choix n'était pas tombé sur son propre fils du premier lit, le jeune comte de Sommerive; abominable choix qui
préparait la lutte de deu^ hommes unis par les nœuds les plus sacrés de la nature. Sommerive , ayant été nommé lieutenant du roi , vint aussitôt en Provence où il s'aboucha avec le comte de Carces , personnage le plus considérable du pays, et forcené catholique comme son frère le* seigneur de Flassans. Tel était son crédit qu'en peu de jours il pouvait rassembler huit cents capitaines ou seigneurs sur les plates-formes de son château. Au reste, le crédit immense de ce gentilhomme célèbre ne venait pas seulement de son nom et de ses richesses. Son patriotisme éprouvé , sa réputation miUtaire, ses éclatans services lors de l'invasion de Charles-Quint, son activité infatigable^ son rare talent d'intrigue auraient sufiB pour le mettre à la tête des partisans de l'Église Romaine. Son &natisme religieux le servait aussi en charmant les passions de la multitude.
La garnison d'Âix, presque entièrement composée de soldats protestans, se livrait à de graves insultes envers les catholiques. Tantôt elle battait du tambour ou tirait des coups de fusil pour interrompre le service divin , tantôt elle dépouillait les femmes de leurs chapelets et les fouillait avec indé^ cence (i). Ce n'était là que le prélude de scènes plus affligeantes. Suivant une ancienne coutume, les artisans et les paysans d'Âix allaient en silence
(i) Lovret deBeauvais, Hist des Troubles de Proyence» i'* partie.
et pieds nus, le ^5 avril , jour de Saint-Marc, visiter la chapelle de ce saint , à une lieue de la ville. Cette procession se fesait au lever du soleil. Pendant la nuit les religionnaires avaient semé le long du chemin des graines d'épinard qui sont pleines d'aspérités. Ces graines, blessant les pieds des pèlerins, en forcèrent un grand nombre à revenir sur leurs pas , au milieu des huées et des railleries des soldats protestans qui , non contens de cette première malice, frappèrent les catholiques à coups de fouet pour les disperser. Néanmoins, parmi ceux-ci, les plus dévots et les plus audacieux continuèrent leur route. En arrivant à la chapelle de Saint-Marc , ils aperçurent l'équipage du comte de Carces. On entoura aussitôt ce seigneur, on le supplia de venir en aide au peuple opprimé, à la religion avilie. On lui dit qu'il était l'envoyé de Dieu pour chasser d'Âix les huguenots. Le comte , sensible à ces prières qui flattaient son orgueil, reprit le chemin de la ville. Les pèlerins déjà rentrés y excitaient une fermentation générale en racontant les outrages qu'ils avaient reçus. Sitôt que le comte de Carces fut arrivé à la porte Saint- Jean, on sonna le tocsin. Tous les catholiques prirent les armes et s'emparèrent de l'Hôtel de Ville. En ce moment les pénitens noirs chantaient l'office dans leur chapelle. Au bruit de l'insurrection- qui bouleversait la ville entière, le prieur exhorta ses frères à mourir pour le soutien de la foi, les anima au combat, et tous
ensemble ils retroussèrent leurs robes, s'armèrent de cailloux y coururent à la porte des Cordeliers et mirent en fuite le corps de garde. Le comte de Garces, salué dans les rues comme un libérateur , organisa partout l'attaque en dirigeant les masses populaires. Par ses ordres , Melchior Guiran, gentilhomme très-accrédité, se plaça à la tête de quatre cents hommes du quartier des Fonte saisit de March Tripoli y chef de la garnisoi jeta hors de la ville. Les soldats qui s'étaient chés à la porte Saint-Jean et sur la place d cheursy purent facilement se convaincre dei d'une résistance plus longue. Us demandèrent à capituler, et on leur permit d'aller rejoindre leur commandant à une certaine distance des remparts. Aix fut bientôt en proie à la plus horrible anarchie. Le seigneur de Flassans reprit le chaperon de premier consul. On fit des visites domiciliaires, et l'on pendit au pin de l'Enclos de Gênas tous les bourgeois convaincus ou même soupçonnés d'hérésie. On mit en outre leurs biens au pillage. Les bouchers se signalèrent par leur cruauté au milieu de la populace frénétique. On vit parmi les assassins quelques moines furibonds, et autre sorte de gens à qui le désir de dérober ^ plutôt que le zèle de lafoiyfesait prendre les armes (i). Les femmes montrèrent aussi un acharnement sanguinaire.
(i) Hon. Bouche, t. ii, liv. x, ch. tii.
Elles tuèrent à coups de couteau une malheureuse nommée Melchionne, épouse d'un libraire protestant, traînèrent son corps dans toute la ville, et le pendirent parles pieds au pin fameux. Sen Tarron^ paysan cruel et hardi , imagina de mettre à son chapeau une croix blanche avec des plumes de ut au même instant une foule d'imita- 1 après tous les catholiques adoptèrent ;ne de ralliement. La multitude portait 3S où l'on voyait écrits, en langue promots : La messo sera giammajr ; une nmée dans la même langue Xayssado achevait le sens de la phrase (a). Au milieu des vociférations horribles qui se fesaient entendre de toutes parts 9 on distinguait surtout ce cri de représaille et de vengeance : Pague^ pague Barjols (3). Le désordre et les calamités durèrent long-temps. Le conseiller Salomon , attaché à la religion luthérienne , fut une des dernières victimes. Passant , le aa juin (4), au déclin du jour, sur la place des Prêcheurs, il fut attaqué par une bande de bouchers qui le poignardèrent à la porte du couvent des Jacobins où il tenta de se réfugier. Son cada-
(i) Pittoo, Histoire d'Aix, p. 289.
(a) La messe ne sera jamais laissée.
Depuis rinyention de ce rébus, les meneurs ameutèrent le peuple d'Aix contre les réformés , en frappant sur une pioche.
(3) Paye , paye Barjols , ou pour Barjols.
(4) Toujours en l'année i56a. •
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^re^ mis à nu^ fut traîné dans les rues, et y resta exposé à tous les outrages* Le parlement , à la suite de cet attentat; fit arrêter le prévôt des maréchaux comme coupable d'imprévoyance. Mais que peut la justice aux jours de violence et d'anarchie ? Une troupe de mutins ^ réunis devant le Palais, demanda son élargissement. La cour, frappée d'impuissance par l'anarchie victorieuse, se vit obligée de fléchir. D'ailleurs le conseiller de Panisse , allié du prévôt, lui procura sa liberté en plaidant vivement sa cause. Le comte de Sommerive, lieutenant du roi, ne fit son entrée à Aix qu'après la soudaine révolution qui livra cette ville au parti catholique. Le parlement s'empressa d'enregistrer ses pouvoirs. Les procureurs du pays lui fournirent tous les deniers nécessaires pour l'entretien et la solde des troupes. Sommerive , secondé par les administrations de la capitale, leva une armée de sept mille huit cents hommes, divisée en vingt-six compagnies de trois cents soldats chacune. Le comte de Tende, suivi de son fils le baron de Cipières (i) et de son gendre Jacques de Cardet, de la maison de Salusses, passa promptement la Durance avec tous les protestans qu'il put réunir. Âpres avoir opéré sa jonclion avec Paul de Richieu, seigneur de MauvanSji il assiégea Pertuis qui tenait pour les catholiques. Blab comme il manquait d'artiUerie et qu'il se voyait
(i) Frère consangain du comte de Sommeriye.
privé de la coopération du comte de Grussol qai était parti pour le Languedoc avec une mission du roi, il fut forcé de lever le siège , alla d'abord fortifier Manosque , et se retrancha ensuite dans Sisteron où il attendit les secours du baron des Adrets , chef des protestans du Dauphiné. Les religionnaires provençaux réunis à ceux du Comtat- Venaissin s'emparèrent d'Orange au moment où Farmée catholique de Provence, sous la conduite du comte de Sommerive et du comte de Garces, allait se mettre en marche pour l'attaque de Sisteron. Cette armée y dans les rangs de laquelle on remarquait le marquis de Trans, les seigneurs de la Verdière, de Meyrargues, de Mondragon, du Castelet, de Méjanes, de Saint-Marc, de Yentabren, de Briançon, de Fos et de Mirabeau, se dirigea sur Orange à la prière de Fabrice Serbellon , général des troupes pontificales dans le Comtat. La ville d'Orange, enlevée d'assaut le 6 juillet i562, fut livrée au pillage, mise à feu et à sang par une milice transportée de fanatisme et de rage. Les principaux édifices devinrent la proie des flammes ; toutes les maisons furent saccagées ^ et peu de personnes échappèrent au glaive du vainqueur qui n'épargna pas même les habitans catholiques. Au milieu du tumulte , les soldats provençaux s'excitaient au carnage en proférant encore ce cri d'une ironie sanguinaire : Pague Barjols. Parpaille, président de la cour souveraine d'Orange, était tombé
au ponvoir de SommeriTe avant la prise de cette ville. L'infortuné magistrat , conduit à Avignon où il avait reçu le jour , eut la tête tranchée par la main du bourreau.
Après ces exploits odieux, le comte de Sommerive se prépara à tourner toutes ses forces contre Sisteron j où venaient de se replier les garnisons protestantes de Barjols, Forcalquier, Riez et Ma* nosque. En même temps le comte de Tende laissa le gouvernement de la place au baron de Beaujeu, et se retira avec une partie de ses troupes vers la vallée de Barcelonette, pour de là tenir en échec Tarmée catholique et pour gagner la Savoie en cas de malheur. A peine le comte de Tende s'était mis en route, que le comte de Sommerive se présenta devant Lurs^quilui ouvrit aussitôt les portes. L'armée marcha de suite sur Sisteron , et l'artillerie battit les remparts en brèche du côté du midi. Trois fois tes catholiques montèrent à l'assaut, et trois fois ils se virent repoussés avec perte. Les femmes protestantes , toujours placées aux postes les plus périlleux , se distinguèrent par leur courage. Elles prirent le capitaine Bouquenègre, lieutenant de Durand de Pontevès , et le pendirent à «m gibet. Les catholiques, usant de représailles, infligèrent le même supplice au capitaine Costede Tarascon , qu'ils avaient fait prisonnier.
Cependant le comte de Sommerive, harcelé par les troupes légères du baron de Cipières et de Jac-
ques Cardet j craignant aussi Tarrivée du baron des Adrets qui avait dé&it à Yauréas une colonne catholique, désespéra pour le moment de s'emparer de Sisteron. Il leva le siège et se retira du côté des MéeSy dans une position inexpugnable, où il attendit des renforts. Le 127 du mois d'août j ses forces s'étant augmentées de celles du comte de Suze, sorti du Comtat-Venaissin pour se joindre à lui , il se dirigea de nouveau vers Sisteron y qu'il pressa de tous cotés. Le 4 septembre, à la pointe du jour, Montbrun , l'un des che& des bandes protestantes du Dauphiné, tenta d'entrer dans la ville assiégée avec quinze cents arquebusiers , plusieurs pièces d'artillerie et des munitions de bouche. Le comte de Suze s'avança contre lui en ordre de bataille , à la tête de huit cents fantassins. Montbrun eut d'abord l'air de mépriser une troupe aussi fisûble^ mais il changea bientôt de contenance en voyant le comte de Sommerive tomber sur lui à l'improviste avec sa cavalerie armée de toutes pièces. Les protestans , bien vite culbutés, perdirent neuf cent soixante-dix hommes , toute leur artillerie, leurs munitions et leurs équipage3. Montbrun j accompagné des débris de ses bandes y se sauva à Orpierre 9 de là à Grenoble ; et le baron des Adrets , né voulant plus tenter le sort des armes, se réfugia aussi dans le Dauphiné. Sisteron fut alors réduit aux dernières extrémités. Dans les derniers jours de septembre , l'artillerie du comte de Sommerive
fit une large brèche aux remparts du côté de rOuest, tout près le monastère des Cordeliers. Les assiégeans, pleins d'espérance et d'ardeur, montèrent vigoureusement à l'assaut , et bien qu'ils fassent vigoureusement repoussés pendant cinq fois par les assiégés, ceux-ci, épuisés par leurs^ efforts, par leurs privations et par leurs fatigues, perdirent enfin courage. A la faveur d'une nuit d'orage, les chefe religionnaires suivis de quatre mille personnes de tout sexe , de tout âge et de toute condi« tion , sortirent secrètement de la plac^ et gagnèrent les montagnes. De Sommerive mit à leur poursuite un corps de troupes qui ne put les atteindre. Les fuyards , dans un a£Freux état de misère , parvinrent à Grenoble , et le baron des Adrets les dirigea ensuite sur Lyon. Lorsque l'armée catholique > maîtresse de Sisteron, l'eut horriblement saccagé, le comte de Sommerive chargea le capitaine de SainteJaille de réduire le château de Sigoyer , situé à trois lieues de là et défendu par une petite garnison protestante sous le commandement de Louis Isnard , lieutenant de François Laidet , seigneur de ce château. Le lieutenant du roi, laissant à Sisteron plusieurs compagnies dln&nterie, retourna bientôt à Aîx , où l'on fit une procession générale pour rendre à Dieu des actions de grâce sur le triomphe du catholicisme et la ruine de l'hérésie. .
A dire vrai , la joie semblait permise aux parti-
sans de TÉglise RomaÎDe. Le comte de Tende qui jusque là à'était tenu immobile dans la vallée de Barcelonette, chercha un asile à Turin. Le châ* teau de Sigoyer fut pris et réduit en cendres. A Marseille, les protestans, poursuivis à outrance^ne recevaient aucun quartier^ Riquetti de Mirabeau , prepiier consul, s'efforça, mais en vain, de calmer la fureur de la populace ameutée , et plusieurs de ces malheureux furent encore pendus à des arbres. Le comte de Sommerive, dans Fivressede sa victoire, voulut combattre tes réformés hors de son gouvernement. Accompagné du comte de Garces , de Mon-» dragon et de quelques autres seigneurs provençaux, il passa le Rhône et fit son entrée dans le Langue* àoc pour donner une camisade(i) aux huguenots de Saint-Gilles. Mais un corps de cavalerie protes-* tante, commandé par Beaudisné, deBouillargiies, d'AlbenaJ et de Grille, le mit en pleine déroute, lui tua deux mille hommes , lui prit tout son bagage et le força de rentrer en Provence.
La Cour de France, embarrassée de ces luttes affreuses et fatiguée de ces maux accablans , recourut encore à un acte de tolérance. Par l'édit de mars i563, l'oubli du passé fut proclamé, les seigneurs hauts-justiciers obtinrent l'exercice du
(i) On appelait canUiode une surprise de nuit. Les soldats assaillans se mettaient la chemise sur Thabit pour se reconnaître au milieu des ténèbres.
culte dans leurs seigneuries, les nobles des villes et boui^s du domaine eurent la même faculté dans leurs maisons. Les protestans en général conservèrent la liberté religieuse dans les communes où ils Tavaient avant le mois de mars j et la reçurent dans june ville de chacun des bailliages immédiatement soumis aux parlemens. C'était un grand progrès pour des vaincus , c'était un immense avantage, il y avait de quoi pousser des chants de victoire. Mais jugez quel mécontentement, jugez quelle colère durent exprimer les catholiques provençaux, ces hommes à l'imagination bouillante, au carac» tère impétueux , ces soldats de la foi encore tout noircis par le feu des batailles, eux qui croyaient avoir mission de venger leur Dieu par le fer. Les états-généraux , entraînés par l'opinion publique, déclarèrent qu'ils s'opposeraient désormais au rétar blissement des prêches; qu'ils ne souffriraient pas que l'hérésie vint s'asseoir triomphante à côté des autels de la vraie religion. En cet état des choses, l'édit de tolérance fut présenté à l'enregistrement du parlement d'Aix : mais la cour, ne tenant aucun compte des volontés du roi, déclara qu'elle n'était pas compétente pour apprécier un acte d'une si haute importance, et le transmit aux procureurs du pays qui manifestèrent une opinion conforme à celle des états. Alors le parlement , poussant beaucoup plus loin l'esprit de résistance, confirma un de ses arrêts rendu le a6 mars 1 56a et portant que
le culte catholique serait le seul permis en Provence. Le roi 9 bien résolu à ne pas fléchir, envoya le le maréchal de Vieilleville et le premier président du parlement de Grenoble , commissaires chargés de la pacification des troubles religieux. Arrivé à Avignon , le maréchal donna connaissance au parlement d*Aix des ordres qu'il avait à remplir, et Tinvita à lui envoyer quelques-uns de ses membres pour conférer sur ce sujet. Le président de Perussis, les conseillers Émenjaud.et de Rascas, furent députés auprès de lui , mais on ignore le résultat de la conférence. Le dernier jour du mois d'août i563 le maréchal de Vieilleville se rendit à Aix, et se hâta de réunir les principaux membres du parlement et de la noblesse pour leur faire sentir combien il importait au bien de la Province que redit fût exécuté. Après des débats aussi longs qu'orageux l'assemblée décida que tous ceux qui avaient abandonné leur domicile pour cause de religion pourraient y rentrer, et qu'on leur assignerait des prêches à Mérindol et à Seyne. De plus grandes difficultés s'élevèrent à l'égard des membres du parlement que le même motif avait éloignés de leurs fonctions, et dont la compagnie ne voulait souffrir le retour qu'en les soumettant à un serment de catholicité qui avait été exigé l'année précédente. Néanmoins, par les efforts du maréchal pacificateur, les magistrats dissidens furent rétablis dans leurs charges moyennant le seul
serment d'usage , qu*ik prêtèrent entre les mains da premier président du parlement de Grenoble.
La condesœndance du parlement d'Aix ne désarma pas le ressentiment des réformés proven* çauz , qui j fiers d'avoir obtenu le dernier édit de tolérance > firent entendre leurs plaintes contre cette cour souveraine. Ils chargèrent l'avocat Mussoni d'aller dénoncer sa conduite à Paris , et ils fondèrent principalement leur accusation sur l'impunité des assassins d'Antoine de Bichieu et du conseiller Salomon. Ces plaintes réussirent, soutenues qu'elles étaient par le crédit de l'amiral de GoUgni, de la reine d'Angleterre et des princes protestans d'Allemagne. Par un édit du a4 novembre de la même année i563 Charles IX prononça la suspension du parlement d'Aix ; et pour que l'administration de la justice ne fût pas en souffrance , le roi nomma à la place des magistrats suspendus deux présidens et douze conseillers au parlement et au grand conseil de Paris (i). Sur ces entrefisiites le comte de Tende, reparaissant
(i) SsToir : Bernard Prérât, seigneur de Monan , président du parlement de Paris ; Etienne Gharlet , président aux enquêtes de la même cour ; Nicolas Perrot, Denis de la Riyière, Jean de la Rosière^ Jean de Monceaux, Nicolas La Bermyer, Achille Du Harlay, Jérôme Angenoty Amould Chaudon , Guillaume Abot, conseillers au parlement de Paris; Jacques Phelippeaux y Josse de Bauquemare, conseillers au grand conseil ; et Robert Tignac , jadb conseiller au parlement de Quunbéry.
sur la scène politique, vint reprendre les rênes de son gouvernement de Provence , et tous les réformés y voyant en lui leur protecteur , saluèrent son retour avec des cris d'enthousiasme. Le roi le dxargeai spécialement d'installer la nouvelle cour de justice, et lui adjoignit le seigneur de Biron pour Taccomplissement de ce devoir. £n même temps le comte de Sommerive se réconcilia avec son père, et le plus grand de tous les scandales eut ainsi une heureuse fin. Le comte de Tende, ne rencontrant plus d'opposition matérielle à l'exercice de son autorité, convoqua à Manosque les états-généraux au mois de mars i564» Jamab cette assemblée nationale n'avait été moins nom^ l>reuse. Le puissant comte de Garces, l'un des consuls-procureurs, et la plupart des membres de la noblesse, restèrent à Âix, où ils se contentaient de bouder en silence , ne voulant fournir aucune Aide au gouvernement français, sans cesse plus mobile en ses versatiles systèmes que les flots soulevés par le vent d^ tempêtes. I^es états, soumis à l'influence de l'Église Romaine, ne donnèrent que des témoignages de mauvais vouloir. Pourtant l'on décida que la garnison catholique de Sisteron sortirait de cette ville et que le commandant de la place serait changé. Au mois d'avril suivant îe comte de Tende et le seigneur de Biron, assistés du comte de Sommerive, procédèrent solennellement à l'installation du nouveau parlement d'Aix.
DE WIOVEWCE. 203
Après avoir £iit notifier à chaqae membre de la compagnie suspendue Tédit du a^ novembre 1 563/ ib donnèrent l'entrée du palais de justice aux n^^ gistrats étrangers , qui siégèrent aussitôt en robe^ rouges sous la présidence de Bernard Prévost, sei«^ gneur de Morsan , et reçurent le serment des avo-* cats, des procureurs et des huissiers. Ensuite ils appelèrent auprès d'eux Bonifisice Petticot, avocat à Marseille y pour repiplir les fonctions de procu-' reur-général. Après cette première audience, ils s'appliquèrent à distribuer la justice avec la plus sévère impartialité, firent divers réglemens de philanthropie et d'utilité publique, se concilièrent enfin tous les suffrages par la sagesse de leurs principes^ par la modération de leurs sentimens, par l'étendue de leurs lumières. Comme une preuve de leui* indépendance et de leur équité on cite un de leurs jugemens qui condamna à l'amende de cinq cents livres le seigneur de Mazaugues, gentilhomme d'une des plus anciennes maisons du pays (i). Ce n'était là que l'accomplissement d'un devoir; mais le souvenir que l'histoire en garde ne fait pas l'éloge des magistrats anciens eu paraissant indiquer que leur conduite était différente.
Charles IX, ayant résolu de visiter son royaume, entra dans Avignon le îi4 septembre i564 avec sa mère Catherine de Médicis, son frère le duc d'An- Ci) Ganfridi, t. ii » Ut. x^i.
jou, le jeune Henri de Bourbon, prinoedeBéarn, qui devint le Grand Henri lY, les cardinaux de Guise et de Bourbon, le connétable de France Anne de Montmorency, et plusieurs autres seigneurs. L'ancien parlement suspendu s'empressa d'envoyer des députés au monarque pour justifier sa conduite. Ces députés, accueillis £siVorablement, parvinrent à obtenir que deux maîtres des requêtes iraient à Âix pour y prendre des informations sur la vérité des faits qui servaient de fondement à la justification de la compagnie. Le roi, sortant d'Avignon , passa la Durance sur un pont de bateaux, traversa Château-Renard et Saint- Remy^ ensuite il prit la route de Salon.
Il y avait alors dans cette ville un vieillard singulier nommé Michel de Nostradamus (i) : les uns
(i) Michel de NottracUmas naquit à Saint-Remi le i4 décemlire i5o3. Son père était notaire. Son bisaïeul mateniely médecin et conseiller da roi René , loi enseigna les élémens du latin et des mathématiques. U acheya sa philosophie au collège d'ÀTignon, et alla ensuite étudier la médecine à Montpellier. Sur les instances de •on ami Jules Scaliger, il Tint s'établir à Agen où il se maria. Ayant perdu au bout de quelques années sa femme et les deux enûmt qu'il en ayait eus, le séjour d*Agen lui derint insupportable. Pendant douze ans il parcourut la Guienne , le Languedoc et l'Iulie, reyint en Proyence , et finit par se fixer à Salon où il épousa une demoiselle de très-bonne famille. Des maladies contagieuses qui affligèrent les yilles d*Aix et de Lyon lui fournirent l'occasion d'employer quelques remèdes secrets qui eurent beaucoup de succès , et dont il a donné la recette dans son Traité des Fardemens. U fut appelé dans Tune et l'autre de ces yilles par une délibération solennelle des autorités.
le Ténéraient comme un prophète aimé du Ciel; les autres soutenaient qu'il avait commerce avec le démon; d'autres enfin , plus raisonnables , mais aussi en plus petit nombre , le traitaient de visionnaire extravagant ou d'imposteur audacieux. Cet homme, qui a tant occupé la renommée , s'était livré de bonne heure à l'étude de la médecine, et il avait obtenu une réputation que ses confrères ne virent pas sans jalousie^ Les tracasseries qu'il essuya de leur part l'obligèrent de s'éloigner de lu société. Vivant seul avec ses livres, en tête à tête avec les souvenirs de sa jeunesse et de son âge mûr, son esprit, déjà chaud, s'échauffa davantage , s'échauffa tellement qu'il crut avoir le don de connaître l'avenir. Michel de Nostradamus écrivit d'abord ses prédictions dans un style énigmatique; mais pensant qu'elles auraient un caractère plus prophétique s'il les mettait en vers , il en composa autant de quatrains dont il publia sept Cen-iuries à Lyon en i555. Ce recueil eut une vogue inconcevable, et que l'auteur lui-même n'avait sans doute pas prévue. La superstitieuse Catherine de Médids voulut voir cet être extraordinaire dont chacun racontait des choses merveilleuses. Il fut mandé à la cour et accueilli avec la plus grande distinction. La reine l'envoya tirer à Blois l'horoscope des jeunes princes, et il revint en Provence comblé de présens. Encouragé par le succès, il augmenta son recueil de trois Centuries , et il en
doniia une nouvelle édition en i558. L'année suivante Henri II mourut dans un tournoi , d'une blessure à l'œil^en rompant une lance avec le comte de Montgomméri. Quelques insensés se persuadèrent que Nostradamus avait prédit ce triste événement dans le trente-cinquième quatrain (i) de la première Centurie.
La réputation du prophète était vraiment immense, lorsque Charles IX et sa suite se présen*^ tèrent devant Salon le 17 octobre i564. Le Roi était couvert d*un habit violet enrichi de cordons d'argent, le chapeau et les panaches respondant à son vêtement (a). U montait un dieval africain harnaché de velours noir à larges franges d'or. Les consuls Antoine de Cordova et Jacques Paul, accompagnés des notables, reçurent ce prince sous un dais à l'une des portes de la ville. Ils avaient instamment supplié Michel de Nostradamus « de <c vouloir estre avec eux et parler à Sa Majesté au « point de la réception ; mais il s'en excusa au- « tant gracieusement qu'il put, remonstrant qu'il « désirait feire son train à part et saluer Sa Ma- « jesté hors de la tourbe populaire, estant très-
(i) Ce fameux quatrain est ainsi conçu :
Le lion jeune le TÎeax snrmonten ;
En champ beUiqae par aingoUer dvd
Dan» cage d*or les yeux lai crcrera.
Deux plaies one, pais mourir ; mort croelle. (a) César Nottradamosy Uist. et Chronique de ProTence,7* partie.
lœ PROVENCl. 207
« bien averti qu*il serait requis el demandé (i) ». Nostradamns resta confondu dans la foule; mais^ les consuls le désignèrent à Charles IX , et le prophète, s'approcbant alors du monarque, lui fit une humble révérence et prononça ce vers :
Fir magnus bello, nuiti pietate secundus.
Ensuite il suivit à pied Charles IX « avec son bon- « net de velours d'une main, et un gros et trèsa beau jonc dinde emmanché d'argent deTautre, « jusques aux portes du Château , et encore danâ a sa propre chambre, où il entretint fort longue- « ment ce jeune roi et la reine régente sa mère, c qui eurent la curiosité de voir sa petite fa- «c mille (a) ». Catherine de Médicis l'entretint longtemps, et Ton rapporte qu'il lui prédit que le duc d'Anjou serait roi de France. Michel de Nostradamus , ayant ensuite examiné attentivement le jeune prince de Béarn, pria son gouverneur de lui per^ mettre de le voir nu. Henri IV ne s'y prêta qu'avec la plus vive résistance , croyant qu'on voulait lui donner le fouet, effrayé d'ailleurs de la longue barbe du prophète. Mais, bientôt rassuré, il consentit à ce qu'on exigeait, et l'on dit que le vieillard prédit alors que le prince de Béarn , après bien des traverses, succéderait à Henri III (3).
(i) César Nostradamus ibitL
(a) Ibid,
(3) Gaufridi , t. ii , Uv. xu.
Le roi et la teine mère, continuant leur vc^age, passèrent à Lambesc et firent lenr entrée à Aix le no octobre. Trois jours après, Charles IX, dans un lit de justice au nouveau parlement, ordonna que le pin du conseiller de Gênas serait coupé , afin d'abolir la mémoire des malheurs et des crimes qu'il rappelait (i)- La cour de France, quittant la ville d'Aix , traversa Fourrières et Saint-Maximin, visita la Sainte-Baume et s'arrêta à Brignolles. ce Les habitans s'étudièrent à lui donner du plaide sir par la gentillesse des danses de la contrée, à « une grande place qui estait devant son logis, où ff il se trouva grande quantité de belles filles , toua tes habillées de tafetas, les unes de vert, les aucc très de changeant, les autres de blanc, qui dantf saient à la mode de Provence des danses que ce l'on appelle la volte et la martingale {i). v La Cour, passant successivement à Cuers, à Soliers et à Hyères , arriva à Toulon le 2 novembre, et le lendemain le marquis d'Elbeuf entra dans le port avec sept galères bien équipées. Le roi monta sur
(i) Le roy estant en son conseil , pour ôter la mémoire des meortres et autres excès qui ont esté faits et commis en Tarfire Tulgairement nommé le Pin, qui est à l'entrée de la porte Saint-Jean, hors la ville d'Aix, a touIu, yeut et ordonne que ledit arbre sera décliargé, abattu et délivré au sieur et propriétaire d'icelui, pour en faire son profit.
( Kxtrait des registres du greffe criminel du parlement.)
(a) Hon. Boncbe, liv. x, cb. vii, S m*
DE PROVENCA 209
Fune d'elles pour faire une promenade suriner. La Ck>ur partit de Toulon le 4 9 et prenant le chemin d'OlioulleSy de La Cadière, d'Aubagne, parut devant Marseille le 6 du même mois. Charles IX , avant d'entrer dans la ville, fut conduit à la plaine Saint-Michel où on lui fit une réception magnifique (i). Lorsque le monarque parut sur le seuil de la porte royale, il jura le maintien des chapitres de paix et des franchises municipales. Après avoir passé huit jours à Marseille, qui se sigrtala en cette occasion par de» solennités pompeuses et par des fêtes sans cesse renaissantes , la Cour de France se dirigea vers Arles , et dans tous les lieux de son passage elle se vit entourée d'une troupe d'enfans qui poussaient le cri de Fivo la Messo ! Les Arlésiens l'accueillirent en rivalisant de magnificence avec les Marseillais (a). La Cour s'arrêta trois semaines dans l'antique métropole des Gaules y dans la cité chérie de Constantin , et des combats de taureaux remplacèrent les jeux sanglans de l'amphithéâtre. Charles JX, pendant son séjour dans cette ville , envoya chercher Michel de Nostradamus, lui donna deux cents écus d'or et le nomma son médecin ordinaire, aux gages , préro*
(i) Ruffî ', Hltt. de Marseille, 1. 1, liy. tu, di. t* (a) Magno CiviumpUuuu , pompé et iriumpko. — Saxi, OUT. cité , p. 394.
gatives et honneurs accoutumés (i). Charles DL, par lettres-patentes datées d'Arles le 4 décembre i564> rétablit dans leurs charges les anciens membres du parlement de Provence, sur la demande des états-généraux qui siégeaient à Tarascon. Le premier président Augustin de Foresta , baron de Trets y le président Gardevins , Tributiis , doyen de la cour 9 et Rabasse, procureur-général , furent seuls exceptés de cette réhabilitation (fi). Chose singulière ! l'installation de l'ancien parlement fut confiée à celui qui lui avait succédé. Le président de Morsan reçut le serment de tous les membres et prononça ensuite un discours dicté par des sentimens de concorde. Les magistrats de la cour temporaire prirent place dans celle qui venait d'être rétablie , et Morsan j qui en était le chef, conserva l'avantage de présider la compagnie au préjudice
(i) César Nostradamus , iiid.
Le prophète Michel ne jouit pas long-temps de ces faTeors non- Telles. Il moiirat à Salon le a juillet 1 566, et fut inhumé dans l'église des Gordeliers. Le peuple de cette yille crut pendant longtemps qu'il se fit enfermer tout vivant dans son caveau, avec une lampe , du papier, de l'encre , des plumes et des livres , et qu'il menaça de la mort quiconque aurait la hardiesse d'ouvrir ce caveau; croyance superstitieuse fort utile aux spéculateurs qui ont donné de nouvelles éditions des Centuries de Nostradamus , avec de nouveaux quatrains applicables aux événemens récens. Les curieux ne recherchent que les anciennes éditions.
(a) Ils ne tardèrent pas , par des arrêts particuliers , d'être à leur tour réintégrés dans leurs emplois.
du baron de Trets. Le 7 décembre le roi sortit de la ville d*Arles , resta trois jours à Tarascon , et passa ensuite le Rhône sur un pont de bateaux pour entrer dans le Languedoc.
Les réformés de Provence perdirent bientôt l'appui du comte deTendequi mourut le a3 avril j 566, et qui fut remplacé dans le gouvernement du pays par son fils le comte de Sommerîve , lequel avait exercé jusques alors la charge de lieutenant du roi. A peu près à la même époque , le président de Morsan , magistrat vei*ueux qui s'était concilié l'estime et le respect de tous les partis , quitta la ville d'Aîx pour reprendre à Paris ses anciennes fonctions. Sa présence avait toujours été pour les réformés un gage de sécurité , et son départ leur inspira des craintes sur l'impartialité du parlement. C'est ce qui les engagea à solliciter du roi l'érection d'une chambre neutre, composée, à nombre égal , de conseillers catholiques et de conseillers protestans , pour connaître , en dernier ressort , de l'exécution des édits de tolérance religieuse. Leur de | tT /* •? mande fut accueillie, et par des lettres-patentes du I ^ ^ f ai janvier 1567, le président de Puget , et les conseillers de Gênas , de Panisse , Dedons , Châteauneuf, Ferrier, Antelmi, Sommati, Giraud, Péna et d'Arcussia, dont six professaient la religion réformée , furent délégués pour former cette juridiction exceptionnelle. Le parlement n'enregistra qu'à regret les leUres d'érection , et déclara qu'elles
ne s'appliqueraient qu'à ceux qui les avaient sollicitées (i).
Cependant la reine-mère ne pouvait tenir la balance entre deux partis animés l'un pour l'autre d'une haine mortelle. Son adresse et sa dissimulation , loin de les concilier, loin de les satisfaire, n'étaient bonnes qu'à exciter leur commune défiance. Après un calme trompeur, les protestans français prirent l'alarme et recommencèrent la guerre. Les religionnaires provençaux se soulevèrent aussi , car tout leur était un sujet de crainte. Le comte de Sommerive, nouveau :gouverneur, ne pouvait que leur être contraire, -puisqu'il les avait poussés jusque là. Pour le comte de Carces, nommé lieutenant du roi à la place de Sommerive, ils en espéraient encore moins, engagé comme ils le voyaient dans» le parti catholique. Les Huguenots formèrent des rassemblemens armés à Riez, Castellane, Digne, Grasse, Ântibes, Fréjus et Vence. Vers la fin de 1 667 Sisteron tomba une seconde fois en leur pouvoir, et devint comme précédemment leur siège principal. Apu*ès y avoir organisé leurs forces, ils s'emparèrent de Forcalquier, de Sault, de Peyruis, des Mées, de quelques autres bourgs, et la Haute-Provence devint le théâtre de leurs opérations militaires. Six membres du parlement et l'avocat-général de Puget, suivi d'un huis-
(i) Au bout de OBze mois ce tribunal fut révoqué.
sier, allèrent en armes rejoindre les révoltés. Spectacle plus étrange encore! Tarchevêque d'Aix, Jean X, de la maison d'Urgel Saint-Priest en Forest, connu sous le nom de Saint-Chamond , monta, le jour de Noël, dans la chaire de la cathédrale, revêtu de ses habits pontificaux j déclama contre Téglise^t la cour de Rome , jeta sa mitre, sa crosse et tous ses ornemens, alla trouver les réformés une demi-pique à la main, commanda un corps de troupes, vécut comme un soldat, épousa la dame de Saint-Romans, et mourut à Montélimart en combattant les catholiques (i).
Une vive agitation régnait à Aix. Le comte de Sommerive, gouverneur, reçut deux lettres; Tune dés consuls de Brignolles et l'autre des consuls de Saint-Maximin. La première annonçait que quatre cents huguenots armés, venus de Besse, avaient traversé Brignolles pour se rendre à Bras. La seconde portait que le seigneur de Cipières, suivi de cinq cents hommes d'infanterie et de deux cents chevaux , menaçait Saint-Maximin. Peu après. Abeille, consul de Tarascon, vint dire que les protestans du Languedoc s'étaient saisis de Nimes où ils avaient commis plusieurs assassinats. Ije comte de Sommerive, ayant fait des levées d'hommes,
(i) Pitton , Annal, de TÉglise d'Aix , p. aa3 et suit. — DeHaitze. L'Épîteopat Métropolitain d*Aix , manuscrit déposé à la Bibliothèque publique de Marseille.
résolut cl*eDtrer aussitôt en campagne. Mais, avant tout, il jugea convenable de s^entendre avec le cardinal d'Armagnac, légat à Avignon, lequel venait de nommer le comte deSuze général des milices pontificales. Orange tenait toujours pour les réformés qui ocaipaient aussi le château de Momas. Le comte de Sommerive fit venir de Marseille dix pièces d'artillerie, se mit à la tête de deux cents chevaux, de quatre mille fantassins, divisés en vingt-deux compagnies commandées par des gentilshommes provençaux, et prit la route de la haute Provence avec le comte de Carces. Le comte de Suze, avec lequel le gouverneur voulait lier ses opérations, marcha droit au Ppnt Saint-Esprit, que les religionnaires occupaient, et il s'en empara après une action des plus meurtrières. I/armée catholique de Provence était divisée en deux corps. Le premier, sous les ordres de Sommerive, arriva à Castel-Arnoux; le second , commandé par le comte de Carces, se rendit à Volonne. A la suite de ce gentilhomme, si célèbre dans l'histoire des troubles religieux , marchait une foule d'autres gentilshommes qui étaient presque tous ses parens, ses amis et ses obligés. On y voyait son frère Durand de Pontevès, seigneur de Flassans , le commandeur de Cuges , les seigneurs d'Oise , d'Entrecasteaux, de Trans , de La Verdière , de Pourrières, de La Molle, de Saint-Juers , des Arcs, d'Olioulles, de Tourves , de Cuers, de Baudiment, de Jansou , de Silans , de La
Barben, de Faucon , de Mirabeau , de Saint-Marc, de Fontenale, de La Coste, d'Antibes, de Meyragues, de Beaujeu y de La Fare, de Gardane, de Salernes, de Montroéyan , de Ventabren , d' Aups , de Romoles , du Vernègue, Avant d'en venir aux dernières extrémités contre Sisteron , le comte de Sommerive envoya les seigneurs de Buoux , de Valavoire, de Forbin , de Romoles et le capitaine Levens y vers le commandant Saint-Martin , gouverneur de la place 9 pour le sommer de la rendre. Ce commandant, plein de résolution et de fierté, déclara qu'il était prêt à périr les armes à la main, pour le soutien de ses croyances, plutôt que de souiller sa vie par la moindre faiblesse. Tous les protestans placés sous ses ordres montrèrent le même courage. On eut beau , pour les intimider , leur rappeler la bataille de Saint-Denys où leur parti venait d'être vaincu. Ils restèrent inébranlables. Peut-être s'imaginaient-ils que la saison ne permettait pas d'entreprendre un siège. En effet , l'hiver fesait sentir ses rigueurs ; de grandes pluies avaient inondé la campagne, et la neige couvrait tout le territoire de Sisteron. Néanmoins le siège commença malgré ces obstacles. Le comte de Sommerive se rendit d'abord à Ribiers en Dauphiné, où il rencontra les seigneurs de Glandage et de Ventaron qui venaient le joindre avec six cents hommes. Il revint ensuite vers Sisteron et commença ses travaux d'attaque, de concert avec le comte de Garces. Le 1 1
janvier 1 568,16 canon des assiégeans battit les murailles de la place et y fit une brèche que lésassièges réparèrent. £n même temps, Cipières trouva le moyen d'entrer dans la place avec un renfort de huguenots. Le gouverneur de Provence et le comte deCarces, après avoir consulté les capitaines catholiques qui marchaient sous leurs étendards, désespérèrent de s'emparer de Sisteron, et ils en levèrent le siège. L'artillerie fut conduite à Manosque. De Garces retourna à Aix , et le gouverneur Sommerive conduisit une partie; de ses troupes dans le Comtat-Yenaissin, pour mettre à la raison les réformés de ce pays, suivant le traité de Barbentane qu'il avait passé peu de temps auparavant avec le cardinal d'Armagnac. L'armée catholique prit d'abord Tulette qui fut mis au pillage. Quatre capitaines démérite, Yenterol de la maison d'Urre en Dauphiné, Caille de Calas, Baudon de Carpentras , et Haillon de Marseille furent tués à l'attaque de ce bourg. L'armée s'enpara ensuite de Mornas et de quelques autres places. Après quoi , le comte de Sommerive rentra en Provence où sa présence était bien nécessaire. Les huguenots, maîtres de Sisteron , fesaient des courses dans toute la Haute Provence et tenaient en échec les forces du comte de Garces. De Sommerive se disposait à frapper les plus grands coups , lorsque Tédit de mars 1 568 amena en France quelques mois de paix entre les réformés et les catholiques. Les protestans renfer-
mes dans Sisteron refusèrent leur obéissauce à cet édit y et ce ne fut que le 7 du mois de mai que la garnison de cette place consentit à l'évacuer. Un corps de troupes catholiques la remplaça , sous les ordres d'un gentilhomme de la maison d'Urre. Le seigneur de Cipières déposa les armes sans murmure , vint passer quelques jours à Besse, et se rendit ensuite à Nice pour présenter ses hommages au duc de Savoie. A son retour il s'arrêta à Fréjus avec une escorte de quarante cavaliers. Le i*' juillet, la populace envahit son hôtellerie, se jeta furieuse sur lui, le mit en pièces, et massacra également sept ou huit hommes de sa suite. Le parlement d'Aix envoya un de ses membres sur les lieux pour y procéder à une information judiciaire. Mais l'instruction ne fut pas poussée plus avant. Les uns ont dit que ce crime avait été commis à l'instigation du baron des Arcs , gouverneur de Fréjus. D'autres ont soutenu que le baron avait fait tous ses efforts pour sauver l'infortuné Cipières (i).
La paix qui avait été faite en France avec les huguenots, fut presque aussitôt rompue, et la guerre recommença avec plus de fureur qu'auparavant. La Provence en fut préservée. Elle fournit seulement des volontaires aux deux factions belligérantes en diverses provinces. Le 2 5 octobre,
(i) Lonyet , ouv. dté , première partie. — Gaufiidi , t. n, liv. xii.
2i8 HISTOIRE
Paul Richieu j seigneur de Mauvans , fiit tué de deux coups d'arquebuse dans le Périgord où il était allé commander une troupe de deux mille protestans que le duc de Montpensier tailla en pièces. Ainsi finit . sur un champ de bataille ce gentilhomme aussi remuant qu'intrépide. Ainsi il couronna sa vie par une mort digne de sa valeur. D'un autre côté , le comte de Sommerive, gouverneur de Provence, se signala, le i3 mars 1669, à la fameuse journée de Jarnac avec un corps de catholiques provençaux. Après cette guerre vînt une nouvelle paix d'août 1570, laquelle ne fut point rompue par une prise d'armes, ou par un édit royal, mais par l'affreux massacre de laSain^ Barthélémy. Ces horreurs ne souillèrent pas la Provence. Le comte de Sommerive et le comte de Carces, qui y exerçaient l'autorité, ne voulurent combattre les protestans qu'avec des armes courtoises (i). Aussi les réformés provençaux restèrent dans l'inaction, lorsque tous ceux du Languedoc couraient aux armes. Le comte de Sommerive, encore à la fleur de son âge, mourut à Avignon le 1 1 octobre 1 672. Il eut pour successeur le maréchal
(i) De même que le vicomte d'Orlhe, à Bayomie ; le comte de Cordes , en Dauphiné ; Chabot Chami , en Bourgogne ; Saint- Hérau , en Auvergne ; La Guiche , k M&con ; Sigognes , à Dieppe. Ces commandans militaires bravèrent tous les dangers pour rester fidèles à l'humanité et à Thonneur. — Voyez Charles Lacretelle , Hist de France pendant les guerres de religion , t. n , liv. vu.
de Tavanes qui fut aussi nommé amiral des mers du Levant, et le comte de Carces reçut la dignité de grand sénéchal. Tavanes ne jouit pas tong-temps de son emploi. Il termina sa vie l'année suivante, et le maréchal de Rets fut pourvu du gouverne» ment de Provence.
Un calme profond régnait d^ns le pays ; mais c'était un calme de lassitude et de malaise , sinistre avant -coureur des commotions les plus violentes. Un tiers-parti s'était formé en France au sein des catholiques. Ce parti , dit des Mécontens ou des Politiques , mettait la religion à l'écart, détestait tous les crimes commis au nom du Ciel , prêchait la modéiation , voulait fonder la paix publique sur la réforme du royaume , et se proposait principalement d'abaisser les Guises dont le pouvoir n'avait presque plus de bornes. Le duc d'Alençon , dernier frère du roi , esprit inquiet, léger, irrésolu , se mit à la tête de cette ligue nouvelle , excitée par les Montmorency. Les protestans se rapprochèrent d'elle, parce qu'ils s'en promettaient de grands avantages. Le roi de Navarre et le prince de Condé la favorisèrent de tous leurs moyens. Le duc d'Âlençon avait pour favori un jeune et beau seigneur provençal nommé La Molle, de la maison de Boniface. Les protestans fixèrent au lo mars 1574 la prise générale des armes , et l'on découvrit un complot formé pour enlever à la Cour le duc et les deux princes qui s'y trouvaient tous les
trois en sarveillaDce. La Molle et le comte Âonibal Gocona, noble piémontais^ autre confident du duc d'Alençon, furent arrêtés. Le premier nia tout; l'autre y flatté du vain espoir d'obtenir sa grâce, en dit beaucoup plus qu'il n'en savait. On trouva chez La Molle une petite figure de cire dont le cœur était percé avec uqe aiguille. Le gentilhomme provençal , interrogé sur ce mystère , répondit qu'il avait voulu charmer une demoiselle qu'il aimait, et qu'il s'était servi , pour cette opération , du ministère du florentin Côme Ruggieri. La reine mère , la plus crédule et la plus superstitieuse des femmes y s'imagina que cette figure était un instrument de magie par lequel on devait ensorceler le roi. Ruggieri fut envoyé aux galères, et toute la rigueur du parlement s'appesantit sur La Molle et C>>cona, quoiqu'on leur eût promis la vie , et quoique deux princesses , la reine de Navarre et la duchesse de Nevers » déclarassent publiquement non leur pitié , mais leur amour pour ces accusés. La Molle et Cocona , d'abord misa la torture , furent condamnés à perdre la tête sur la place de Grève. La Molle , prêt à recevoir le coup Êital , adressa d'abord sa prière à la Benoite f^ierge, et puis se recommanda aux bonnes grâces de la reine de Navarre. Cette princesse fit enlever dans la nuit la tête de son amant , et l'embauma de ses propres mains. La duchesse de Nevers prit le même soin pour la tête du comte Cocona. Telles
étaient les moeurs qui régnaient à la Cour de France (i).
Cependant Charles IX mourut le 3o mai 1 574 9 après avoir donné la régence à sa mère; et les protestans provençaux, se voyant appuyés du parti des politiques auxquels se joignirent les ennemis du comte de Carces^ voulurent encore courir la chance des combats et se mirent en campagne. Les bandes insurgées y conduites par les barons d'Oraison et d'Allemagne, par le seigneur de Llsle , par le chevalier de St.-Esf ève , par Honoré de Grasse , Espagnolet, Tourrètes, Montpesat, Majastres^ et par quelques autres chefs y prirent par escalade, dans la nuit du 6 juillet, la ville de Riez qui avait pour gouverneur Claude de Castellane. Quelques jours après ils s'emparèrent de Digne, deSeyhe, de Puymoisson, de Gréoulx, d'Espinouse, d'Anot, et de quelques autres bourgs du voisinage , renversant partout les autels du culte catholique, marquant leur passage par le pillage et les profanations , exerçant d'incroyables cruautés. Le maréchal de Rets, nouveau gouverneur de Provence , n'avait pas encore pris possession de son gouvernement. Toute l'administration du pays et tout l'embarras des affaires publiques pesaient sur le comte de Carces. Ce grand sénéchal leva aussitôt ses enseignes , et tous
(i) Lacretelle , ioco cit. — Mexeray, t. ix.
ses capitaines se préparèrent à marcher sous ses ordres. Son frère Durand de Pontevès , seigneur de Flassans , et le baron des Arcs lui conduisirent à Aix les milices catholiques de BrignoUes, de Fréjus et de Draguignan. Le seigneur de Vins , son neveu y se joignit aussi à lui. Sur ces entrefaites, Henri III , successeur de Charles IX, parcourut une partie de son royaume pour le pacifier par sa présence. Ce prince entra à Avignon le 17 octobre et se fit recevoir à la confiserie des Pénitens Blancs (i). On croyait généralement qu'il visiterait aussi la Provence, mais il trompa Fattente publique, et se contenta d'y envoyer le maréchal de Rets qui marchait à la suite du monarque au lieu d'occuper son poste de gouverneur. Le 16 novembre, ce maréchal de France fit son entrée à Aix avec solennité. Trois jours après il en sortit avec le comte deCarces et les autres gentilshommes catholiques pour chasser les protestansdes lieux dont ils s'étaient emparés. Riez, Puymoisson et Gréoulx se rendirent sans résistance au commencement de décembre. Au contraire, la garnison de Digne se défendit avec courage. Elle abandonna la ville , se retrancha dansl'évêché, y soutint quelque temps l'attaque des troupes commandées par le seigneur de Vins , et fiit enfin passée au fil de l'épée par ces troupes victorieuses. Les
(0 LouYet , ouv. cité , i'« parde.
réformés y chassés de toutes leurs places , de tontes leurs positions militaires , ne se maintinrent que dans Seyne, protégés qu'ils s'y trouvaient par l'âpreté du froid et par l'abondance des neiges.
La Cour de France sentit la nécessité de la paix ; mais elle ne pouvait plus en dicter les conditions. Par l'édit du 27 avril 1576 les plus grands avantages furent accordés aux calvinistes. On leur permit le libre exercice de la religion prétendue réformée {i)j et on leur donna plusieurs places de sûreté parmi lesquelles fut mise la ville de Seyne. Vers la fin de la même année ^ Henri III assembla à Blois les états-généraux du royaume , pour leur demander des subsides et pour chercher avec eux un remède aux désordres publics. Les états de Provence , réunis à Aix et dirigés par le comte de Carces , députèrent aux états de Blois l'évéque de Toulon pour le clergé , le comte de Pourrières et Louis de Rogiers pour la noblesse , Antoine Thoron, avocat à Digne , et Durand , consul de Draguignan, pour le tiers-état. Mais rien ne put calmer les souffrances du pays; et les discordes civiles ^ toujours plus envenimées, semblèrent prendre un caractère permanent. Une malheureuse rivalité entre le maréchal de Rets , gouverneur, et le comte de Carces , à la fois lieutenant du Roi et grand sénéchal , agrava les cala-*
(i) Ce sont left termes de cet édit de pacification.
mités qui depuis si long-^temps pesaient sur la Provence. Les catholiques , mécontens des édits de pacification , s'agitèrent de tous côtés, firent entendre des cris de guerre , se placèrent ouvertement sous la bannière du Comte et prirent le nom de Carcistes. Les protestans à leur tour se rangèrent sous la protection du gouverneur , plus spécialement chargé de l'exécution des mêmes édits. On les appela Razats , du nom de leur chef, suivant les uns; ou bien , suivant les autres, parce qu'ils portaient la barbe rase; ou bien encore parce qu'ils étaient accablés de maux , persécutés et dépouillés (i). Le maréchal de Rets, fatigué des tracasseries que son adversaire lui suscitait , traita de son gouvernement avec François de La Baume , comte de Suze, et le roi ratifia cet arrangement. Le nouveau gouverneur entra en Provence au mois d'août 1578. La lutte qui existait entre le comte de Carces et le maréchal de Rets éclata plus vive que jamais entre le même comte et le successeur de ce maréchal. De Suze, voulant faire res* pecter son pouvoir, avait levé des troupes en Languedoc et en Dauphiné. Le parlement d'Aix et les procureurs du pays ne s'étaient pas opposés à la prise de possession de son gouvernement , bien qu'ils ne lui inspirassent aucune confiance, parce qu'ils étaient travaillés par le comte de
(i) Razats en langue proyençale signifie yolés , pillés.
(Jarces qui avait établi à Salon son quartier géné<» rai. Les capitaines razats des quartiers de Brignol*^ les, LorgueSy Fréjus, Dragwgnan, Grasse et Vence se rendirent à Aix auprès du comte de Suze, pour s'entendre avec lui sur leurs opérations militaires, car les carcistes avaient déjà repris les hostilités 9 favorisés par toute la population catholique. Le seigneur de Vins , neveu du comte de Garces, courut la campagne avec quatre mille Hommes d'infanterie et quatre cents chevaux, s'empara de Besse, attaqua Pignans d'où il fut repoussé, et ne fut pas plus heureux devant Brignolles , Draguignan , Hyères et Manosque. Mais il prit le fort de Bregançon , le château de Cogolin , Saint-Remi et Tourves. Puis il tailla en pièces une colonne de quatre cents razats , sortie de Draguignan et de Brignolles , sous les ordres de la Berlière, de la Êimille de Villeneuve. Le 7 janvier 1679, 1 •^ / j
Castellane La Verdière , beau-frère de Garces , s'em- ^
para du château du Puy- Sainte* Réparade. Les carcistes, maîtres de cette position avantageuse, inquiétèrent la ville d'Âix qui avait appelé à sa défense le colonel Âlfonse d'Ornano, placé à la tête de quatre cents soldats corses. Les coureurs du comte de Garces , s'avançant jusques aux portes de la capitale , mettaient à contribution Vauvenargues, Éguilles, tous les villages voisins, enle«* valent des prisonniers, emportaient les bestiaux, les grains et les fourrages. En général les rassem*-
blemens carcistes fesaient de grands ravages, inspiraient une frayeur générale , et on les appela marabousj c'est-à-dire voleurs. Au milieu de cette anarchie dont on ne pouvait prévoir la fin , le comte de Suze eut des alarmes sur sa sûreté per-sonnelle. Il sortit d'Aix le i4 janvier , et prit clandestinement la route d'Avignon , escorté par un peloton d'infanterie.
Son départ combla de joie les habitans d'Aix, parce qu'ils crurent que les carcistes déposeraient les armes et que la paix serait rétablie. Le parlement en conçut aussi l'espoir. Cette compagnie, prenant les rênes du gouvernement en l'absence du comte de Suze, voulut qu'une procession générale fut faite dans la ville pour demander à Dieu le retour du bon ordre et de la tranquillité publique. Elle convoqua ensuite à Lambesc , le mois de février suivant, l'assemblée des communautés, et y délégua, en qualité de commissaires, les présidens de Coriolis et Pellicot, les conseillers Honoré Sommât deCastellar, Charles d'Arcussia, seigneur de Gardanne, et le procureur^énéral Raimond de Piolenc de SaintJulien. L'assemblée se trouva peu nombreuse, les carcistes et les razats ayant été également peu disposés à s'y rendre. On envoya des députés à Salon auprès du comte de Carces, pour traiter avec lui d'un accommodement. Mais cette tentative fut infructueuse. La modération ne pouvait encore prendre
place dans le sein des partis bouillonnant de colère. Tout respirait la guerre civile. On la voyait par* tout y dans les villes et dans les campagnes , dans tous les rangs y dans toutes les professions, au milieu même des foyers domestiques. L'air et le sol en semblaient imprégnés. Elle était devenue un besoin pour la plupart des capitaines qui en fesaient un moyen de fortune, et si le comte de Carces eut été disposé à la concorde , s'il eût voulu prêter l'oreille à des propositions de paix , ses partisans en auraient sans doute décidé autrement : car les actions sont tyranniques , et les chefs qui croient les diriger ne font souvent que leur obéir. Tandis que l'assemblée des communautés s'efforçait de mettre fin aux hostilités, le pays était en proie à de plus grands désordres. Des bandes de carcistes , conduites par le capitaine Reynier , soldat de fortune très-estimé pour son courage^ jetaient la terreur dans la ville d'Aix , insultaient tous les razats qu'ils rencontraient, avaient de firéquentes rixes avec les soldats corses de la garnison. Reynier^ attiré dans un piège, fut tué à coups d'arquebuse par quelques-uns de ces soldats sur la place de la Magdelaine. A la première nouvelle de ce crime , le peuple furieux se souleva , se saisit de plusieurs canons et vint assaillir le couvent des Augustins où les Corses, partout poursuivis, se retranchèrent, bien résolus à se défendre avec vigueur. Des flots de sang allaient
couler lorsque de Meyrargues, premier consul ^ se jeta au milieu de la multitude et parvint à la calmer. En même temps le seigneur de Vins poursuivait à outrance les razats en divers lieux de la province y et ceux-ci, de leur côté, ne laissaient guère plus de repos aux carcistes. Les razats de Grasse et de Saint-Paul-de-Vence expulsèrent tous les carcistes de ces deux communes, et les fugitifs, grossis d'un grand nombre de leurs amis persécutés y se cantonnèrent à Cuers où ils furent taillés en pièces, le lo avril, par d'autres razats sortis d'Hyères, de Toulon, de Soliers, d'Olioulles et de La Valette, sous le commandement des capitaines Bouyet et Sauzet. Les razats, continuant le cours de leurs sanglans exploits, tuèrent huit cents ennemis à Cabasse et à Lorgnes. Us attaquèrent ensuite le château de Trans et le prirent d'assaut, le 23 mai , malgré la défense du seigneur de Vins dont la troupe fut presque anéantie. Le marquis de Trans , couvert de blessures dans cette horrible mêlée, ne se sauva qu'à grand'peine avec sa femme, qui était fille du comte de Garces, Au milieu de leurs revers, les carcistes conservèrent pourtant le Puy-Sainte-Réparade. Une colonne, formée des quatre cents Gorses en garnison à Aix et de cinq cents bourgeois razats, vint échouer à l'attaque de ce château.
Le premier consul et l'assesseur d'Aix se rendirent à Avignon auprès du cardinal d'Armagnac
pour le supplier d'interposer son ministère de paix entre les deux partis, conformément à la mission qu'il avait reçue de la Cour de France. D'Armagnac entra aussitôt en Provence, et le comte de Carces , commençant à se fatiguer d'une guerre qui dégénérait en brigandage, eut à Orgon plusieurs conférences avec ce prince de l'Église. On convint, entre autres dispositions, quelePuy-Ste.-Béparade serait remis à des mains neutres. Mais lorsque le seigneur de Besaudun , gouverneur de ce château au nom du comte de Carces, fut sommé de l'évacuer , il ne répondit que par un refus formel. En même temps, il y eut à Aix du tumulte populaire, et le cardinaUégat , perdant l'espoir d'accomplir sa mission, reprit la route du Comtat-Venaissin. Le parlement d'Aix et les procureurs du pays recoururent alors à l'autorité protectrice de Catherine de Médicis qui se trouvait en Languedoc, où elle était allée pour apaiser quelques troubles. Le comte de Boulbon et les conseillers deRainaud et de Châteauneuf, ayant été envoyés auprès d'elle, la rencontrèrent à Beaucaire , lui firent un tableau touchant des malheurs affreux qui depuis si long-temps accablaient la Provence , et la supplièrent de calmer par sa présence les passions déchaînées. La reine chargea incontinent l'abbé de Gadagne de porter à Aix une ordonnance par laquelle elle enjoignait à tous gentilshommes, capitaines et tous autres gens de guerre, de mettre bas
les armes , d'évacuer les places qa'ils occupaient et de se retirer dans leurs foyers, ne leur laissant, pour obéir, qu'un délai de huit jours. Le 5 juin de la même année 1579 Catherine de Médicis se rendit à Marseille, accompagnée du cardinal de Bourbon, des princes de Condé et de Conti, du maréchal de Dam ville et de Henri d'Ângouléme, grand prieur de France , frère naturel du roi. Les carcistes, obéissant aux. ordres de la reine, déposèrent les armes, abandonnèrent le Puy^inte- Réparade et leurs autres positions. Les razats suivirent leur exemple, mais ce ne fut qu'après avoir démoli à Brignolles la maison du seigneur de Vins qui vint joindre à Salon son oncle le comte de Carces. Catherine de Médicis travailla sérieusement à réconcilier les partis. Elle entendit leurs plaintes réciproques , s'efforça de redresser leurs griefs , et se concilia leur affection commune par ses paroles bienveillantes et par ses manières affables. Le prince Henri d'Angouléme , qui avait la confiance des deux factions et qui la méritait sous tous les rapports, fut installé dans la chai^ de gouverneur de Provence dont il avait été précédemment pourvu et qu'il n'avait pas encore pu remplir. Le 1 5 du même mois de juin , le comte de Garces, suivi de quelques serviteurs sans armes, vint présenter ses respects à la reine. Quelques razats, dirigés par un de leurs capitaines nommé Boyer, conspirèrent contre sa vie, et il se vit
obligé de retourner à Salon où il était en sûreté. Catherine de Médicis sortit de Marseille le ^5 juin et prit le chemin d'Aix. Sur son invitation le comte deCarces se rendit encore auprès d'elle ^ mais cette fois il avait pris des précautions. Il s'était fait accompagner de son gendre LaVerdière, de son neveu de Vins, des seigneurs de Cadenet, d'Oise, de Yala voire, d'Éyguières, du Castelet, de Cabriez, de Calas, d'Oraison, de Yentabren, de Salernes^ deMons, d'Âups, de Cey reste, de Faucon, des Arcs, et de deux cents gentilshommes attachés à sa cause. Les chefs razats vinrent aussi à Aix. Le 1^^ juillet la reine réunit les uns et les autres dans le château de Beauvoisin , maison de campagne du trésorier Borrili, située aune demi-lieue de cette ville. Me les fit embrasser, voulut qu'ils jurassent de maintenir désormais entre eux la concorde et l'amitié. De plus elle exigea leur promesse de prendre le grand prieur Henri d'Angouléme pour arbitre de tous les différends qui pourraient survenir. Tontes choses étant ainsi arrangées à la satisfaction de chacun , la reine mère partit d'Aix le 6 juillet, et arriva le 9 à Avignon. Deux jours après, elle eut le bonheur de réconcilier les principaux citoyens d'Arles que divisaient les élections municipales et les croyances religieuses.
Henri d'Angouléme fit enregitrer au pariement d'Aix ses provisions de gouverneur. Un président, quatre conseillers et un avocat-général , à cheval
et en robe rouge, allèrent au-devant de lui pour le recevoir. Un de ses premiers soins fut d'éloigner de la capitale les soldats corses qui y tenaient garnison. La haine populaire les poursuivait, et leur départ parut un bon augure pour l'avenir. On célébra par des fêtes publiques Theureuse pacification des troubles ; les états-généraux , réunis à Saint-^Maximin au mois de février 1 58o , raffermirent Tordre et le calme. Tous les cœurs s'ouvraient à la joie, lorsqu'un fléau dévorant étendit ses ravages sur la malheureuse Provence. La peste fut apportée à Cannes par un vaisseau venu du Levant au même mois de février, et de là eUe se répandit dans la province entière. On dit qu'elle s'y développa d'abord sous les apparences d'une coqueluche qui fesait couler, par le nez, une humeur fétide, prompte à se changer en vers. Cette maladie contagieuse eut des effets si horribles et si prolongés qu'elle est connue dans l'histoire sous le nom de Grande Peste. On déserta les lieux habités. Les campagnes incultes n'offrirent plus que l'effrayant tableau d'une misère hideuse, d'une désolation générale. Le nombre des victimes fut immense, et les cadavi^s an^oncelés pèle mêle restèrent sans sépulture, exhalant dans les airs une affreuse infection. La famine suivit le fléau destructeur. Marseille perdit vingt mille habitans; la ville d'Aix souffrit aussi beaucoup. Les consuls Jeaq-Paul Nas, Castilloni et Jean Bon , prenant tous
les trois Tépouvante ^ abanclonDèrent leur poste. Mais le viguier Bordon et l'assesseur Honoré Gairan se distinguèrent par leur zèle^ déployèrent un beau courage et soutinrent d'abord tout le fardeau de la police et de l'administration municipale. Le parlement condamna les lâches consuls à de fortes amendes et les intimida tellement par la menace de peines plus rigoureuses, qu'ils se déterminèrent à rentrer dans la ville et à réprendre leurs fonctions. Cependant cette cour souveraine , abandonnant elle-même son siège , alla s'établir à Gucuron le premier octobre. Ensuite, pour la sûreté des plaideurs, elle se divisa en trois sections, dont l'une, présidée par Augustin deForesta de Trets, se transféra à Saint-Maximin , l'autre à Pertuis, sous la présidence du baron de Lauris, et la troisième à Salon, sous celle de Coriolis. La cour àes comptes se retira à BrignoUes.
La ville d'Aix était dans le plus triste état, pleine d'infection, accablée de souffrances, dénuée de tout secours humain , lorsqu'on vit apparaître, pour servir les malades, un ermite qui se fesait nommer frère Valéry de Sainte-Colombe. Cet homme était âgé d'environ cinquante ans. Il avait la tête et les jambes nues , portait un habit de bure battant sur les genoux, et laissait pendre à sa ceinture de corde un Crucifix et un grand chapelet. Ses discours semblaient dictés par l'amour de Dieu et des vertus chrétiennes. Son aspect vénérable
n'inspirait que des sentimens de piété, qu'un saint recueillement. 11 y a toujours , dans le bonheur , des éblouissemens qui aveuglent. Biais lorsque l'adversité saisit les hommes avec sa main de fer, c'est plaisir de les voir dirigeant vers le Ciel leurs regards éplorés , j cherchant des secours qu'ils n'attendent plus de la terre , et se réfugiant par la pensée dans le séjour du calme inaltérable et de l'étemelle harmonie. Alors surtout la surperstition populaire a ses idoles; carqu'est-elle, cette superstition, sinon la fausse direction du sentiment religieux qui éclate plus vif aux jours des calamités? Le peuple d'Aix vénéra le frère Valéry comme un ange de salut, comme l'envoyé du Tout-Puissant. Sa renommée s'étendit au loin. On eut foi en sa mission miraculeuse. On le crut maître de la vie et de la mort. On vendit publiquement son portrait, et chacun s'en munit comme d'un préservatif infaillible.
La peste cessa au commencement de i58a, et le parlement vint reprendre ses séances à Âix. Des cris de haine, de folles accusations remplacèreift 1 enthousiasme public que l'ermite Valéry deSainte- Colombe avait d'abord excité. Ce malheureux, dont il est difficile de bien saisir le caractère , fîit plus tard brûlé vif à Aix sur la place des Prêcheurs (i) , pour sa vie lubrique^ pour les malé^
(0 Le a3 décembre i58S.
fices et sortilèges dont il estait accusé et com^aincuj et particulièrement pour ai^oir entretenu la maladie contagieuse en Proi^ence (i). Le même arrêt condamna une concubine qui le suivait toujours à être fustigée par la main du bourreau.
(i) Honoré Bonche » t. ii , Ut. x.